Lutter contre le plastique: des pays le recyclent en bitume

11/05/2019 at 11 h 45 min

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Voilà quelques décennies déjà que la pollution dramatique de notre planète inquiète. La Terre fait les frais du dépôt sauvage de nos déchets en tout genre. Le plastique, considéré longtemps comme un matériau révolutionnaire, est aujourd’hui au banc des accusés. Face à l’urgence de la situation, plusieurs initiatives voient le jour pour tenter de minimiser l’impact de cette pollution, notamment l’utilisation du plastique dans la construction de routes d’un nouveau genre.

1. La pollution causée par les déchets plastiques

Fort de son succès commercial dans les années 1950, la production du plastique a connu une production exponentielle. Apprécié pour sa facilité de mise en forme, son faible coût, son imputrescibilité et sa résistance mécanique, le plastique a révolutionné notre quotidien et nos habitudes de consommation. 40 à 50 % de la production de plastique serait utilisée pour le secteur de l’emballage, selon PlasticsEurope.

L’enthousiasme des anciennes générations pour le plastique contraste avec l’angoisse actuelle des futures générations concernant la pollution de ce dérivé du pétrole sur l’environnement. Sachant qu’une bouteille en plastique met 500 ans à se dégrader et un sac plastique plus de 300 ans, notre empreinte écologique sur cette planète semble presque indélébile à notre échelle. Un retour de médaille dont la faune et la flore se seraient bien passées.

On estime que 80 % des déchets plastiques en mer proviennent surtout des déchets ménagers, qui mal collectés et mal recyclés sont abandonnés dans la nature ou sur les bords des routes. Ces déchets peuvent être transportés par les vents et les pluies pour finir dans les rivières et les fleuves, puis rejoindre les océans. Les catastrophes naturelles, comme les crues et les tsunamis, sont un facteur d’aggravation de la pollution. Les conséquences sont multiples : animaux pris au piège dans des sacs plastiques, étouffement des animaux à la suite d’ingestion de plastique, pollution chimique de l’eau, transport d’espèces invasives avec les courants etc.

Le WWF (World Wildlife Fund) estime que d’ici 2030, la production mondiale de déchets plastiques pourrait augmenter de 41 % et la quantité accumulée dans l’océan pourrait doubler. En 2016, 310 millions de tonnes de déchets plastiques ont été générées, dont le tiers se serait retrouvé dans la nature. Une situation d’autant plus préoccupante, qu’il n’y a pas de « coupable » désigné. La faute est partagée entre les gouvernements, les grandes entreprises et à l’échelle individuelle et citoyenne.

2. Le bitume : composant essentiel des réseaux routiers

Il existe plusieurs variétés de bitume. Derrière ce mot simple, se cache des procédés plus ou moins complexes. La majeure partie des routes et des rues, en France, sont constituées et recouvertes d’enrobés bitumineux. Le bitume est un mélange d’hydrocarbures, de gravats et de sable, présent naturellement dans l’environnement mais qui peut également être fabriqué industriellement après distillation de certains pétroles bruts. On le confond souvent avec l’asphalte routier dont il n’est qu’un composant. Après chauffage à 180°C, ce mélange est transporté vers le chantier d’épandage afin de servir de revêtement. Un procédé qui libère des fumées toxiques dans l’atmosphère. Ces fumées toxiques, accompagnées de poussières, sont chargées d’hydrocarbures de bitume. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) le bitume est considéré comme un cancérogène possible (catégorie 2B) pour les professionnels de l’asphaltage routier particulièrement exposés.

3. Des nouvelles routes en plastique recyclé

Souvent noyé sous des tonnes de déchets, les pays de l’hémisphère sud, encore considérés comme poubelle des pays riches occidentaux, trouvent à une échelle locale ou nationale des solutions pour tenter de réduire le volume des déchets plastiques accumulés, limitant ainsi la pollution.

Au Ghana, plusieurs routes incluent les sacs en plastique à leur composition. Les sacs en plastique sont déchirés et mélangés avec du sable, ce qui a pour résultat de produire de l’asphalte résistant et durable. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, 2% des déchets en plastique sont recyclés chaque jour. La société à l’initiative de ce projet emploi déjà 200 personnes et est soutenu par le gouvernement ghanéen pour sa double vocation : création d’emploi et protection de l’environnement.

En Inde, 11 kg de plastique sont utilisés chaque année par habitant. La majorité des déchets se retrouvent dans l’océan Indien et leurs conséquences écologiques sur la faune maritime ne sont plus a démontrer. Le plastique est récupéré dans les décharges à ciel ouvert ou encore en mer par les pêcheurs locaux. Les déchets sont ensuite broyés, réduits en fragments puis mélangés au bitume. Un projet financé en partie par le gouvernement indien. A ce-jour, plus de 34 000 km de routes dans le pays sont composés de plastique. Encore une fois, l’objectif est double : réduire le volume des déchets et créer des emplois.

