La carte mondiale de l’eau est en train de changer

04/08/2018 at 8 h 09 min

Pendant une quinzaine d’années, une équipe de chercheurs de la NASA, l’agence spatiale américaine, a observé l’évolution de la répartition de l’eau douce dans 34 régions du monde. Son diagnostic est on ne peut plus clair : on assiste aujourd’hui à un « changement hydrologique majeur ». Les zones humides de la Terre deviennent de plus en plus humides et les zones sèches deviennent plus sèches. Entre autres raisons : les cycles naturels, l’impact des modes de gestion des ressources en eau et le changement climatique.

Pour leur étude, dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature [1], et pour élaborer cette cartographie inédite, les scientifiques américains ont dû combiner et analyser un ensemble de données recueillies entre avril 2002 et mai 2016 par les satellites jumeaux du programme GRACE [2]. En mesurant avec précision la distance entre les deux appareils et en comparant leurs informations, ils ont pu reconstituer les variations mensuelles du stockage de l’eau sur Terre.

« On assiste à un changement hydrologique majeur, explique Jay Famiglietti, l’un des auteurs de l’étude. On constate une évolution caractéristique : les régions humides du monde – les hautes latitudes et les tropiques – deviennent plus humides et entre les deux les zones sèches deviennent plus sèches. Et dans les zones sèches, on voit de nombreux points chauds qui résultent de l’épuisement des eaux souterraines. »

Changements climatiques,
empreintes humaines et cycles naturels

L’un des objectifs principaux de cette recherche était de faire une distinction entre les changements dans le stockage d’eau terrestre causés par la variabilité naturelle – périodes humides et périodes sèches associées à El Niño et La Niña, par exemple – et les tendances liées au changement climatique ou aux impacts des activités humaines comme la surexploitation des eaux souterraines. Les chercheurs notent que si la perte d’eau dans certaines régions est clairement influencée par le réchauffement climatique (on pense ici à la fonte des glaciers), il leur faudra davantage de temps et de données pour déterminer plus précisément la part des différents facteurs de changement dans la répartition de l’eau douce.

Entre 2002 et 2016, le programme GRACE a analysé les variations des ressources
en eau douce de la planète. Sur cette animation proposée par la NASA,
les gains en eau douce apparaissent en bleu et les pertes en rouge (document youtube.com).
À regarder cette carte dans le détail, on voit d’emblée que, en une décennie et demie, la région la plus touchée par la perte d’eau douce est le Groenland (- 279 gigatonnes [1 gigatonne = 1 milliard de mètres cubes], soit l’équivalent de trois fois le volume du Lac Léman). Suivent l’Antarctique, les îles canadiennes et la côte du golfe d’Alaska. Il faut en chercher les causes dans le réchauffement climatique qui fait fondre la banquise à un rythme élevé.

Hormis ces quatre régions recouvertes de glace, c’est dans les latitudes moyennes que sont enregistrées les plus grandes pertes d’eau douce, en particulier en Arabie saoudite et dans la partie nord du Moyen-Orient (y compris la Syrie et l’Iran) et la Mer Caspienne, des territoires certes touchés par la sécheresse mais aussi par des prélèvements excessifs dans les nappes souterraines. Là comme en d’autres régions du monde, cette carte révèle en effet une évidente « empreinte humaine » sur le cycle global de l’eau du fait de l’irrigation intensive à des fins agricoles.

À l’inverse, c’est dans l’extrême nord de l’Amérique du Nord, en Eurasie et dans les régions tropicales humides que les accumulations d’eau douce sont les plus manifestes, entre autres dans le delta de l’Okavango en Afrique australe, dans l’amont du bassin du Nil, dans les forêts d’Afrique de l’Ouest et dans une grande partie de l’Amérique du Sud. La plupart de ces changements s’expliqueraient par la variabilité des cycles naturels. Plusieurs de ces tendances sont donc vraisemblablement temporaires car elles seraient dues notamment à l’influence de phénomènes climatiques comme El Niño et La Niña et aux oscillations entre les séquences sèches et humides qui se sont succédé durant la période étudiée.

Dans d’autres régions du monde, les scénarios se révèlent plus complexes, mêlant les facteurs naturels et humains. C’est le cas de la province du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, qui a connu à la fois de notables augmentations d’eau suite à la fonte de glaciers mais également des pertes importantes dues aux pratiques agricoles et à l’évaporation de l’eau des rivières de territoires désertiques. (Source : NASA)

- En savoir plus sur le site de la NASA.