Albioma à la Réunion (Bois rouge et le Gol) prend le cap des 100% biomasse

17/10/2018 at 8 h 51 min

Enfin! En 2009 pour France Ô et le magazine éclats de planète je tournais les avancées considérables de la centrale Albioma de l’ile Maurice , en vue de produire une électricité issue du biogaz. Il semblerait que les centrales réunionnaises se mettent au diapason. DMF

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Albioma prend le cap du 100% biomasse

  • L’objectif de conversion à 100% des centrales du Gol et Bois-Rouge est fixé à 2023 (photo d'archives SLY).
    L’objectif de conversion à 100% des centrales du Gol et Bois-Rouge est fixé à 2023 (photo d’archives SLY).

En visite dans l’île, le directeur général d’Albioma a fixé le cap de 2023 pour convertir à 100% les deux centrales thermiques de l’île et bannir le charbon du mix énergétique. Le groupe va mettre en service de nouvelles centrales solaires avec stockage et la première turbine du monde au bioéthanol.

L’heure de énergies renouvelables est venue. La bascule économique est en cours. « La tonne de CO2 et de charbon a beaucoup augmenté ce qui joue en faveur de la compétitivité de la solution biomasse. Et la tonne de CO2 va continuer de coûter plus chère car fortement pénalisée. En clair, charbon plus C02, le coût est égal à celui de la biomasse. Petit à petit les pendules sont en train de se remettre à l’heure, les gens commencent à comprendre que la volonté politique d’aller vers le renouvelable se traduit par les faits », commente le directeur général D’Albioma, Frédéric Moyne, en visite dans l’île la semaine dernière. L’occasion de confirmer la stratégie du producteur indépendant d’énergie, clairement engagée dans la transition énergétique. Il vient de mettre en service en Martinique la première centrale d’Outre-mer a fonctionné uniquement à la bagasse-biomasse. Le modèle qu’épousera dans un avenir proche les deux centrales thermiques du groupe dans l’île (Bois-Rouge et Le Gol). Le directeur fixe à 2023 l’objectif de conversion à 100% des deux centrales qui produisent près de la moitié de l’énergie dans l’île. En clair, il n’y aura plus de charbon à La Réunion en 2023

UNE SOURCE D’EMPLOIS

Pour fournir les importantes quantités de biomasse dont il aura besoin pour remplacer le charbon (près de 3 tonnes de biomasse pour une tonne de charbon), le producteur travaille avec la Région, l’ONF et le Parc à la mise en place d’une filière de biomasse forestière notamment tournée autour des espèces invasives (acacia, filaos). Une source d’emplois et une solution pour faire reculer les espèces envahissantes de nos forêts. Le reste proviendra de la collecte des déchets (déchets verts, élagage, palettes…) et de la ressource agricole (bagasse, paille de canne). Le tout sans conflit d’usage promet le producteur. L’objectif n’est pas de retirer de la ressource ailleurs mais de valoriser de nouveaux gisements.

Reste que le recours à l’importation restera nécessaire pour atteindre les quotas nécessaires (environ 60%). Un ratio qui pourrait demain évoluer si la canne énergie devenait une réalité dans des proportions restant à définir. Le charbon en moins, le mix énergétique s’envole : la part des énergies renouvelables ferait un bon à 73% contre 34% aujourd’hui. Et même avec recours à l’importation, le bénéficie environnemental est bien présent.

L’objectif est également solaire pour Albioma, premier producteur d’énergie photovoltaïque d’Outre-mer et à la Réunion avec près de 28% de MW de puissance installée. Des investissements sont là encore annoncés. Le producteur vient de signer un partenariat avec la SHLMR pour l’équipement de 50 toitures et mettra en service dans les prochaines semaines une importante centrale au Grand port maritime de 1,2 MW avec stockage et station météo pour pouvoir s’engager sur un niveau de production envers EDF. Une autre verra le jour en 2019 au stade de l’Est. La première du genre appartient déjà à Albioma, à la ZAC Portail, à Saint-Leu. Avec ces installations, l’énergie solaire devient une énergie de pointe et non plus de  » lissage« . Une barrière en moins vers l’objectif d’une île verte en 2030.

P.M.


La 1ère turbine au bioéthanol

En parallèle au thermique et à un parc solaire (avec stockage) en constante progression, Albioma inaugurera dans quelques semaines à Saint-Pierre la première turbine de pointe fonctionnant au bioéthanol. Une innovation mondiale. D’une puissance de 41 MW, elle sera destinée à fournir de l’énergie au réseau pendant les périodes de pointe et en cas de défaillance d’autres systèmes de production. Le tout avec la vitesse de l’éclair: la turbine atteint sa pleine puissance en seulement quatre minutes. Elle fonctionnera à 80% avec du bioéthanol produit par la distillerie de la rivière du mât (surplus de mélasse) et 20% avec du fioul léger. Une part appelée à encore baisser dans le futur avec le projet d’incorporer au mix du bioéthanol de 3e génération qui sera produit à partir de micro-algues par la société réunionnaise Bioalgostral. L’investissement atteint 60 millions d’euros.

Moins de CO2, même avec l’importation

Pour compenser la bagatelle de 650 000 tonnes de charbon importées chaque année dans l’île, la biomasse locale ne suffira pas et plus de la moitié devra être importée d’Afrique ou d’Australie. Le gain environnemental reste cependant concret, chiffre Albioma, qui a fait réaliser une étude sur le sujet par un bureau indépendant. Résultat : une réduction de 85% des émissions de CO2, même avec le recours à l’importation, en incluant dans le calcul l’énergie produite depuis la collecte jusqu’à la transformation de la biomasse et en incluant le transport. Le gain serait d’environ 1,3 million de tonnes de C02 en moins chaque année. Bien plus, si demain 100% de la biomasse devait être produite localement.