Au Cameroun, ce sont des pavés pour les routes et les terrasses des maisons qui sont fabriqués avec des bouteilles en plastique récupérées. Une fois fondu sur feu de bois, le plastique est mélangé à du sable tamisé. Les moules permettent d’obtenir la forme souhaitée. Moins chers, plus résistants et plus écologiques, les pavés camerounais 100% recyclés répondent une nouvelle fois à un besoin social d’emplois et à une vocation de préservation de l’environnement.

En Hollande, le projet PlasticRoad envisage la construction de routes 100% recyclées, en utilisant le plastique présent dans les océans. Le but est d’obtenir des blocs préfabriqués de plastique recyclé emboîtables les uns aux autres pour créer des portions de route. Ce système astucieux permettrait un gain de temps considérable en cas de réparation de portion de route abîmée et limiterait tous les désagréments qui vont de pairs comme les embouteillages.

Costa Rica, Sénégal, de nombreux pays testent ces routes nouvelle génération et les premiers constats sont très prometteurs. Les ingénieurs estiment que le plastique est un matériau idéal pour les routes et ne présente que des avantages : des routes plus solides, plus résistantes, supportant des températures plus élevées, maintenance et construction des routes facilités, délais des chantiers raccourcis, économie d’essence pour les conducteurs grâce à une meilleure adhérence. On se demande comment avons-nous fait pour ne pas y avoir penser avant ?

En France, pas encore de plastique dans la composition des routes. Mais une volonté timide de vouloir s’aligner sur la tendance des routes plus respectueuses de l’environnement, comme en témoigne la rénovation d’une portion de route dans l’Hérault grâce à un nouveau procédé consistant à remplacer le pétrole par des huiles végétales fabriquées à partir de pins. Les fragments de route cassées sont mélangés avec l’émulsion végétale puis ensuite ré-enduite à la chaussée. « C’est une ressource locale, permettant de limiter les coûts de transport, l’utilisation de matériaux neufs, la gêne causée aux usagers ainsi que les émissions de gaz à effets de serre », explique un responsable de la société de construction Eiffage.
L’hexagone a pour objectif de recycler 100% de ses plastiques d’ici à 2025. C’est en tout cas la promesse faite devant l’Assemblée nationale, en juillet 2017, par le Premier ministre Édouard Philippe. Promesse utopique, dès lors que l’on sait que les meilleurs élèves européens en matière de recyclage sont la Norvège et l’Allemagne avec des taux de recyclage des déchets plastiques qui atteignent à peine 40 %. Le 11 janvier 2018, l’association PlasticEurope publiait un rapport qui révélait que la France était à la traîne en la matière, avec un pourcentage de recyclage des déchets en plastique de seulement 22,2 %. Un bien mauvais score lorsque l’on sait que la moyenne européenne se situe autour des 31%. Le trio de tête étant constitué de la Norvège (43,4%), de la Suède (40,6%) et de l’Allemagne (37,7%).

4. D’autres idées ingénieuses pour recycler le plastique

Au-delà du réseau routier, des idées brillantes et originales font surface pour tenter de ralentir la marée de plastique qui étouffe la planète.

A Istanbul, le plastique ne sert pas à la construction de routes mais a une utilité charitable. La capitale turque s’est dotée de distributeurs pour le moins originaux. Des bouteilles en plastique usagées déposées dans la machine génèrent une portion de croquettes pour nourrir les chiens. Les fonds de bouteille contenant encore de l’eau sont déversés et redistribués aux animaux dans la gamelle. Le concept « recyclage-distributeur » permet de soutenir concrètement deux causes : la protection de l’environnement et le bien-être animal.

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Pugedon – Licence : DR

Dans la ville de Berkane, au nord-est du Maroc, trois coopératives féminines ont recyclé plus de 56 000 sacs en plastique à ce jour. Partant du savoir-faire local des femmes tissant des paniers à multiples usages, Faïza Hajji est à l’origine d’un projet alliant protection de l’environnement et entrepreneuriat social. Le concept consiste à recycler des sachets en plastique à travers la fabrication de paniers et de sacs de marché, combinés à l’Alfa, une plante locale souple et résistante, utilisée traditionnellement pour le tissage des paniers. Les sachets en plastique sont nettoyés et coupés en bandelettes puis tissés. De objets de décoration comme des boules de noël, des dessous de plats et des sacs à main viennent diversifier l’éventail des produits artisanaux proposés aux touristes.