St Suzanne: de nouvelles éoliennes, mais quid de la résistance aux cyclones?

28/09/2018 at 13 h 07 min

Dans le Clicanoo du 23 septembre paraissait l’article ci dessous.

Si l’on peut se réjouir de passer à une production éolienne plus efficiente, qu’en est il de la résistance aux cyclones apportée par les « anciens moulins »? Les seules éoliennes à trois pâles à avoir essuyé un cyclone sont celles qu’ERIKA a toutes mises à terre!… (enquête à suivre)

  • Après 15 ans de service, le parc éolien de Sainte-Suzanne arrive en fin de vie. Il sera remplacé par huit nouvelles éoliennes à trois pales.
    Après 15 ans de service, le parc éolien de Sainte-Suzanne arrive en fin de vie. Il sera remplacé par huit nouvelles éoliennes à trois pales.

 A Sainte-Suzanne, le parc éolien est à bout de souffle. La société Quadran envisage de le remplacer par huit éoliennes plus puissantes. On peut souhaiter bon vent aux éoliennes de Sainte Suzanne. L’entreprise Quadran, en charge de la gestion du parc éolien se prépare à renouveler intégralement son escadron de 37 moulins à vent du lieu-dit “La Perrière”.

 L’autorité environnementale (Ae) a été saisie dernièrement à ce sujet, en vue de l’ouverture d’une enquête publique indispensable au lancement du projet classé ICPE. Cet avis ne prend pas position mais évoque l’impact environnemental du démontage des éoliennes et celui de leur remplacement.

Le projet prévoit en effet de ne plus d’installer que huit éoliennes de dernière génération, à trois pales. Ces aérogénérateurs modernes seront plus imposants que les 37 actuels, bipales de la marque Vergnet. Ils devraient toutefois avoir un impact paysager moindre, faire moins de bruit que leurs prédécesseurs et se trouver à une plus grande distance des habitations les plus proches, indique l’entreprise. L’Ae a jugé le projet conforme sur ce point.

Par ailleurs, l’Ae estime toutefois dans son avis que “les enjeux de conservation sont considérés comme forts pour l’avifaune (notamment pour le Papangue) et les reptiles protégés (en particulier pour le Lézard vert des Hauts)”. Des mesures d’évitement et de réduction sont toutefois proposées dès le début du projet, au moment du démontage des éoliennes en fin de vie

Repowering”

Les éoliennes actuelles sont de plus faible puissance que les prochaines, compare Gaël Vallée, responsable de l’agence Océan Indien de Quadran. Les anciennes sont plus légères et rabattables au sol. Les nouvelles auront des pales en fibre de carbone. Elles auront le double de puissance et permettront de quadrupler la production grâce à une meilleure puissance nominale conjuguée à une activité plus soutenue”.

Là où les 37 éoliennes fournissent chacune 275 kW, (soit 10 MW pour le parc) avec une production annuelle moyenne constatée de12 Giga Wattheure par an, les huit éoliennes dernier cri délivreront chacune 2 000 kW (soit un parc de 18 MW) avec une production annuelle attendue de  40 Giga Wattheure par an.

Cette opération de “repowering” [gain de puissance, Ndlr] a longtemps paru impossible à concevoir sous les tropiques, sous conditions cycloniques. Le renforcement des structures ouvre cette possibilité. L »île Maurice s’en est déjà emparé depuis 2016.

La procédure s’ouvre à La Réunion deux ans avant la fin du contrat liant Quadran à EDF. L’agence de la Technopole [dont le siège social est à Béziers, Ndlr] compte investir 40 millions d’euros sur 15 ans pour mener ce projet à terme.

L’enjeu est de contribuer notre émancipation énergétique. Actuellement le parc éolien de Sainte-Suzanne combiné à celui de Sainte-Rose ne représente que 1 % environ de notre production électrique. Les éoliennes nouvelle génération présentent surtout l’avantage de stocker l’énergie produite et donc de pouvoir accompagner et soutenir le réseau insulaire au moment opportun. “Ce projet sera fiable pour le gestionnaire du réseau, assure Gaël Vallée. Nous pourrons prédire la production la veille pour le lendemain”. L’éolien pourra alors venir en renfort lorsque la production d’énergie solaire sera défaillante pour des raisons climatiques. L’innovation est suffisamment fiable et avantageuse pour développer d’autres parcs éoliens dans l’île.

Yoann Guilloux


Pas de filière de recyclage adaptée

Que va-t-on faire des anciennes éoliennes ? Faute d’avoir encore une filière adaptée en France et à a fortiori dans l’île, il semble que la plupart des composants seront recyclés via les filières existantes. Acier et béton représentent 90 % de la composition d’une éolienne. Ces matériaux sont donc recyclables. La taille de l’engin rend toutefois la tache ardue. En Allemagne, Véolia dispose d’une scie à pales pour les débiter en tronçons. Une autre difficulté survient lorsqu’il s’agit de traiter la fibre de verre (anciens modèles) ou de carbone représentant 2 % du poids des mâts. Actuellement ces matériaux sont transformés en combustible solide pour la fabrication du ciment. Vient ensuite la problématique des terres rares contenus dans les aimants. Celles-ci sont rarement récupérées. En 2020, ce seraient 50 000 tonnes de pales d’éoliennes qui devraient être envoyées au rebut. L’entreprise Net Wind et l’Etat mènent une expérience pilote (AD3R) pour démanteler et valoriser 1600 éoliennes terrestres en fin de vie ou de contrat d’ici 2023. En attendant, on suppute que les vieux moulins blancs pliables rejoindront la vieille Europe. L’Ae recommande que l’étude d’impact précise comment sera pris en compte la traçabilité du démantèlement du parc actuel et de préciser les impacts cumulés, notamment pour les riverains de la route d’accès au site.