Les envahissantes restent un sujet grave pour les îles

08/06/2018 at 10 h 03 min

Le récent colloque qui s’est tenu au Sénat sur la biodiversité dans le Pacifique et qui sera suivi par deux autre rencontres (océan indien et Caraibes) est revenu sur ce thème

Vous pouvez retrouver deux témoignages: – Nos pages consacrées à ce fléau dans le N°2 de l’outremer en métamorphose « biodiversité et filières alimentaires autonomes  »  et le résumé des Outremer 1°.

N°2 « L’outremer en métamorphose »: REVUE 2 BIODIVERSITE-PRESENTATION

DES ENVAHISSANTES A L’ASSAUT DES ENDEMIQUES

On les appelle envahissantes. Certains comme le paysagiste Gilles Clément préfèrent parler de « vagabondes », partant du principe que de tout temps les plantes se sont déplacées et sont parties à la conquête de terres nouvelles.

Mais il est vrai que par l’importance de leur extension, certaines espèces entrent aujourd’hui en concurrence avec les espèces indigènes devenant la 3° cause de l’érosion de la biodiversité mondiale.

Les éradiquer avant 2020

Largement médiatisées par l’UICN (union internationale de conservation de la nature), elles sont devenues l’ennemi n°1. Leur prévention et leur gestion constituent l’un des 20 objectifs d’Aïchi à atteindre d’ici 2020, objectifs adoptés par les États Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) signée en 1992. Des centaines d’experts issus de divers organismes ont rejoint l’initiative. Elles sont encore trop peu nombreuses et peu reliées entre elles. Mais les programmes coutent entre 12 et 14 milliards d’euros à l’Europe chaque année. Un peu de science :

le peuplement des espèces insulaires répond à la théorie développée par Mac Arthur et Wilson (1967). Cette théorie souligne que la richesse spécifique d’une île résulte d’un équilibre dit « dynamique » entre le taux d’immigration et le taux d’extinction. Le taux d’immigration chute avec le nombre croissant d’espèces installées suite aux processus de compétition et de prédation. À l’inverse, le taux d’extinction est croissant avec le nombre d’espèces déjà présentes.

La colonisation par une plante ou un animal d’un écosystème n’a rien de surprenant ; Elle répond simplement au modèle des successions écologiques en milieu insulaire. venues accidentellement ou volontairement par bateau puis par avion. Mais le fait est incontestable, les introductions liées à la généralisation des voyages ont augmenté de 76% en Europe ces trente cinq dernières années. Au terme d’un état des lieux, il ressort que 49 espèces végétales et animales figurant parmi les 100 plus envahissantes au monde, sont présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer.

Chaque cas d’invasion est particulier et fonction du lieu, de l’espèce introduite et des communautés animales et végétales présentes. Deux exemples  A l’assaut de la vigne marronne à la Réunion Cette ronce, aussi appelée Framboise de l’Inde a été introduite à la Réunion en 1840, se développe rapidement et asphyxie tout. Arrachage des pieds, utilisation d’herbicide… sont mis en place pour en limiter l’extension . En 2007 le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) se lance dans la lutte biologique et introduit l’espèce de tenthrède Cybdela janthina, aussi appelée la « mouche bleue ». un des parasites naturels de la vigne marronne dans son milieu originel (Sumatra). Les premiers lâchers ont lieu en 2008 et depuis la vigne marronne a fortement régressé, plus rapidement que prévu. Mais les apiculteurs accusent la mouche d’agresser les espèces mellifères qui ne pollinisent plus comme il convient les vergers de litchis …Autre question, la mouche bleue survivra-t-elle et de quoi se nourrira-t-elle une fois la vigne éradiquée?

