Reunion: quel plan mobilité ?

12/02/2019 at 10 h 54 min

La route du littoral, élément du plan transport/mobilité de la Réunion

« Vous êtes le premier groupe à rouler sur cette route sur la mer ». Fabienne Couapel Sauret Conseillère régionale en charge des transports, de l’intermodalité…est fière de nous conduire sur cette route qui a fait couler tant d’encre !…

En fait ni vertige, ni impression de fragilité. L’importance du tablier à 6 voies dont deux réservées au futur Run train (le transport collectif est encore à choisir : tram ou bus en site réservé..) sécurise. Nous sommes pourtant suspendus à une vingtaine de mètres au dessus de la mer, loin de cette falaise qui aux grosses pluies laisse dévaler des blocs meurtriers obligeant au basculement de la seule nationale reliant Saint Denis aux villes dortoirs de l’Ouest

Des travaux pharaoniques

Malgré l’avancée du projet, la polémique se poursuit. Les travaux sont interrompus du côté de la Possession car il reste deux kilomètres de digues à construire. Elodie Mares porte parole du collectif « Touch pas nout roche » se bat contre l’ouverture d’une nouvelle carrière et a tenu à nous alerter « Le choix viaduc/ digue n’était pas celui que nous avions choisi.IL relève d’un accord entre Didier Robert le président de région et Vinci . Ce choix nécessitait l’ouverture des carrières et l’importation de roches : Roches massives (non poreuses) venues d’Arabie Saoudite, 50.000T de roches importées de Madagascar, andains (https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/2015/06/15/nouvelle-route-du-littoral-extraction-des-andains-264253.html ) venus de la Réunion et maintenant que les quatre carrières ré ouvertes sont vides , le préfet autorise l’ ouverture de la carrière de Bois Blanc qui va impacter la vie des habitants des Avirons. Nous avions privilégié le tout viaduc »

Cette ponction des roches réunionnaises est un vrai probléme . A la DEAL on se demande comment il sera possible de répondre aux prévisions du secteur bâtiment pour les 200.000 habitants à venir dans les prochaines années et surtout à la création du nouveau port réservé aux croisièristes entre Roland Garros et St Suzanne. Les plus optimistes, comme Patrick Polverelli directeur technique de la Route , renvoient au démontage/recyclage de l’ancienne nationale et de ses brises lames, quelques millions de tonnes à retraiter pour le BTP local.

 

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La Région est en charge du dossier de la route du littoral, le département s’étant désengagé. Les travaux ont débuté en 2014. Le chantier environnement à lui seul est évalué à 80M d’euros pour ces 13 km largement financé par les fonds européens. Fabienne Couapel Sauret insiste sur cette prise en compte de l’environnement et de l’adoption de la nouvelle règle ERC (Eviter, Réparer, Compenser) Le laboratoire biotope a conduit les recherches sur l’évitement des désagréments sonores causés aux baleines, à la protection des coraux, et du paille en queue, oiseau de la falaise emblème de la Réunion. Le Conservatoire du Littoral a bénéficié d’une faible compensation pour ouvrir un chemin boisé d’espèces endémiques à la Grande Chaloupe. Quant aux risques de submersions, les menaces centennales ont été prises en compte sachant qu’en cas de cyclone, la circulation est interdite.

Parmi les principaux défis techniques, outre la construction de la Zourit à huit pieds, chargée de planter le viaduc, il a fallu veiller au refroidissement d’un béton censé durer 100 ans et édifier quatre piliers en ciment plus poreux . Ils devraient permettre l’installation de nouvelles colonies coralliennes.

Prémices d’un plan transport/mobilité

La route littorale est une des pièces majeures du plan mobilité, thème arrivé en tête des préoccupations ultramarines aux dernières assises

Elle devrait rapidement désengorger Saint Denis. Le projet complet de ce réseau de 150km est attendu entre 2030 et 2050 ( mais en coulisse on parle de 50 à 100 ans de travaux et l’abandon du projet transport des années 2010 laissent un sentiment d’amertume) . Il débutera par le tronçon allant de St Suzanne (an nord) à Saint Joseph (sud) et permettra de traverser directement St Denis par le haut en sept minutes. Il devrait être opérationnel dès 2023.

Autour de la table sont réunis tous les acteurs : région, département, six intercommunalités, les communes et la société civile. L’incitation aux déplacements collectifs fait partie du plan et devrait passer à 14% en 2028 contre 7% aujourd’hui. La mise en service de trois bus à étage, très prisés, et la construction du run rail sont en discussion.

Ces modernisations des infrastructures devraient se développer en même temps que les innovations conduites en matière de carburant à base d’éthanol,les  importations de véhicules électriques (2000 véhicules prévus) ou le développement de routes solaires, dont les recherches sont poursuivies par Colas/Wattway. Le directeur de la DEAL, Jean Michel Maurin estime que « les choses peuvent se passer plus vite que dans l’hexagone. L’importance des faibles revenus à la Réunion devrait aider à passer aux transports collectifs »

Et les véhicules électrique pourraient se recharger à 12h au moment où les centrales solaires crachent au maximum, si le mix énergétique se développe …..

Dominique Martin Ferrari