la notion « d’envahissante » doit être mieux cernée

03/11/2018 at 17 h 55 min
Certes la notion d’envahissante telle que la conçoit l’UICN prête à commentaires pour plusieurs raisons: Certains botanistes ou paysagiste (cf Gilles clément) ont toujours considéré que les plantes voyageaient et que ces voyages ont donné naissance aux paysages que nous connaissons et qui se transformerons encore. D’autres estiment que les financements octroyés à l’éradication des envahissantes étaient démentiels , à fonds perdus et auraient pu être mieux utilisés dans le secteur de la biodiversité, notamment à la surveillance des introductions. Enfin, pendant que des chercheurs luttent contre les envahissantes, jardiniers , responsables de parc et aménageurs continuent de les protéger parce que le public en raffole. Autant de facteurs qui « brouillent » la lecture de la protection de la biodiversité (un peu comme pour le réchauffement climatique: « il faut plus chaud,  mais alors?  pas mal!« ).
Ayant beaucoup apprécié les travaux de Gilles Clement, nous aimerions voir ce terme d' »envahissantes » disparaître , et  les « vagabondes » être réhabilitées. Avec la notion de l’envahissante s’est entretenue l’idée que « vous n’avez pas le droit, vous, êtres vagabonds, d’occuper le terrain d’autrui » (Gilles Clement, éloge des vagabondes , nil ed.) Ce qui ne dispense en aucun cas de veiller scrupuleusement aux introductions qui s’accélèrent et sont davantage le fait des hommes que des oiseaux… Dans le n°2 de « l’outremer en métamorphose: biodiversité« nous écrivions:

« De plus en plus de précautions sont à prendre avant d’introduire une espèce nouvelle

Grand public ou professionnels nous sommes tous soumis aux mêmes exigences : avant d’introduire une espèce – dont on ne connait pas les effets – dans la nature, il serait nécessaire de réaliser une étude d’impact En cas de besoin, des essais expérimentaux pourraient être réalisés, afin de tester le pouvoir infectieux des espèces exotiques ou encore les préférences alimentaires et écologiques de l’espèce. Lorsqu’une espèce exotique a été détectée comme envahissante ou susceptible de le devenir, alors il est nécessaire de prendre des mesures d’éradications, de confinement ou de lutte. C’est au début de l’invasion, lorsque les populations sont petites et localisées, que l’on a les meilleures chances de pouvoir éradiquer une espèce exotique envahissante. Les progrès technologiques sont en train d’augmenter le nombre de situations dans lesquelles l’éradication est possible, en particulier sur les îles. L’éradication est sans doute plus difficile à réaliser dans le milieu marin. Les organisations internationales espèrent aller, en cas d’importation illégale, vers des peines criminelles et demandent que soit engagée la responsabilité civile pour les frais d’éradication ou de lutte .On sait encore très peu de choses et des méthodes d’éradication se sont souvent révélées aussi dangereuse que l’invasion elle même La recherche est donc très sollicitée. On lui demande d’établir des « listes noires », de travailler sur de meilleures détections, de choisir des méthodes de lutte dont les conséquences seront bien évaluées. »

Le dossier s’ouvre à nouveau puisqu’un engagement a été pris d’éradication avant 2020 par l’UICN , mais visiblement (voir papier Outremers 360 ci dessous ) il se nuance.

