Les maires d’Afrique réunis à l’initiative de Anne Hidalgo et de Jean Louis Borloo, Vendredi 17 Avril 2015 à Paris

20/04/2015 at 9 h 11 min

En Afrique subsaharienne, environ 650 millions d’hommes et de femmes dont une majorité vit en milieu rural, ne disposent pas d’électricité. 

Les infrastructures centralisées de production, quand elles existent, font la plupart du temps appel à des combustibles fossiles nuisibles au climat.

Une approche nouvelle se dessine en faveur d’une production décentralisée tenant compte de la diversité des territoires, notamment ruraux, soutenue par la fondation de Jean Louis Borloo « pour l’électrification de l’Afrique ».

maires d’Afrique

Vers une agence intergouvernementale africaine de l’énergie

Sur fond de photo satellite de la planète de nuit , les maires d’Afrique, étaient  réunis à l’initiative d’Anne Hidalgo, maire de Paris et  présidente de l’AIMF.

Trente huit maires représentant à eux seuls plus de 40 millions d’habitants- soit plus que la population d’un  état d’Europe –ont voulu adopté un appel avant la Cop 21, le temps de donner à l’initiative de Jean-Louis Borloo une âme plus africaine : «  JL Borloo va nous dire quelle va être notre place et notre rôle dans cette initiative pour l’instant nous la louons, mais nous devons nous situer dedans. Il faut comprendre que nous devons nous assumer. C’est nous qui devons électrifier notre territoire. C’est une  initiative louable mais qui doit être endogène » a précisé la maire de Dakar, secrétaire général de l’AIMF.

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À l’applaudimètre, l’initiative de Jean-Louis Borloo séduit : beaucoup de ceux auxquels il veut s’adresser sont là, et notamment de nombreuses femmes maires «  l’énergie est une affaire de maman et de femmes. On ne peut continuer à imaginer que les trois quart des mamans de l’Afrique subsaharienne  n’aient pas accès à l’énergie… Dans les futurs ODD (objectifs du développement durable) l’énergie devient  un thème majeur avec celui de la santé. Déjà avec 670 M de portables et le partage de l’information, l’Afrique participe à la création de la communauté de destin mondiale. À Copenhague en 2009, un accord a été pris sur proposition africaine  pour la mise en œuvre d’un fast fund de 10milliards par an (pendant dix ans)  pour l’Afrique et les petites îles, mais sans précision. Qui paie ? Et pourquoi ? Afin d’honorer ces engagements, il faut dire quoi faire, et pour cela, il faut l’accord des 52 pays africains. Cela passe également par la création d’une agence intergouvernementale africaine qui soutiendra les projets Une décision est attendue au sommet africain fin Juin. Ce projet n’a rien à voir avec une aide au développement. Je suis convaincu que vous pourrez amener la lumière au cœur des foyers. »

 Des positions restent à préciser :

Autour de la table chacun a pu s’exprimer trois minutes. Si tous saluent l’initiative, chacun a une vision de sa mise en œuvre.

La reine mère Celestine Ketcha Courtes, maire de Bangangte  (Cameroun) et son réseau de femmes maires soutiennent fermement Jean-Louis Borloo : «  la femme est menacée par l’obscurité. C’est la femme qui est concernée quand  l’enfant ne peut apprendre, lorsqu’il n’y a pas d’eau, lorsqu’il faut aller chercher le bois, quand elle traverse les zones obscures. Dans les zones frontalières non électrifiées, les terroristes s’introduisent. Il ne faut pas que l’électricité serve seulement à l’économie mais au genre (cf ODD 3ndlr). Nous devons faire passer ce droit à l’électricité en Afrique et les projets parachutés ne servent pas ».

Déjà certains territoires sont en phase de finalisation de leur modernisation et voient dans ce projet une possible accélération. 

Ainsi le maire d’Abidjan qui avec 40% de couverture de sa ville, et suffisam-ment de production pour exporter vers sept pays amis,  compte atteindre « 100% de couverture, avec l’électrification de l’urbanisme informel et précaire pour Décembre 2015 » et affirme que «  les énergies renouvelables représenteront 15% en 2020 et 30% en 2030 ». Le maire de Casablanca insiste sur le faible coût de l’électrification des campagnes réussie par son pays : «  Cela n’a pas  dépassé 1000 euros par foyer. L’état a apporté 500 euros, la collectivité  250 euros (sur 5/6 ans) et le bénéficiaire 250 payables en mensualité sur 7 ans soit 4 euros par mois en plus de sa facture Mais pour cela il faut une stratégie volontariste de l’état dans toutes ses composantes ». Idem pour le maire de Nouatchok  en Mauritanie: « 1/3 de la population est alimenté. L’énergie solaire commence à être utilisée un peu partout : 15MW soit 10% des besoins de la ville ».

D’autres misent sur ce moyen pour sortir de la pauvreté face aux plans de développement

Développement « qui ont tous échoué » et ont conduit comme le rappelle le maire de Thiès (Sénégal)  « à une migration massive des jeunes africains qui ont préféré les plans suicidaires du départ ». Ils soulignent comme le maire de Bamako  « la nécessité d’une agence régulatrice face à des opérateurs défaillants, » et comptent sur cette agence pour lutter contre la corruption, ou encore pour faire pression sur la décentralisation : « nous disposons d’un boulevard énergétique qui va du grand barrage  au nord à la centrale à gaz de pointe noire Mais nous n’avons pas de maitrise de l’électricité car la décentralisation n’est pas encore en œuvre. » regrette le maire de Pointe Noire.

 Tous ne remettent pas en cause la  production centralisée

« Aux états la production, aux maires la distribution, en fonction d’un plan d’aménagement global » a précisé le maire de Yaoundé. Ceux là préfèrent les grands travaux et défendent les projets de plusieurs millions. Ils demandent des fonds pour  la réhabilitation et la construction des grands barrages. Certains vont jusqu’à proposer un rachat de la dette en échange de gros projets de développement Une voie que refuse catégoriquement Jean-Louis Borloo « il s’agit d’un outil dédié, évalué, spécialisé. Afin de redéployer les industries locales. On s’occupe juste de ce sujet. Les questions de démocratie, de conditionnalité ne sont pas  notre affaire, c’est l’affaire du  FMI. Que ce soit une affaire locale, dépend de vous. De décider par exemple que dans cette agence les maires soient au moins à 20% au bureau  et que ce ne soit pas seulement intergouvernemental ». Très nettement favorable aux projets à taille humaine, décentralisés, Jean-Louis Borloo a salué l’exemple marocain « qui donne espoir »  et il a même proposé « que la ministre marocaine de l’énergie soit à la disposition de l’agence, pour sa connaissance du participatif et du terrain , encore une fois  une affaire de femmes ».

Vint le rappel des prochains rendez vous de 2015 (COP 21 et ODD) mais aussi de 2016 ( Marrakech COP 22 , et Habitat 3) : l’Afrique sera au centre de ces rendez vous avec sa croissance démographique, son urbanisation galopante  et pourquoi pas un taux de croissance de 30% ?


Voir aussi :

Que cherche Jean-Louis Borloo en Afrique ?


Dominique Martin Ferrari