COP 21: les peuples autochtones entrent de plein pied dans la négociation

27/11/2015 at 23 h 00 min

Durant deux jours , les 26 et 27 Novembre derniers , avant l’ouverture de la COP , se sont réunis les peuples premiers de la Terre.« On dit que les peuples autochtones sont des « peuples premiers ».a rappelé Nicolas Hulot. Sommes nous les derniers ?… Oui ces peuples sont les premiers dans les relations avec la nature, les premiers dans les relations sociales…Combien de vérités ils nous ont fournis… Oui, le droit des peuples autochtones est un droit, et je pense à ce qui se passe au Brésil, au Pérou. La COP de Paris doit être l’occasion de l’affirmer. Le réchauffement climatique qu’ils subissent est une injustice majeure, le fruit d’un développement qui s’est fait sur leur dos. « 

Une vie aux limites de l’extrême

La plupart des peuples autochtones vit au sein, ou en limite, d’environnements vulnérables. Ils ne sont pas seulement victimes du changement climatique mondial, (fonte des glaces, événements climatiques extrêmes, montée des eaux…), mais sont aussi tenus à l’écart des processus de décision qui parfois menacent directement leur survie (exploitation minière, mauvaise gestion des terres de nomadisme…).

Confrontés à des conditions de vie proches et dépendantes de la nature, et apportant depuis des générations des réponses aux vulnérabilités environnementales, ils possèdent des savoirs locaux qui peuvent aider à comprendre ou même à prévoir, aider à compléter les données scientifiques, et surtout, ils ont des stratégies d’adaptation pertinentes pour faire face à l’instabilité.

Aujourd’hui, les chasseurs inuits sont surpris par des conditions météo et des vents inattendus qui mettent en défaut leur capacité à prévoir le temps. Leurs récits datent cette difficulté, aux environs des années 90. Date à laquelle on constate que les températures arctiques augmentent deux fois plus vite qu’ailleurs dans le monde.Mais il faut attendre 2007 et le 4° rapport du GIEC qui pour la première fois mentionne la responsabilité de l’homme sur le réchauffement, pour que l’on commence à s’inquiéter des peuples de la région polaire. Il faudra attendre le 5° rapport en 2014 pour que les scientifiques intègrent leurs savoirs comme source majeure des stratégies d’adaptation et évoquent la nécessité de mobiliser rapidement leurs connaissances

Entrée des savoirs ancestraux dans le corpus des connaissances, et dans les stratégies d’adaptation

La tonalité des débats est donc entrain de changer. Après que la reconnaissance scientifique moderne ait été accordée à l’agro forestrie, à la médecine traditionnelle, à la gestion raisonnée des ressources, de nouveaux corpus de connaissances méritent que l’on s’y arrête. De récents partenariats avec les scientifiques du climat produisent déjà un savoir neuf, co produit , qui découle des synergies entre les deux systèmes de savoirs et pourrait ouvrir la voie à bien des réponses . Leur inventaire est en cours, et pour partie déjà rassemblé dans un recueil « weathering uncertainty : traditional knowledge for climate change assessment and adaptation » www.impcc.org Plusieurs domaines se dégagent : nuances entre climatologie et météorologie ; sauvegarde des cultures d’adaptation ; protection des ressources permettant la résilience ; sociologie , liens entre culture et nature…

Les changements climatiques bouleversent l’assise même des sociétés

«  Nous avons sept noms pour dire la pluie, rappelle les dayaks. A partir du 5° nous savons que s’annoncent des pluies très fortes et dangereuses « . Cette sémantique séculaire vaut bien nos niveaux d’alerte météo !

Une femme Wayuu (peuple de Colombie) raconte comment s’organise dans une nature hostile les activités agricoles saisonnières. Outre le fait que depuis 35 ans les exploitations minières de charbon aient enseveli une partie des territoires végétalisés, sur le peu de territoire qui leur reste les wayuus tentent de maintenir collectivement la survie de leur peuple. «  Nous croyons en une étoile annonciatrice des semailles. Grâce à nos connaissance millénaires, selon la lune, le soleil, les étoiles, nous cultivons nos terres. Quels sont les liens entre eux et nous ?… Liées aux songes, aux danses rituelles, le mouvement des astres organise notre calendrier social. Tout cela est connecté au cosmos et est scientifique. Les changements climatiques rompent la relation au calendrier, bouleversent les connexions» Jusqu’à présent ces savoirs accumulés depuis des millénaires « à une échelle spatiale et d’une grande profondeur temporelle » n’ont pas forcément été pris en compte par les scientifiques du climat..

Savoir s’adapter . Connaissance des caprices du ciel mais aussi des stratégies de conservation in situ augmentent les capacités d’adaptation . On cultive à nouveau le riz de montagne au Thibet , le riz des fleuves soumis aux eaux plus hautes et à la salinisation chez les dayaks; en territoire andin plus de 1500 espèces de pomme de terre sont protégées par les communautés … résistant ainsi à « ce qui menace le plus les peuples et leur savoir, l’efficacité et la standardisation. »

Que demandent ils à la COP ?  Les peuples autochtones sont une des parties prenantes des accords de Rio 1992. Mais si leur place, a été immédiatement intégrée dans la Convention sur la biodiversité, et après des années de négociations, enfin reconnue et encadrée par l’accord de Nagoya, il n’en est pas de même pour la Convention climat. Jusqu’à présent leurs revendications y sont peu prises en compte. Pourtant comme l’ont rappelé dayaks, inuits, peuples thibétains, andins… « dès 1990 nous alertions des modifications que nous voyions alors autour de nous »

La Cop est donc pour eux le moyen  de réaffirmer le respect de leurs droits et ceux de leurs savoirs traditionnels. Ce qui les menace doit être clairement reconnu . Ils veulent que les jeunes soient, informés, encouragés à protéger les deux diversités : culturelle et alimentaire.

Leur voix pourrait être mieux entendue. Valerie Masson Delmotte , nouvellement nommée co présidente du groupe 1 du GIEC a précisé que « le prochain rapport du GIEC sera plus compact, plus intégré aux réalités locales , à la dimension régionale. » Trois rapports spéciaux devront être établis par les experts à l’horizon 2021, dont le choix sera fait en Avril 2016 à Nairobi parmi vingt propositions thématiques. Les peuples autochtones pourront y défendre leurs revendications à condition comme certains intervenants l’ont fait remarquer de rester très attentifs au consentement libre et informé à livrer les savoirs, ainsi qu’aux questions de copyright .

Dominique Martin Ferrari

 

A savoir : Pendant 4 jours, du 9 au 12 décembre, la Bellevilloise à Paris et une péniche à Lyon, deviennent des « Ambassades des Peuples Autochtones », une rencontre ouverte au public. Des représentants des peuples des 5 continents y débattront aux côtés de différents intervenants internationaux du monde des arts, des sciences, des medias. C’est aussi : Quai Branly, « L’Amazonie filmée par ses peuples », projections, débats et Gare Montparnasse : Exposition Frans Krajcberg : « Le cri pour la planète »Information, programme sur : http://www.laquinzaineamazonienne.com