Aprés le Grenelle 1 , dix ans après un grenelle 2 qui tiendrait compte enfin d el’Outremer

26/04/2019 at 9 h 01 min

Vu dans le Marin

Le Grenelle de la mer a marqué un tournant dans la prise en compte de l’environnement, de la biodiversité et a repositionné l’humain au centre : il a contribué à la naissance d’une communauté maritime plus unie et décloisonné les secteurs. Un constat unanime à l’occasion d’ateliers de réflexion organisés les mercredi 24 et jeudi 25 avril par le Conseil national de la mer et des littoraux (CNML) pour en faire le bilan dix ans après.

« Il s’agit de déterminer, par rapport à ce qui avait été décidé lors du Grenelle de la mer, ce qui doit être poursuivi ou bien corrigé », a précisé le ministre de la Transition écologique François de Rugy, à l’origine de cette démarche de bilan, en recevant les participants au soir du premier jour de ces ateliers. Un bilan qui fera l’objet d’autres réunions d’ici à l’automne prochain, avant d’arriver à des conclusions définitives.

Souhaits d’un CNML plus fort

« Le Grenelle de la mer a été un extraordinaire apport, il nous a appris à nous connaître, nous, le monde du maritime dans sa diversité, et à travailler ensemble, se respecter », a souligné Philippe Vallette, directeur général de Nausicaa, lors de la restitution des ateliers.

La plupart des participants ont souligné la nécessité d’un meilleur appui politique et un renforcement du rôle du CNML comme structure de conseil et d’impulsion de la politique maritime française.

« Tous les groupes de travail ont souligné que cette gouvernance à cinq collèges (élus, entreprises, syndicats, associations, pouvoirs publics, du CNML, NDLR ) était pleine de sens », a également souligné la présidente du bureau du CNML Karine Claireaux, devant François de Rugy et la ministre des Transports Élisabeth Borne le 24 avril.

Gros regrets sur l’outre-mer

Parmi les résultats positifs à l’actif du du Grenelle de la mer : la mise en œuvre du réseau d’aires marines protégées, la prise en compte du lien bassin-versant et littoral, la mobilisation de la France contre la pollution plastique, le rapprochement entre scientifiques et professionnels, l’émergence du dialogue avec la société civile…

Et parmi les regrets forts : l’outre-mer – en dépit de fortes et réitérées déclarations d’intention, aucun résultat vraiment visible n’est relevé – ; la poursuite de l’urbanisation des littoraux ; la pression croissante du coût du foncier qui pénalise les populations actives locales ; une attractivité des métiers de la mer encore trop faible ; la faiblesse du portage politique pour aboutir à un programme de recherche mer.

Trouver des moyens Tous les participants ont appelé à débloquer plus de moyens pour la transition écologique. « Le financement doit passer par tous, a souligné Armand Quentel, président de la commission environnement du CNPMEM. Il faut dépasser les égoïsmes sectoriels pour mobiliser les acteurs au plus large. » Françoise Gail, directrice de recherche au CNRS, a demandé une « cartographie des forces de recherche des connaissances sur l’océan au niveau national », avec une« coordination de la recherche et l’innovation ». En levant les freins financiers et administratifs.

Beaucoup aussi ont appelé à ce que la France joue un rôle plus fort sur la scène internationale, dans les négociations en cours : la haute mer (négociations BBNJ), l’exploitation des minerais profonds, l’élaboration d’une charte internationale sur la pratique de la croisière, le soutien aux autoroutes de la mer (à l’échelon européen), le démantèlement des navires…

Des pistes pour la suite

« Nous sommes partis du principe qu’il y aurait un Grenelle 2.0, et le CNML est l’outil majeur dans cette hypothèse d’un deuxième Grenelle de la mer », a déclaré Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français (CMF) en restituant un atelier. Un deuxième Grenelle qui devra notamment, suggèrent les participants, mettre l’accent sur l’importance de la recherche océanographique, la gestion des déchets sur toutes les façades et dans les océans, l’économie circulaire…

Parmi les enjeux d’actualité qu’il lui faudra relever, la pollution par la perte de conteneurs, en suivant l’exemple de la lutte contre la pollution par hydrocarbures qui a bien progressé. Ou encore le volet maritime de la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) qu’il faut encore pousser.

 

Mélanie CHARTIER, Solène LE ROUX, Alexandra TURCAT