Les mangroves : actualités en noir et bleu

23/12/2014 at 18 h 59 min

La noirceur du pétrole sur les palétuviers du Bangladesh

Dans la plus grande indifférence mondiale, les mangroves du Sundarbands au Bangladesh, une surface de 6500km2 où vivent plus de 2 millions d’habitants, sont souillées par une marée noire sans précédent. Avec des chiffons, des seaux, des filets de pêcheur, les populations sont mobilisées.

Le Bangladesh, dénué de moyens a lancé des appels à la communauté internationale. Peu de réactions pour l’instant. Ségolène Royal a promis une assistance technique et a alerté les ministres de l’environnement européen.Il ne s’agit pas d’une simple catastrophe écologique. Les indiens surnomme la zone de mangrove « le supermarché des pauvres ».

Voir la mangrove en bleu

Sans cette catastrophe, les mangroves seraient aujourd’hui au hit parade des écosystèmes.Lors d’un petit déjeuner organisé par l’Association des journalistes environnement, nous avons rencontré Alain Bondreau, en charge pour le Conservatoire du littoral du dossier mangrove Outremer et Bernard Giraud Senior Advisor de Danone, fondateur de Livelihoods.

Dix ans après le tsunami de 2004, les rapports se succèdent et démontrent que sans leur présence,  les côtes auraient été autrement dévastées. 7% des 418 villages touchés par le tsunami ont été protégés par les mangroves. Un récent rapport du PNUE démontre également que les mangroves ont une capacité de captation du carbone trois fois supérieure à celle des arbres de la forêt humide.Un atout capital,  quand chaque tonne de carbone captée compte et que ce fabuleux écosystème disparaît à un rythme trois à cinq fois supérieur au taux moyen de déforestation.

Sur le front des territoires d’Outremer :

« La répartition des territoires Outremers couvrant l’ensemble des grandes zones géographiques, nous avons la chance de couvrir pratiquement toute la biodiversité de cet écosystème singulier :100 m de bordure littorale plantée attenue entre 1/3 et ½ de la houle » nous explique Alain Bondreau. La mangrove est donc une incroyable protection contre les houles cycloniques. Interfaces entre la terre, les herbiers marins, les massifs coralliens où se régénèrent 80% des réserves halieutiques, les mangroves sont également une zone privilégiée de dépollution des eaux terrestres et de désalinisation. On ne connaît pas précisément la surface des mangroves françaises, ni leur cartographie. Elles sont estimées à 100 ou 150 000 hectares.

Le domaine public maritime possède environ un quart des mangroves à ce jour et à la demande de Ségolène Royal, le Conservatoire du littoral se lance dans un vaste programme d’acquisition pour protection : 4000 hectares en Guadeloupe, 500 hectares à Mayotte et un programme de 9000 hectares en Guyane. Les zones humides littorales, dont fait partie la mangrove, sont l’objet d’une attention particulière. Le projet « ManG » -palétuvier en créole- a pour objectif d’impulser une dynamique collective.Huit sites pilotes « laboratoires » du Conservatoire ont été désignés pour mener ce projet. Le but est de développer une « boite à outils » composée de méthodes et de protocoles simples avec les gestionnaires des sites pilotes, en s’appuyant sur les pratiques existantes en outre-mer. Le Conservatoire poursuit ses acquisitions pour mise en protection. La plupart du temps, il suffit d’une simple signature du préfet de région, mais à Mayotte, la zone à protéger de Mamoudzou appartient à un privé et la Guyane met quelques réserves à ces acquisitions. Dans un rapport de l’IFREMER, d’autres conflits d’usage notamment en Martinique sont soulignés.

Dans le monde : la belle initiative de la fondation Danone et  de la création de Livelihoods.

En 1996, lors d’une réunion de la Convention de Ramsar, les équipes de Danone découvrent  l’importance écologique de la mangrove dans le monde. Dès 2008, la Fondation se lance dans un programme complexe d’éco-développement avec le Sénégal en Casamance « nous cherchions un projet dont personne ne puisse dire que nous travaillions pour notre image » explique Bernard Giraud. «  Nous avons rencontré des gens au Sénégal qui avaient replanté 300 hectares de mangroves pour sauver leurs rizières de plus en plus touchées par la salinité et réalimenter les zones de pêche. Ils plantent selon des méthodes simplifiées et réplicables (reproductibles) de village en village. Une méthode que les scientifiques n’ont pas trouvée assez correcte sur le plan de la biodiversité, mais qui correspondait à une restauration correcte. » Cent trente millions de palétuviers sur six mille hectares sont plantés dans 300 villages sous la direction des villageois : « on fait des graphes sur le sable, on repère les zones où l’on pêchait, on monte des stations de cinéma, on retrouve la mémoire des années d’abondance ». Durant les trois mois de la saison des pluies, les paysans font provision des propagules.

Après le Sénégal, Danone va financer des projets sur le Gange dans les Sundarbands, côté indien ; des boucliers végétaux de 500 hectares qui protègent les zones habitées de 2 millions de personnes très pauvres. Puis ensuite à Sumatra. Au total trois projets recouvrent 20.000 hectares. Avec les élevages de crabes et de crevettes, l’argent revient.


Parallèlement Danone veut réduire son empreinte carbone.

« Nous créons Livelihoods, un terme difficile à traduire, c’est « le bien vivre ». Il allie le souci d’écologie et de développement ». Livelihoods est un fond de compensation carbone. L’expérience de ce fond fait partie des nouveaux modes de financement de l’aide au développement. C’est un fond de compensation avec un impact social fort, qui génère des crédits carbone par un fond volontaire et non pas sur des quotas attribués. La compensation carbone vient alimenter une SICAV de 40 millions d’euros à ce jour, abondée par une dizaine d’entreprises : Schneider Electric, la CDC, le Crédit Agricole, la Poste, Hermès… «  Nous prenons des risques. Nous ne sommes pas dans le marché obligatoire (MDP) trop bas. 60 centimes d’euros ! Il n’y a aucune méthodologie carbone fiable pour l’instant ».

Livelihoods est un petit marché, mais les 40 millions vont réellement sur les projets « sans évaporation en ligne ». « Nous croyons en ces mécanismes, on doit bouger, aller vers des coalitions d’acteurs ».

En février, Livelihoods lance un nouveau projet au Burkina et compte faire dix propositions pour repenser l’aide au développement.


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Par Dominique Martin-Ferrari