DES ENVAHISSANTES A L’ASSAUT DES ENDEMIQUES : il est vrai que par l’importance de leur extension, certaines espèces entrent aujourd’hui en concurrence avec les espèces indigènes devenant la 3° cause de l’érosion de la biodiversité mondiale. Les éradiquer avant 2020 Largement médiatisées par l’UICN (union internationale de conservation de la nature), elles sont devenues l’ennemi n°1. Leur prévention et leur gestion constituent l’un des 20 objectifs d’Aïchi à atteindre d’ici 2020, objectifs adoptés par les États Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) signée en 1992. Des centaines d’experts issus de divers organismes ont rejoint l’initiative. Elles sont encore trop peu nombreuses et peu reliées entre elles. Mais les programmes coutent entre 12 et 14 milliards d’euros à l’Europe chaque année. Un peu de science : le peuplement des espèces insulaires répond à la théorie développée par Mac Arthur et Wilson (1967). Cette théorie souligne que la richesse spécifique d’une île résulte d’un équilibre dit « dynamique » entre le taux d’immigration et le taux d’extinction. Le taux d’immigration chute avec le nombre croissant d’espèces installées suite aux processus de compétition et de prédation. À l’inverse, le taux d’extinction est croissant avec le nombre d’espèces déjà présentes. La colonisation par une plante ou un animal d’un écosystème n’a rien de surprenant ; Elle répond simplement au modèle des successions écologiques en milieu insulaire. venues accidentellement ou volontairement par bateau puis par avion. Mais le fait est incontestable, les introductions liées à la généralisation des voyages ont augmenté de 76% en Europe ces trente cinq dernières années. Au terme d’un état des lieux, il ressort que 49 espèces végétales et animales figurant parmi les 100 plus envahissantes au monde, sont présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer. Chaque cas d’invasion est particulier et fonction du lieu, de l’espèce introduite et des communautés animales et végétales présentes.

Deux exemples A l’assaut de la vigne marronne à la Réunion Cette ronce, aussi appelée Framboise de l’Inde a été introduite à la Réunion en 1840, se développe rapidement et asphyxie tout. Arrachage des pieds, utilisation d’herbicide… sont mis en place pour en limiter l’extension . En 2007 le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) se lance dans la lutte biologique et introduit l’espèce de tenthrède Cybdela janthina, aussi appelée la « mouche bleue ». un des parasites naturels de la vigne marronne dans son milieu originel (Sumatra). Les premiers lâchers ont lieu en 2008 et depuis la vigne marronne a fortement régressé, plus rapidement que prévu. Mais les apiculteurs accusent la mouche d’agresser les espèces mellifères qui ne pollinisent plus comme il convient les vergers de litchis …Autre question, la mouche bleue survivra-t-elle et de quoi se nourrira-t-elle une fois la vigne éradiquée?

A Tahiti, le Miconia On l’appelle aussi « cancer vert » C’est une espèce d’arbre originaire du Mexique et d’Amérique centrale et du sud devenu un des cas les plus spectaculaires et catastrophiques d’invasion biologique.. A la création du jardin botanique de Harrisson Smith à Papeari (île de Tahiti) en 1920 la mode des plantes exotiques prend réellement son essor. C’est à partir de ce jardin que le miconia va se naturaliser et envahir les trois quarts de Tahiti. Le miconia est considérée comme une menace directe pour 70 plantes endémiques de Tahiti. S’égayant dans les vallées, il finit par menacer les espèces d’oiseaux endémiques comme le monarque de Tahiti qui n’arrive plus à se nourrir .Des bénévoles organisent des campagnes d’arrachage du avec pour but d’éradiquer cette peste végétale de Polynésie

Vu dans Outremers 360°:http://outremers360.com/bassin-pacifique-appli/biodiversite-ces-especes-exotiques-envahissantes-devenues-symboles-locaux-en-outre-mer/

Le premier rapport de l’UICN sur les espèces exotiques envahissantes réalisé à l’échelle de tout l’outre-mer révèle que 49 espèces figurant parmi les 100 plus envahissantes au monde sont présentes dans les collectivités françaises ultramarines. Parmi celles-ci, des espèces reconnues comme endémiques. « Plusieurs espèces, parfois parmi les plus envahissantes, sont jugées utiles et profondément ancrées dans les cultures, d’autres ont une valeur économique ou sociale importante »souligne l’étude de l’UICN.

