Bientôt à Paris grande réunion de l’IPBES , la biodiversité à l’honneur, retour sur une série de portraits 2/ 4

09/03/2019 at 17 h 51 min

Comment mieux suivre l’histoire des forêts tropicales qu’en suivant le botaniste, dendrologue Francis Hallé ?     Comment mieux suivre Francis Hallé qu’en visionnant le film qu’il a tourné avec Luc Jacquet?

Francis Hallé, le botaniste,a donné sa tête, l’engagement de sa vie et son énergie créatrice à un grand cinéaste Luc Jacquet pour mettre en image « Il était la forêt », le film dont il rêvait depuis plus de vingt ans . Il avait été déçu , agacé, désabusé, par toutes les propositions que lui avaient été faites par la télévision : pas assez ambitieuses ! « nous sommes entrain de vivre l’extinction des forêts tropicales. Il ne s’agit pas de faire un énième petit documentaire »

Francis Hallé, le tropicaliste,  père des recherches sur l’architecture de la canopée, l’homme du radeau des cimes, rappelle au passage que les forêts tropicales primaires abritent l’essentiel de la biodiversité terrestre, et que « bientôt ce ne sera plus qu’un souvenir. C’est pourquoi je tenais à ce film. Mais pas de n’importe quel film, un film qui fasse découvrir, comprendre , aimer et surtout ressentir.. ». Il sera donc le guide d’un des plus grand metteur en scène de la nature. « Botaniste, et dendrologue, dit on de lui, il possède la science des arbres; la beauté des arbres, il la contemple ; l’ingéniosité des arbres et la faculté qu’ils ont à se sortir de toute situation difficile et à imposer leur présence, il s’en émerveille ; leur manière d’occuper l’espace, il ne cesse de l’étudier ; leur architecture, il ne cesse de l’observer. « Francis Hallé sait que les arbres sont loin d’avoir tout révélé de leur biologie aux observateurs . Il a enseigné longtemps à l’Institut de botanique de l’université de Montpellier et la fréquentation des arbres l’ a poussé à considérer leur environnement ; son propos est aussi celui d’un spécialiste de l’écologie, et notamment de l’écologie tropicale. il a regardé vivre les arbres et les hommes, et s’est posé des questions décisives sur ce qu’il a appelé « la condition tropicale ».

C’est ainsi qu’est né « un film sans acteurs, où les seuls êtres humains seront issus des ethnies forestières… Je bataillerais pour et aux côtés de la forêt jusqu’à ma mort. Qui sait, nous nous éteindrons peut être en même temps » » Dans dix ans, selon Francis Hallé, ces forêts auront totalement disparu, victimes de l’exploitation massive du bois, de l’huile de palme, de l’extraction minière…Comme le titre l’indique , le film se déroule comme un conte de fée. Il ne tient qu’à nous que le conte ne se referme à jamais, ne s’ajoute « il était UNE FOIS la forêt » . Sur des flots d’images de rêve, nous repartons sur les traces des dernières grandes forêts du monde. Celles sur lesquelles Francis Hallé a conduit son radeau des cimes, se focalisant sur trois grandes zones géographiques : le bassin du fleuve Congo au Gabon, la forêt amazonienne du côté péruvien et la Nouvelle-Guinée.

J’avais suivi au début des années 80 en tant que responsable de l’association solidarité forêt et en grande période de lutte contre la déforestation tropicale , les travaux de l’association Canopée , conduite par trois hommes extraordinaires qui donneront naissance au concept du Radeau des cimes : Francis Hallé confronté au difficile accès de la canopée, Dany Cleyet-Marrel aéronaute aventurier, et Gilles Ebersolt architecte pour le moins original, qui a déjà imaginé le Radeau des cimes. Ensemble, ils avaient mis au point ce formidable outil de prospection qui permettra enfin un accès facile a la Canopée …

Mais c’est en 1989 , que je rencontre vraiment Francis Hallé grâce à la complicité de Patrick Blanc qui a depuis quitté l’équipe. Francis préparait un grand inventaire de la forêt amazonienne avec comme à son habitude une équipe de chercheurs venus du monde entier. Mais le radeau et tout le matériel avait été confisqué par l’armée brésilienne, pour qui survoler la forêt relevait du secret défense.

Alors au cabinet de Brice Lalonde, ministre de l’environnement, j’avais réussi à faire débloquer le matériel et à rapatrier toute l’expédition sur la Guyane . Pas très fièrement d’ailleurs, car le seul site que nous avions trouvé pour permettre à la plate forme de s’envoler, était celui des travaux en cours sur le barrage de Petit Saut. Il nous restait à tous, à transformer l’image de ce lieu de déforestation en épopée symbolique pro forêt !

Depuis , Francis Hallé est reparti en Afrique, et revient du Laos. Le gouvernement Laotien lui a demandé de conduire l’inventaire de ses forêts , ce qui n’a encore jamais été fait « nous ne sommes plus vraiment sur de la forêt primaire, mais tout est à découvrir » Cette mission exploratoire « Laos 2011-2015 » réunit chercheurs internationaux, botanistes, entomologistes, herpètologues, ornithologues ainsi qu’une équipe de l’Institut Pasteur spécialisée dans les recherches sur les virus. Le grand radeau laisse la place aujourd’hui à du matériel plus miniaturisé, plus simple à transporter et moins coûteux : Etoiles des Cimes, luge, arbo glisseur électrique… pour découvrir qui se cachent (fleurs, fruits, graines, insectes, mammifères…) dans la couche supérieure de la forêt primaire.

 

retour sur le film : C’est en Guyane que naîtra le projet du film « il était la forêt ». En Août 2010 , Jacquet et Hallé partent ensemble dans la réserve naturelle des Nourragues : premiers repérages, premier vivre ensemble. Il en reviennent avec un court métrage : « c’était la forêt des pluies » Le tournage du long métrage commencera le 19 juin 2011, en partenariat avec les sociétés Disneynature et Bonne Pioche. Le film prendra alors un nouveau titre, Il était une forêt, Dans ce film, pour la première fois une forêt va naître. De la première pousse à l’épanouissement des arbres géants de la canopée, en passant par le développement des liens cachés entre plantes et animaux, ce ne sont pas moins de sept siècles qui s’écoulent sous nos yeux. Le tournage débute dans le parc de Manú au Pérou puis se poursuit au Gabon, avec une équipe de 35 techniciens et artistes. En novembre, les dernières images, macroscopiques, sont tournées en studio dans l’Ain dans le Parc des oiseaux. La postproduction s’est terminée le 25 avril 2013. Pour la première fois, le cinéma s’inscrit dans une démarche globale de sensibilisation à la conservation des forêts auprès du grand public: parallèlement au film, Wild-Touch prend l’initiative de faire redécouvrir la Nature à travers une approche cross média : artistes en résidence en forêt, éducation à l’environnement, plateforme ONG ainsi qu’un web-feuilleton qui met en scène des personnages récurrents en constante évolution et en lumière les merveilles végétales et animales…

La lutte continue, Dominique Martin Ferrari

En savoir plus :

http://www.wild-touch.org/web-feuilleton/

http://foretstropicaleslefilm.wordpress.com/

http://www.actes-sud.fr/catalogue/economie/la-condition-tropicale

http://blog.radeau-des-cimes.org/?page_id=20

http://laforetdespluies.20minutes-blogs.fr/luc-jacquet/