 A Tahiti, le Miconia : On l’appelle aussi « cancer vert » C’est une espèce d’arbre originaire du Mexique et d’Amérique centrale et du sud devenu un des cas les plus spectaculaires et catastrophiques d’invasion biologique.. A la création du jardin botanique de Harrisson Smith à Papeari (île de Tahiti) en 1920 la mode des plantes exotiques prend réellement son essor. C’est à partir de ce jardin que le miconia va se naturaliser et envahir les trois quarts de Tahiti. Le miconia est considérée comme une menace directe pour 70 plantes endémiques de Tahiti. S’égayant dans les vallées, il finit par menacer les espèces d’oiseaux endémiques comme le monarque de Tahiti qui n’arrive plus à se nourrir .Des bénévoles organisent des campagnes d’arrachage du avec pour but d’éradiquer cette peste végétale de Polynésie (DMF) voir aussi p 15: le poisson lion et p 16/17 la fourmi manioc fléau tropical.

Outre mer 1°:  Trois exemples concrets avec ce reportage de France Ô/La1ère ci-dessous :

►Liane envahissante : Merremia Peltata

Merremia Peltata, liane envahissante

Des sénateurs s’inquiètent des effets néfastes des espèces envahissantes. A Wallis et Futuna, une liane invasive étouffe ainsi de nombreux arbres, même les cocotiers. Son nom : Merremia Peltata. Elle a été introduite pendant la seconde guerre mondiale par les Américains dans plusieurs îles du Pacifique où ils avaient leurs bases.

Les feuilles immenses de cette liane qui pousse vite permettaient de camoufler les avions américains de la vue des pilotes japonais. Avantage pratique : lls n’avaient donc pas besoin de construire des hangars.

Mais aujourd’hui, 40% des forêts de Wallis et Futuna sont envahis par cette liane. Difficile de s’en débarrasser à moins d’arracher ces lianes comme le préconise le sénateur de Wallis et Futuna, Robert Laufoaulu. « C’est une opération qui pourrait être mené par le territoire pour essayer de freiner et réduire l’action nocive de cette liane« , déclare-t-il à La1ère.

« Les Wallisiens connaissent bien la terre, ils sauraient mener ce genre d’action« , ajoute le sénateur. Robert Laufoaulu qui concède que les agriculteurs trouvent un avantage à cette liane. Ces feuilles, une fois séchées, forment un engrais naturel, très favorable à la croissance des cultures.
Regardez ci-dessous ce reportage de Wallis et Futuna la 1ère : 

LIANE PELTATA

 

►Le rat noir du Pacifique

En Nouvelle-Calédonie, le combat de Jacques Adjouhniope, c’est la sauvegarde de l’ilôt Beautemps-Beaupré situé au nord-est d’Ouvéa envahi par des rats noirs du Pacifique. Ces animaux mangent tout : les œufs des tortues, des oiseaux marins ou les tubercules. Pour l’instant, le rat noir n’est pas arrivé sur l’île d’Ouvéa. Alors pour protéger leur île, des jeunes ont donc procédé à une campagne de dératisation.

Pour Jacques Adjouhniope, président de l’association pour la sauvegarde de la biodiversité, cette action a été très positive. Certes il reste encore des rats sur l’ilôt, mais cette première action a permis à des jeunes d’Ouvéa d’agir et de prendre conscience de la richesse de leur environnement.

►La fourmi folle jaune

En Polynésie, le Projet RESCCUE s’est attaqué à la fourmi folle jaune. Elle fait partie des cent espèces les plus envahissantes au monde. Ses piqures rendent les oiseaux qui nichent à terre complétement fous ou aveugles. Sur l’ilot Manui dans l’archipel des Gambier, une équipe a décidé d’agir en envoyant au moyen d’un drone du fourmicide, des granulés anti-fourmi.

Fourmi folle jaune © F. Jacq/INPN
© F. Jacq/INPN Fourmi folle jaune

« Il reste encore quelques mois à attendre pour avoir les résultats de cette campagne« , déclare Mahé Charles, chef de projet RESCCUE en Polynésie. Avec cette opération sur l’îlôt Manui, la société ornithologique de Polynésie SOP Manu espère bien sauver l’océanite à gorge blanche, le kotaï emblème de l’archipel des Gambier.