LA REUNION EN ATTENTE DE SA PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie)

17/02/2019 at 21 h 28 min

 La Réunion est toujours en attente de la révision de sa PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) comme l’y oblige la loi de 2015 dont l’objectif est d’atteindre l’autonomie énergétique en 2030.

La régulation des prix reste prioritaire en ces temps agités, car si l’île progresse sur le plan technologique, elle reste fortement marquée par les mouvements des gilets jaunes, par la question du prix de l’énergie et les questions de mobilités

 

Comme en Corse et dans tous les Doms, la Réunion est une zone non interconnectées. La plupart des décisions sont encore prises par EDF qui détient le monopole de la distribution, mais 43% seulement de la production. Une production qu’elle continue d’asseoir sur le charbon puisque les travaux de la dernière centrale thermique, investissement de 500 M d’euros, ont commencé au Port en 2013 . Grâce à la ligne LEO qui en partait, elle était censée régler les problèmes de demande. Or les habitants de Saint Paul ont pu, depuis, faire l’expérience de nouveaux décrochages… Le pari n’est donc pas gagné car paradoxalement cette île qui possède le soleil, la mer et le vent dépend encore à 80% des énergies fossiles importées

 

Les discussions se poursuivent notamment sur les financements de la PPE. Est-ce pour ne pas réveiller les démons liés aux conflits d’intérêts liés aux usages du foncier que l’île assume son retard ? A défaut de sortir du charbon à l’horizon 2023 comme l’Etat s’y été engagé, la Réunion maintient et réaffirme sa volonté de réaliser un saut d’autonomie énergétique important.

Le dispatching EDF à Saint Denis

Pour l’instant l’ensemble du réseau reste sous la responsabilité ferme d’EDF qui assure dans son centre de Saint Denis un équilibre permanent et obligé entre la production et la distribution.

Au centre EDF situé 14 rue St Anne à ST Denis, on se disculpe grâce à un texte fixé pour l’hexagone alimenté par le nucléaire, qui a toujours bloqué le développement des ENR à « pas plus de 30% de renouvelables. » Or « Nous sommes déjà à 32% d’ENR » précise Olivier Duhagon, nouveau patron depuis octobre 2017 du centre réunionnais. (on est bien loin des 46% visés pour 2018 et des 72% pour 2023 !) Visiblement, ici on ne bouscule pas la progression des ENR alors qu’un rapport de l’ADEME présenté en Mars dernier à Paris laisse envisager la possibilité d’un mix à 80 et même 100% ENR dans l’île.

Dans le centre de dispatching ultramoderne qui sera de plus en plus informatisé, deux techniciens lissent en permanence offre et demande et surtout aux heures de pointe. 17h étant l’une des heures de pointe, celle « de la marmite à riz ». L’objectif principal est « l’effacement ». 78M d’euros sont actuellement consacrés à l’installation des compteurs « communicants » qui devraient permettre aux réunionnais de repérer heures « pleines et creuses, heures à tarifs verts » et à EDF de mieux gérer à terme l’équilibre entre l’offre et la demande.

 

L’intermittence, un vieux souvenir ?

L’intermittence, cette production irrégulière fournie par les Energies renouvelables que sont le soleil et le vent, n’est pas une amie d’EDF. Ce serait une des raisons de ces choix prioritaires en fossiles. Pourtant la première, elle a testé les batteries lithium-ion couplées aux renouvelables. Et ça marche ! De plus, Albioma, qui possède les deux centrales du Gol et de Bois Rouge (produisant à partir du charbon et de la biomasse 80% de l’énergie utilisée dans l’ile) vient de lancer un nouvel outil prometteur, une TAC (turbine à combustion) à Saint Pierre .

Un outil dit révolutionnaire même s’il en existe déjà dans l’hexagone. Mise en route en sept minutes seulement, elle viendrait en aide à EDF pour faire face à une fragilité quelque part sur le réseau au moment d’une pointe de consommation. C’est une turbine de Boeing 747. Elle fonctionne au bioéthanol produit à partir des restes de 3000 à 5000 m3 de mélasse de la distillerie voisine de la Rivière du Mât. Auparavant ces déchets repartaient pour être traités dans l’hexagone. L’intérêt de cette innovation réside selon nous dans la production d’énergie à partir du bioéthanol. L’Ile Maurice s’y était exercée il y a plus de dix ans, puis avait renoncée . Plus qu’une production électrique le process pourrait résoudre demain la question des carburants.

Dominique Martin Ferrari

 (voir le film que nous avions tourné en 2009 et qui prévoyait une crise du sucre longtemps déniée par les producteurs : https://www.dailymotion.com/video/x71cxjf 52’)