Peut on considérer sérieusement le plan de gestion de la Mer de Corail ? Sera t il suivi d’un plan d’action sérieux ?

31/10/2018 at 13 h 43 min

 

(extrait du N°3 « l’outremer en métamorphose: désenclaver, vivre avec la mer » p 32 (en vente 10 euros: enmetamorphose@gmail.com)

Nous avons demandé à Estienne RODARY , chercheur IRD en géographie et sciences politiques revenant de Nouméa ce qu’il en pensait :

MO : La mise en œuvre de cette AMP est un grand pas, mais quelles vont en être les conditions de protection ?

ER : « Pour l’instant ce qui a été présenté est un plan de gestion, un projet. Il répond à une longue concertation de quatre ans , une cinquantaine de réunions réunissant les trois colléges avec tous le professionnels. L’annonce a un effet fort en terme de géostratégie. Elle fait de ce hotspot de biodiversité qu’est la Nouvelle Calédonie un espace avec un appareillage administratif susceptible de gérer les milieux naturels » Un effet psychologique et médiatique est attendu, « avec une plus grande sensibilisation à la protection. Cela va-t-il changer les choses ? Dans la zone du Parc la pêche responsable est déjà une règle : aucun quotas ne sont accordés aux étrangers, la flotte calédonienne respecte des quotas fixes (notons cependant que treize tonnes de germon calédonien ont pris le 7 Aout la direction de l’Europe et que les pêcheurs espèrent atteindre les 200 à 3000 tonnes d’exportation contre les 30 à 50 tonnes les années passées, ndlr).

OM : Cela vous paraît insuffisant ?

ER : « . Il faudrait que ce plan de gestion s’accompagne d’un plan d’action. Mais pour l’instant il ne semble pas y avoir de moyens mis en place. Il n’y a pas non plus de moyens maritimes supplémentaires. De même, nous constatons l’absence de Conseil scientifique pour gérer cet espace .  »

OM : Comparativement à la nouvelle Zélande et à l’Australie, le nombre de chercheurs diminue sur le Caillou. La présence de l’armée pour contrôler la pêche illégale est souvent déclarée insuffisante dans cette zone. Qu’en pensez vous ?

ER : « La pêche illégale est présente , mais Je ne connais pas exactement la situation. Il est clair que les « blueboat », ces petits bateaux vietnamien peints en bleu et dépourvu de matériel électronique pour échapper à la surveillance satellitaire continuent d’opérer. On ne connaît pas l’impact exact de leurs prises et leur surveillance dépend des affaires maritimes et non directement du parc qui n’a pas encore de moyens propres en personnel et en équipement de surveillance. »

OM : Reste la gestion du tourisme. Philippe Germain annonce que l’accès des réserves naturelles au sein du parc sera soumis à autorisation du gouvernement, payant, avec des opérateurs formés et des bateaux ne dépassant pas les 200 personnes, même s’il n’est rien dit sur l’organisation des rotations ?

ER : « Comme il s’agit de réserves sur des îlots isolés et éloignés, cela concerne un tourisme de niche, qui ne concerne pas les gros navires de croisière. La Compagnie du Ponant pourrait répondre à ces conditions imposées par le gouvernement. Mais comment seront-ils encadrés ? et par qui ? Les bateaux de croisière de grande taille sont quant à eux en fort développement en Nouvelle-Calédonie, malgré les problèmes de pollution (aérienne principalement) et une population qui marque une approche critique du tourisme de masse. Méfiance ? Désintérêt ? Il y a en tout cas une protection insulaire et une défense du territoire face aux risques du tourisme de masse. »

OM : A quelles menaces va t il falloir être attentif ?

ER : « Aux projets offshore et miniers. Les concessions fleurissent ; les géologues aimeraient engager les prospections. Les ressources sont sans doute assez faibles, sauf en ce qui concerne le pétrole, mais le plan de gestion du parc autorise les prospections. Tout va se jouer sur ces enjeux. »

 

A savoir : Un chantier de réforme du code minier est en cours, visant notamment à le mettre en conformité avec la Charte de l’environnement. En principe exploration et droit à l’exploitation doivent être revisités.