16° Assises de l’énergie: l’appel de Bordeaux

31/01/2015 at 20 h 14 min

Les 16° assises nationales de l’énergie ont été ouvertes par Alain Juppé fier d’organiser le premier grand événement labellisé par le comité interministériel en perspective de la COP 21.

« Nous attendons un accord contraignant de réduction des gaz à effet de serre. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. C’est à nous (collectivités territoriales) de faire monter la pression sur les gouvernements. … Nous,  nous faisons, et ne faisons pas seulement des déclarations » a-t-il martelé.

Jean Jouzel , « monsieur climat », revenant sur les conclusions du GIEC reste alarmiste.

Jean Jouzel

« Nous modifions la composition de l’atmosphère :  40% de cO2, + 20% de protoxyde d’azote, + 2,5%  de méthane et depuis 40 ans , les émissions ne cessent d’augmenter, 90% d’entre elles étant liées aux combustibles fossiles. »

Dans cette région d’Aquitaine déclarée avec la région midi Pyrénées, la plus chaude de France , son discours fût l’objet d’une écoute attentive , surtout quand il a abordé la question de la montée des océans « de 3mm à 40mm chaque année selon les régions, 1/3 étant du à la fonte des glaciers, 1/3 à la fonte de la calotte glaciaire, 1/3 lié à l’inertie de l’océan) (…) Il suffit de regarder autour de soi : la nature se comporte mal. Les poissons se déplacent (à cause de l’acidification des océans et de la chaleur), les  saisons d’enneigement raccourcissent, les feux de forêts se multiplient comme les ouragans, les typhons… Des régions vont devenir plus productrices et d’autres vont perdre leur richesse. Dans les 20 ans, cela s’équilibrera. Mais à la fin du siècle, les effets négatifs s’imposent ».

« Tous les voyants au rouge. On sait ce qu’il faut faire, et plus on attend, plus les choses seront difficiles »

Pour Patrice Geoffron, directeur du centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières, l’enjeu est d’abord culturel et géopolitique « Nous devons casser en 2- 3 décennies la dynamique de deux siècle de création de richesse liée au fait d’émettre du CO2… L’ambition européenne est très  importante, mais le monde ne ressemble pas à l’Europe. Ailleurs la demande d’énergie croit de manière exponentielle. En 2035, la Chine devrait peser autant que l’OCDE, en termes de consommation. Le modèle économique des pays producteurs vit sur un mode de subventions et non de taxation. De nombreux pays ont construit leur contrat social sur ces bases. Modifier ces systèmes, c’est modifier les contrats sociaux. Les subventions des énergies carbonées au niveau mondial sont 3 à 4 fois supérieures aux subventions des renouvelables. »

Une chose est certaine, nous ne pouvons plus émettre de carbone au même rythme. « Il nous reste 250Mds de tonnes de carbone à avoir le droit de consommer , soit  25 ans de consommation au rythme actuel, répète Jean Jouzel. Il faut agir tout de suite, et le tout de suite des années 90 aurait été plus facile. Il y a 20 ans les climatologues travaillaient sur la fin du pétrole. Actuellement, le contraire se produit. On ne peut plus parier sur l’épuisement des ressources et cela a fondamentalement changé ce qui était prévu il y a 20 ans. Bien sûr, on va travailler sur les capacités d’adaptation mais cela ne résoudra pas la question. Il faut atténuer et donc laisser 80% des réserves de combustible dans le sous sol. »

Les participants et tous les acteurs politiques des 16° assises de l’énergie se sont séparés sur  l’appel de Bordeaux, appel d’ « unité nationale », résultat d’une union sacrée gauche droite sur la question climatique et « de la volonté des collectivités dans leur diversité de porter ensemble la question » à la prochaine réunion des collectivités territoriales en Juillet à Lyon et à la réunion des maires du monde à Paris durant la Cop 21. Les signataires dans un bel élan consensuel  appellent ‘ »à prendre en considération, dans les décisions de la COP de Paris, le rôle central des territoires, dans l’adaptation comme dans l’atténuation.»

Le sénateur Ronan Dantec a dit ce que personne n’a envie d’entendre : « Il n’y aura pas d’accord contraignant à la COP 21. Le 1° Janvier 2016, l’Europe se réveillera en guerre contre la Russie, et tous les conflits liés à l’énergie seront plus que jamais d’actualité. Il faudra faire avec ce monde. On sera dans ce monde là.»

« Il faut donc autre chose que le texte de la COP. Nous devons travailler cette année à ajouter deux plus values : que notre mobilisation rende les territoires plus durables et que nous réussissions à mettre au coeur du récit de Paris le fait qu’il s’agit d’une négociation sur le développement (…) »


Par Dominique Martin Ferrari