SENAT, acte 2 Biodiversité, arc Atlantique. Félix BOMPY et le cancer vert, le miconia en Martinique

07/06/2019 at 20 h 46 min

On les appelle envahissantes. Certains comme le paysagiste Gilles Clément préfèrent parler de « vagabondes », partant du principe que de tout temps les plantes se sont déplacées et sont parties à la conquête de terres nouvelles. Mais il est vrai que par l’importance de leur extension, certaines espèces entrent aujourd’hui en concurrence avec les espèces indigènes 

  Felix Bompy, chercheur est désormais adjoint à la direction de l’ONF à la Martinique où il se bat contre la progression d’une envahissante redoutable, le MICONIA. On l’appelle aussi « cancer vert » C’est une espèce d’arbre originaire du Mexique et d’Amérique centrale et du sud devenu un des cas les plus spectaculaires et catastrophiques d’invasion biologique.. A la création du jardin botanique de Harrisson Smith à Papeari (île de Tahiti) en 1920 la mode des plantes exotiques prend réellement son essor. C’est à partir de ce jardin que le miconia va se naturaliser et envahir les trois quarts de Tahiti. Le miconia est considérée comme une menace directe pour 70 plantes endémiques de Tahiti. Des bénévoles organisent des campagnes d’arrachage du avec pour but d’éradiquer cette peste végétale de Polynésie

Aujourd’hui, il est en Martinique En quatre ans cet arbre est adulte et produit des millions de graines qui restent latentes quatre ans dans le sol. Et cette catastrophe vient de migrer de Polynésie en Martinique. IL semble avoir été introduit en 2017 dans un jardin aujourd’hui abandonné à quelques kilomètres de la Montagne Pelée en cours d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. En 2018 est lancée une opération coup de poing : dix agents ONF traitent 6ha en 10 jours :on coupe les arbres, on les brûle pour éviter toute contamination; outils et vêtements sont lavés à l’eau de mer. IL va falloir de années pour épuiser la banque de graines qu’est devenu le sol. Un travail de sensibilisation de la population est entrepris et les équipes s’inscrivent dans un processus perenne

 

Les éradiquer avant 2020

Largement médiatisées par l’UICN (union internationale de conservation de la nature), les envahissantes sont devenues l’ennemi n°1. Leur prévention et leur gestion constituent l’un des 20 objectifs d’Aïchi à atteindre d’ici 2020, objectifs adoptés par les États Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) signée en 1992, et l’iPBES vient en Mai dernier de les classer comme 5° cause majeure de la disparition de la biodiversité. Des centaines d’experts issus de divers organismes ont rejoint l’initiative. Elles sont encore trop peu nombreuses et peu reliées entre elles. Mais les programmes coutent entre 12 et 14 milliards d’euros à l’Europe chaque année.

La colonisation par une plante ou un animal d’un écosystème n’a rien de surprenant ; Elle répond simplement au modèle des successions écologiques en milieu insulaire. Venues accidentellement ou volontairement par bateau puis par avion. Mais le fait est incontestable, les introductions liées à la généralisation des voyages ont augmenté de 76% en Europe ces trente cinq dernières années. Au terme d’un état des lieux, il ressort que 49 espèces végétales et animales figurant parmi les 100 plus envahissantes au monde, sont présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer.

Chaque cas d’invasion est particulier et fonction du lieu, de l’espèce introduite et des communautés animales et végétales présentes.

D Martin Ferrari