spécificités ultramarines toujours battues en brèche: le CSTB hautement responsable

17/09/2018 at 8 h 24 min
LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉCONOMIQUES DU SÉNAT A VOTÉ EN JUILLET DERNIER PLUSIEURS AMENDEMENTS AFIN QU’ILS SOIENT INTÉGRÉS OU RETIRÉS AU PROJET DE LOI PORTANT ÉVOLUTION DU LOGEMENT, DE L’AMÉNAGEMENT ET DU NUMÉRIQUE. DEUX CONCERNAIENT DES DISPOSITIONS CONCERNANT L’OUTRE-MER. MAIS ILS ONT REÇU UN AVIS DÉFAVORABLE.

Il était proposé que les départements et collectivités d’outre-mer soient représentés au sein du CSTB, le centre scientifique et technique du bâtiment qui a pour mission de garantir la qualité et la sécurité des bâtiments. Mais un avis défavorable a été émis au motif notamment que «le conseil d’administration [comprenait] déjà des représentants des collectivités territoriales». «Le nombre de membres est déjà important, il ne semble pas souhaitable de l’élargir, car plus une instance est nombreuse, plus elle devient chambre d’enregistrement», a commenté la sénatrice Dominique Estrosi SassoneSophie Primas, la présidente de la commission, elle, n’est pas contre mais n’en voit pas l’intérêt. «Mais pourquoi seulement l’outre-mer, et non la montagne, le littoral, etc. ?», s’interroge-t-elle.

Ces commentaires prouvent que les spécificités des outre-mer ne sont ni admises, ni comprises.

La commission a aussi émis un avis défavorable à l’amendement stipulant la prise en compte par le CSTB «des spécificités, notamment climatiques, des départements d’outre-mer». Cette nécessité avait été démontrée avec l’exemple de l’élaboration de la plaquette pour la reconstruction de Saint-Martin après Irma en adaptant les normes métropolitaines. Julien Denormandie, secrétaire d’Etat, qui est venu à Saint-Martin après Irma et qui a travaillé sur l’élaboration du guide des bonnes pratiques de reconstruction, avait raconté à la commission «le travail de dingue» que cela avait été. Toutefois, il prône davantage sur une meilleure élaboration de la «feuille de route» du CSTB qu’un changement de composition du conseil d’administration.

Michel Magras, sénateur de Saint-Barth, qui a mené de nombreux travaux parlementaires sur l’importance d’adapter les normes aux outre-mer, n’a pas caché sa stupéfaction devant le vote et commentaires de ses collègues.

«Nous savons bien que le CSTB produit des normes professionnelles inadaptées, qui sont imposées pour servir des intérêts financiers. (…) Le CSTB applique outre-mer des normes professionnelles qui n’ont rien à voir avec les réalités sur place. (…) Il y a une demande spécifique de l’outre-mer, à qui le CSTB impose des normes qui correspondent à des intérêts parisiens, sans doute, mais certainement pas locaux… », a-t-il répondu.

ESTELLE GASNET