A moins de 80 jours l’espoir pour la Cop 21 est encore possible . Analyse de Bettina Laville membre du Club France dont métamorphose outremer est membre.

18/09/2015 at 13 h 37 min

Note de décryptage le 16 Septembre 2015 , après la conférence de Bonn

La France, par ses plus hautes autorités, a bien évalué la situation : le futur Président de la COP21, Laurent Fabius, considérant que le succès est « vital » pour l’Humanité, reste d’un optimisme raisonnable, mais le Président, lui, a sonné une alarme véritable.

Les grands dirigeants, comme Barack Obama, paraissent mobilisés, tant sur le plan diplomatique que dans les décisions qu’ils prennent en interne. La Déclaration du G7 de juin dernier a été allante, même si la diminution de 40 à 70% des émissions carbone d’ici 2050 a pu décevoir, malgré la volonté d’être au plus haut de la fourchette. Les prochaines réunions de l’ONU, puis le G20 seront des rendez-vous décisifs et doivent impérativement être mis à profit pour avancer sur la COP21.

Pour avoir un texte présentable à Paris, il faut qu’il y ait un texte. On peut espérer que la leçon de Bonn il y a 10 jours sera profitable et que lors de la prochaine réunion onusienne, les deux co- présidents sortiront un texte plus synthétique, ne laissant apparaître que les divergences majeures. La décision prise par la France d’une pré Cop en novembre est ainsi rassurante.

Pour avoir un accord, il faut des décisions significatives sur le financement : en lançant la COP21 depuis l’Elysée, le 10 septembre dernier, le Président de la République a été très ferme sur le sujet, en affirmant l’importance des réunions financières de l’automne, et en préconisant des innovations financières. « Parmi ces innovations financières, la taxe sur les transactions financières que les pays européens préparent. La France, de nouveau, sera à l’initiative pour que cette taxe puisse être prête le moment venu, c’est-à-dire au moment de la conférence et au-delà, pour que nous puissions être sûrs de cette ressource, et que l’on puisse l’affecter à la lutte contre le réchauffement climatique ». Il a réaffirmé la nécessité des 100 milliards de financement par an comme condition de la réussite. Le prochain rapport de l’OCDE, commandé pour avoir une vue claire de l’existant et du possible sera instructif quant à la réelle volonté du Nord, en ces temps de sortie de crise économique.

Pour avoir un accord qui ne soit pas au rabais, des voies sont ouvertes, entérinées le 10 septembre par François Hollande : « Alors on pourrait se dire finalement tant pis, mieux vaut encore des contributions qui nous mettent un peu au-dessus, et puis on se débrouillera bien pour la suite. Nous avons, nous, décidé de faire prévaloir une idée qui serait de réviser régulièrement les objectifs et les moyens qui seraient affectés justement à la lutte contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire de ne pas considérer que ce que nous pourrions déjà acter à Paris à la fin de l’année serait définitif. Et même, nous aurions intérêt à évaluer, et parfois à réévaluer, les objectifs des pays qui ont porté leur contribution. »

On peut aussi considérer que l’échéance du Sommet de l’ONU sur le développement durable constituera une étape importante de dynamisation des engagements des Chefs d’Etat. De même, le projet de document final du Sommet des Nations Unies consacré à l’adoption du programme de développement pour l’après-2015 est à la fois engagé et clairvoyant sur le sujet. Cependant, ce document dit souhaiter un « protocole ou tout autre instrument juridique ou texte ayant valeur juridique en vertu de la Convention », sans employer le mot « contraignant » :« Nous sommes résolus à apporter une réponse décisive à la menace que constituent les changements climatiques et la dégradation de l’environnement. {…} Nous notons avec une vive préoccupation l’écart important entre les effets combinés des engagements pris par les parties en matière de réduction des émissions annuelles mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2020 et les tendances cumulées des émissions qui permettraient de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à 2 °C ou à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels. »

Notons aussi, malgré les divergences entre certains membres de l’Union à la veille du Conseil Environnement du 18 septembre prochain, l’intervention forte du Président de la Commission européenne le 9 septembre, qui a affirmé que « nos partenaires internationaux ne se méprennent pas : l’Union Européenne ne signera pas n’importe quel accord, lors de la COP 21 à Paris… Ma priorité, la priorité de l’Europe, est d’adopter un accord mondial sur le climat qui soit ambitieux, solide et contraignant. »