La commissaire européenne Karmenu Vella défend les RUP dans le dossier de l’economie bleue

05/07/2018 at 8 h 50 min

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Un bel avenir bleu pour les RUP

Lorsque la Commission européenne a proposé une stratégie renouvelée pour les régions ultrapériphériques en 2017, l’objectif était clair : donner aux régions ultrapériphériques les outils leur permettant de tirer le meilleur parti de leurs atouts uniques, afin de créer de nouveaux emplois et une croissance durable.
 Car en effet, leurs atouts sont véritablement uniques. Les caractéristiques géographiques et géologiques exceptionnelles des régions ultrapériphériques posent d’indéniables défis au développement économique, mais elles peuvent également constituer leurs meilleurs atouts. Et c’est particulièrement vrai pour l’économie bleue, qui couvre tant les secteurs traditionnels que des activités émergentes comme l’énergie ou la biotechnologie océaniques, et qui connaît une croissance plus rapide que les autres secteurs économiques de l’UE. D’après les estimations, elle devrait doubler de volume, permettre 7 millions d’emplois directs et engendrer mille milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2030. Entourées par la mer et riches de l’abondance de leurs ressources naturelles, les régions ultrapériphériques sont bien placées pour tirer parti de cette évolution. La question est : comment ?
Je suis d’avis que le développement durable des secteurs émergents va de pair avec le renforcement des secteurs traditionnels. Le tourisme côtier, qui est probablement l’activité « bleue » présentant la plus grande incidence socioéconomique dans les régions ultrapériphériques, recèle toujours un net potentiel de croissance. Pour ce faire, nous avons besoin d’investissements qui créent des synergies tout au long de la chaîne d’approvisionnement du tourisme ainsi qu’avec d’autres activités maritimes. L’énergie océanique propre, renouvelable, en est un bon exemple, étant donné que l’accueil d’un plus grand nombre de touristes entraîne également la nécessité de satisfaire à une demande en énergie accrue ainsi que celle d’adopter davantage de pratiques plus circulaires de gestion des déchets. De même, stimuler le tourisme signifie une augmentation de la demande en poisson frais, qui nécessite à son tour d’investir dans des pratiques de pêche durables et dans la modernisation et le renouvellement de la flotte, de renforcer les capacités, ainsi que de lutter de façon appropriée contre les pratiques de pêche illicite.
Parallèlement, les possibilités d’expansion dans des domaines tout à fait nouveaux sont considérables. La biotechnologie bleue, par exemple, peut devenir une activité intéressante pour les régions ultrapériphériques, qui disposent de tout l’espace nécessaire pour produire des algues, nouvelle matière première pour les secteurs pharmaceutique et nutraceutique ainsi que pour les secteurs de l’alimentation humaine et des aliments pour animaux.
QUATRE « FACILITATEURS » DE LA CROISSANCE BLEUE
La Commission européenne a recensé quatre « facilitateurs » de la croissance bleue dans les régions ultrapériphériques : les compétences, la recherche et le développement, l’accès au financement et une gestion prudente des ressources marines naturelles. L’Union est déjà très active dans tous ces domaines : par l’intermédiaire de l’initiative pour l’emploi des jeunes, qui améliore la capacité d’insertion professionnelle de ces derniers ; du programme-cadre « Horizon 2020 » en matière de recherche et de développement ; du Fonds européen pour les investissements stratégiques, qui fournit une solution efficace à l’écart d’investissement en Europe. Et les autres exemples abondent. Toutefois, même avec ces puissants outils politiques à notre disposition, nous sommes bien conscients des difficultés que nos régions ultrapériphériques rencontrent parfois lorsqu’elles tentent d’y avoir accès. Nous avons d’ores et déjà pris des mesures pour faciliter cet accès, et nous intensifierons nos efforts à l’avenir. Pour le nouveau Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, nous proposons que chaque région ultrapériphérique intègre une stratégie en faveur de l’économie bleue dans ses programmes opérationnels nationaux. Nous proposons que l’enveloppe financière globale octroyée aux régions ultrapériphériques soit maintenue, et puisse même être revue à la hausse. Vous pourrez toujours bénéficier de taux de soutien élevés, pour la pêche, l’aquaculture, le traitement ou la commercialisation. Le développement et la concrétisation de ces possibilités prometteuses pour la croissance bleue sont toutefois soumis à une condition essentielle : la conservation du milieu marin. Les déchets marins, la surpêche ou la perte de biodiversité sont une source de préoccupation dans la plupart des pays de l’UE. Mais dans vos régions, pour lesquelles la bonne santé des océans est tellement essentielle, la menace est particulièrement visible et urgente. Nous devons donc poursuivre notre travail afin de protéger la biodiversité unique des régions ultrapériphériques. Je compte sur votre soutien pour y parvenir. Les conditions qui encadrent notre projet sont, certes, nombreuses mais je suis très optimiste.
En tant que commissaire européen chargé de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche, je suis sincèrement convaincu que l’économie bleue est l’un des principaux futurs moteurs de l’économie européenne. Je pense que l’avenir est entre nos mains : un bel avenir bleu pour l’Europe et ses régions ultrapériphériques.
Karmenu Vella, commissaire en charge de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche à la Commission Européenne