Sargassum 2019: congrés mondial en Guadeloupe

27/10/2019 at 15 h 16 min

Du 23 au 26 octobre la Guadeloupe accueillait une dizaine de pays (Mexique, Etats-Unis, République dominicaine, Panama, Guatemala, Costa Rica…) pour la conférence internationale Sargassum 2019. Le sénateur Dominique Théophile (LaREM) auteur d’un rapport sur les sargasses en Caraïbes en est l’initiateur.

En ouverture Thomas Linton professeur émérite à l’université du Texas précisait : « L’invasion des sargasses sur nos côtes est un problème qui nous dépasse, individus et pays…et qui nécessite une collaboration internationale »

 

Tout s’est passé très vite, les premiers dommages apparaissent en 2011 et n’ont fait qu’amplifier. La mer des Sargasses – triangle des Bermudes, est la seule mer au monde sans côtes, une sorte de région mythique déjà décrite par Christophe Colomb que notre imaginaire avait transformé en une sorte d’immense bouilloire dans laquelle macéreraient de longues algues gluantes, berçant le mystère de la reproduction des anguilles… Mais en dix ans les sargasses ont quitté leur nid et sont venues envahir les côtes des îles de la Caraïbes, jusqu’au Mexique De nouveaux sites de prolifération ont été identifiés.

« Nous avons d’abord cru à un bloom, mais il est évident que le phénomène s’installe et nous ne savons pas exactement encore pourquoi ? Tous les chercheurs sont mobilisés. »  déclarait il y a trois ans Alain PIBOT, responsable au Conservatoire du littoral des Rivages Français des Amériques . Réchauffement climatique, modification des courants, prolifération liée à l’excès d’azote et à la déforestation sur les côtes brésiliennes et d’Afrique Equatoriale ?…Les hypothèses de travail sont nombreuses et sans doute interconnectées, mais on sait qu’aujourd’hui les sargasses dupliquent leur biomasse en 18 jours au lieu de 50 dans les eaux océaniques , elles sont un fléau dangereux pour l’homme à cause des émanations toxiques, des accumulations d’arsenic et de métaux lourds , et sont catastrophiques pour l’économie des territoires qui vivent du tourisme et de la pêche.(20 jours de sortie en moins pour les pêcheurs cette année)

Les réactions ne se sont pas faites attendre. De la demande d’indemnisation pour catastrophe naturelle lancée par les maires, on est passé à la nécessaire organisation d’un plan Marshall : il ne suffira pas année après année d’indemniser les habitants et les chefs d’entreprise pénalisés, il faut trouver une solution et ce n’est pas simple (lire p 42 , n°3 l’Outremers en métamorphose, https://fr.calameo.com/books/005952522735b2be2730f ). On cherche donc à comprendre mais aussi à valoriser au plus vite cette ressource qu’il est bien difficile de gérer et de stocker.

Comment faire pour que le fléau se révèle être un don du ciel ?

On pourrait imaginer que la valorisation de ces algues soit une chance d’innovation. En marge de la Conférence Internationale se tenait d’ailleurs à Pointe à pitre un grand rendez vous des partenaires, Sarg’expo, de tous ceux qui tentent de faire quelque chose.

Tandis que progressent les systèmes de surveillance, de prévision, de suivi satellite, l’empêchement des échouages, et la valorisation progressent eux difficilement. « La première chose à faire sera déjà de la récupérer sans sable et de savoir la sécher » déclare le directeur de l’ADEME de Martinique qui a lancé un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) de collecte et de valorisation en partenariat avec la DAAF, la DEAL, la Région Martinique, le Conseil Général, et la Préfecture de Martinique .

Dans son rapport le sénateur Théophile souligne les limites de la méthode de l’échouage et du séchage dans des pays dont le foncier est rare : « Le bon protocole voudrait que l’on épande les sargasses au sol sur une couche de 10 cm d’épaisseur. Couche qui disparaît au bout de 48 heures d’exposition au soleil.  Encore faut-il disposer du foncier et accepter qu’il subisse une saturation en sel et en arsenic. Difficile dans des petites îles.  A Sainte Lucie, on privilégie l’enterrement dans des fosses. L’initiative la plus prometteuse vient de la République Dominicaine, où un hôtelier de Punta Cana a installé un four alimenté par des panneaux photovoltaïques dans des conteneurs de 40 pieds fin de vie. Soumises à une température de 55°C, les sargasses perdent plus de la moitié de leur volume et peuvent être stockées en vue d’utilisations ultérieures. Au Texas, l’université de Galveston reconstitue des dunes de sable à l’aide de sargasses compactées comme des bottes de foin. »

D’autres travaillent à empêcher les échouages. Malgré le soutien de l’ADEME et de l’Europe, les projets ne se bousculent pas ou plutôt s’avèrent plus ou moins efficaces « Sur 12 projets éligibles, seuls quelques-uns seront retenus et seront financés pour un total de 10 millions d’euros », rappelle Jean-Michel Jumez, sous-préfet de Guadeloupe qui pilote la Mission sargasse sur le territoire. Le ramassage s’est lui structuré et le Conseil et ingénierie, aide au financement de matériel de ramassage, guichet unique pour les entreprises comptent parmi les premières actions menées, mais en baisse d’1M d’euros cette année.

Un projet mené par des chercheurs guadeloupéens a en particulier retenu l’attention des autorités. Ils proposent de brûler ces algues et d’en faire du charbon actif pour purifier l’eau polluée par le stockage du chlordécone. Le projet est effectivement reconnu comme prometteur mais avec un bémol cependant : quelle est la pME ou la start up qui se lancera dans l’aventure alors qu’on ne sait rien de l’avenir de la régularité des échouages….« Aujourd’hui, tout reste suspendu à l’incertitude de la ressource. Il faut davantage de recherches fondamentales afin d’améliorer la prédictibilité du phénomène et il faut aussi améliorer les techniques de stockage et de conservation. « précise le sénateur.

Un plan de 10M d’euros avait été lancé mi 2018. Lors de la conclusion du congrès Samedi 26 Octobre, Edouard Philippe a confirmé l’accompagnement de l’état dans la durée, a insisté sur la nécessaire coopération internationale, sans faire de nouvelles annonces financières. La convention finale adoptée par les pays représentés pourrait avoir force juridique (à suivre)

Dominique Martin Ferrari