Assises du Vivant III

09/02/2015 at 17 h 12 min

Les 3èmes rencontres des Assises du Vivant se sont ouvertes lundi 9 Fevrier à l’UNESCO  Elles portent sur les interactions entre dérèglements climatiques et biodiversité. Car si la cause climatique semble aujourd’hui intégrée par tous, les menaces qui pèsent sur la biodiversité ne le sont pas encore forcément. Or , il nous faut regarder en face ce qui s’annonce et le préparer.

En souhaitant la bienvenue aux participants, Flavia Schlegel , sous directrice générale pour les Secteur des sciences exactes et naturelles de l’UNESCO , reconnaissait  que « ce qui domine c’est l’idée d’une adaptation douloureuse qui paralyse la mobilisation sociétale et il nous faut donc réfléchir à ce que la valorisation du vivant soit source d’espérance » . Hubert REEVES A rappelé qu’il est peu vraisemblable que l’on s’arrête à une hausse de 2° C : « On va les dépasser on parle désormais de 4 à 5°, soit la différence de température entre aujourd’hui et il y a 200.000 ans.  Cinq degré ont suffit à nous faire passer de l’époque glaciaire à nos paysages d’aujourd’hui. Cela laisse entrevoir pour demain, l’absence de glace et une désertification galopante. Et cela sur un ou deux siécles ce qui limite le phénomène naturel d’adaptation »

Déjà l’acidification des océans joue sur la calcification : les coraux ne peuvent plus construire leurs squelettes , ni les huitres leur coquille.. ; le plancton se raréfie .

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« La dérive climatique et l’érosion de la biodiversité interagissent. » , a rappelé Ségolène Royal « Le fait de savoir, nous donne la responsabilité de faire savoir et de faire comprendre pour construire ensemble des solutions concrètes et opérationnelles . » Sachant que  80% de la biodiversité est en territoire ultramarin, des programmes phares se sont ouverts dont celui de la reconquête des mangroves et de la protection des récifs coralliens dont 70% sont menacés .

Mars va être le mois de la biodiversité,  avec le débat sur la loi qui s’ouvre et la création de  l’agence française pour la biodiversité (réunion des élus ultramarins au Ministère mercredi 11 Février) et « la France est en pointe sur le travail scientifique en horizontalité , nos chercheurs se rencontrent , c’est un événement rare . »

Aux côtés de celles des  chercheurs, l’intervention d’ Hindou Oumarou (association des femmes peules autochtones du Tchad ) ne manquait pas de pertinence. « Nous n’avons pas de connaissances écrites mais des savoirs de ce qu’il faut faire pour atténuer le changement climatique. Des connaissances non documentées mais connues depuis des millénaires qui nous permettent de nous adapter aux changements climatiques. On voit… Nous savons prévoir une bonne saison des pluies. Pas celle qui se mesure en mm et peut arriver d’un coup (celle que mesure les scientifiques)  , non ! Nous prévoyons une bonne pluie et comment elle va tomber.  Certains arbres produisent alors des fruits, des arbustes font des fleurs. Nous savons si l’année sera bonne en cassant les noyaux . Du liquide s’en échappe ou non, en grande ou en petite quantité Les lézards se reproduisent en masse ou non : ils prévoient ce que sera l’année suivante. Nos connaissances évoluent , Nous avons une plateforme de comparaison entre plate forme scientifique et de connaissances traditionnelles ( plate forme de Cancun) . Les équipes se regroupent . Ne pas être allé à l’école n’est pas une limite pour bénéficier des connaissances Et nous les répertorions pouvant ainsi les protéger de la biopiraterie »

Alain Grandjean , expert pour Carbone 14  s’est félicité des changements. Pourquoi les grands industriels ont ils changé leur vision ?  a t il demandé. Parce que grâce aux travaux du GIEC les experts ont pu faire des synthèses «  pour le carbone nous avons la chance d’avoir une métrique qui permet d’évaluer IL faut réussir à faire entrer les mêmes éléments pour la biodiversité et il est stratégique que le GIEC reste indépendant des industries, sinon il y aura toujours un doute, notre société baigne dans la culture du complot. » Olivier Laroussinie (agence des aires marines protégées) est revenu quant à lui sur les difficultés que rencontre l’équipe qui travaille sur la mise en place de l’agence de la biodiversité « jusqu’à présent les aires protégées intégraient le concept d’espèces remarquables à protéger et aujourd’hui nous vivons un bouleversement : on parle de protection pour service rendu ! Nous rencontrons un problème culturel: les gens de la conservation ne sont pas prêts à lâcher la proie pour l’ombre. Nous sommes une communauté, en partie, du côté de la conservation. Il nous faut travailler la reconnexion » Une solution proposée par Anne- caroline Prevot du CNRS qui a développé sa théorie des quatre R : Reservation (conservation) , restauration, réconciliation des hommes et de la nature, reconnexion dans l’entrée en relation des urbains avec la nature. Pour rappel , elle est l’auteur avec Cynthia Fleury d’un remarquable ouvrage collectif « l’exigence de la réconciliation « ( édition Fayard )


Dominique Martin Ferrari

Assises du vivant 2015 9 et 10 Février : UNESCO, INSPIRE institut, Humanité et biodiversité

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