Le tulipier du Gabon (Spathodea campanulata) aux belles fleurs rouges, planté comme arbre d’ornement et d’ombrage dans la majorité des collectivités tropicales d’outre-mer est l’une des espèces les plus envahissantes au monde et envahit particulièrement les vallées de Tahiti. Le paradoxe est qu’au même moment des sommes considérables sont dépensées dans le monde pour lutter contre ces plantes. « L’aménagement du territoire comme le verdissement des bords de routes, des ronds points, des espaces publics est essentiellement réalisé à base d’espèces exotiques ornementales sélectionnées pour leurs critères esthétiques et économiques, parfois même pour leur caractère de robustesse et de croissance rapide (cas des plantes de couverture pour la stabilisation des talus routiers) sans prendre en considération leur potentiel envahissant ».

Conflits d’intérêts

Une situation qui cause des conflits d’intérêts. C’est le cas notamment des plantes ornementales envahissantes qui opposent ceux qui en font le commerce et les gestionnaires et conservateurs de la nature. « Par exemple, l’hortensia (Hydrangea macrophylla), a été planté dans les années 1970 à La Réunion le long des pistes forestières mais il est devenu hautement envahissant. La population ne comprend pas toujours pourquoi cette espèce, qui à un moment donné a fait l’objet de campagnes de promotion, doit être aujourd’hui contrôlée », précise l’UICN. Certaines espèces exotiques, introduites par l’homme, ont même acquis le statut d’emblèmes locales qui font de l’objet de  protection. En Nouvelle-Calédonie, le cerf rusa a pris une si grande importance culturelle, nutritionnelle et économique qu’en 1957 Barrau et Devambez écrivaient déjà que « nul Néo-calédonien, qu’il soit Européen ou autochtone, ne concevrait, aujourd’hui, son île sans cerf : l’effigie de ce dernier figure sur les billets de banque… et sur bien d’autres symboles de la Nouvelle-Calédonie ».

Autre cas particulier, celui du racoon (raton laveur en créole) qui est considéré comme une espèce protégée en Guadeloupe. Les populations de racoon, ou raton laveur, des Bahamas, de Barbade et de la Guadeloupe ont longtemps été considérées comme endémiques à chacune de ces îles (Procyon minor en Guadeloupe, Procyon maynardi aux Bahamas et Procyon gloveralleni aux Barbades). Mais des travaux de génétique, historiques et biogéographiques ont conclu que les ratons laveurs caribéens ne pouvaient pas être distingués du raton laveur nord américain Procyon lotor et qu’il ne faisait aucun doute que ces différentes populations ont été introduites depuis l’Est des Etats-Unis, il y a peut être plusieurs siècles. L’introduction du raton laveur en Guadeloupe daterait du début du 19ème siècle. « A la lumière de ces informations, les mesures réglementaires (espèce intégralement protégée) et l’image officielle (emblème du Parc National de Guadeloupe) donnée à l’espèce devraient être reconsidérées puisqu’il s’agit sans équivoque d’une espèce introduite et abondante dans son aire de répartition originelle et dont l’impact sur les écosystèmes n’est pas négligeable » indique le rapport de l’IUCN.

Un racoon (raton laveur) en Guadeloupe @Kurt Howard

Un racoon (raton laveur) en Guadeloupe @Kurt Howard

Pour rappel les espèces exotiques envahissantes sont l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité en outre-mer. D’après la liste la liste rouge de l’UICN, les EEE sont la deuxième cause d’extinction documentée d’espèces et la troisième menace à venir pour les espèces en danger d’extinction.

Un site internet pour recenser les espèces exotiques envahissante en Outre-mer

Développé dans le cadre de cette initiative, le site Internet permet l’accès à de nombreuses informations scientifiques, techniques et juridiques sur les espèces invasives qui menacent les écosystèmes et les espèces indigènes en outre-mer et sur les stratégies pour mieux les gérer. Pour cela, une base de données a été mise en place et permet de rechercher des informations sur près de 700 espèces introduites.