Résilience : un terme à la mode s’il en est

23/09/2014 at 9 h 20 min

Dans leur œuvre collective « résilience et environnement, penser les changements socio écologiques », deux chercheurs Raphaël Mathevet et François Bousquet nous conduisent sur le chemin de la résilience, au sein des relations entre  environnement, société et économie.

Appliquons la fable du chêne et du roseau de Jean de la Fontaine à notre monde en bouleversement, nous proposent les auteurs. L’ensemble de nos activités impactent les écosystèmes.

Jusqu’à quel point un système socio-écologique est il capable d’absorber les perturbations d’origine naturelle ou humaine ? À se réorganiser de façon à maintenir ses fonctions et sa structure ? Quelle est sa capacité à changer tout en gardant son identité ?». Ce système éminemment complexe observé à l’échelle mondiale nous fait vivre en situation d’incertitude.

La première réponse aux perturbations écologiques est souvent d’ordre technologique : « la mer monte, on construit des digues », et repose sur la  foi en notre capacité à restaurer un climat favorable, une productivité agricole satisfaisante et des paysages harmonieux et équilibrés. Les auteurs sont dubitatifs et proposent de « considérer le fonctionnement du monde comme un véritable système : les interactions sociales et écologiques sont liées et il faut les aborder ensemble pour comprendre le système qu’elles forment et éventuellement agir ».

Tous deux membres d’une équipe internationale « résilience alliance » évoquent les travaux en cours entre controverses, illusions, atouts et limites de cette pensée de la complexité. « Qu’on l’aborde sous l’angle de la science ou de l’idéologie, la résilience peut nous aider à penser nos problèmes environnementaux et à agir. » (P11). Suit une passionnante évocation de systèmes de relations déjà mis à l’épreuve à travers le monde et objets d’études : équilibres, effets de seuil, variables clés, indicateurs, collection de bonnes pratiques connues et plus ou moins appliquées. On a un peu l’impression en parcourant « ces solutions, ces modèles» d’être transformé en ce funambule qui traverse un gouffre sur son fil ! Car constamment au bout de la solution, dans les cas graves, quand elle atteint le seuil, la « nature » rattrape l’homme, le moindre écart rompt la belle mécanique du système.

L’analyse des quatre phases du cycle adaptatif reste très intéressante (cf p 30/31) : Phase 1, face aux changements apparaissent de nouveaux acteurs, un réseau de relation se fixe en auto réorganisation et sans centre organisateur. Phase 2, période de capitalisation, d’accumulation, de consolidation les gains d’efficacité génèrent une perte de flexibilité. L’organisation confère une stabilité trop importante qui rend le système vulnérable aux perturbations imprévues, toutes les connexions se brisent. Phase 3 : Alors on réorganise dans le chaos de la phase précédente car on se trouve à nouveau dans un cycle d’incertitude important. Penser la résilience socio-écologique doit permettre d’agir à chaque étape du cycle.

Viennent les controverses. Lors d’un colloque organisé par le CIRAD et le réseau international « Résilience Alliance » à Montpellier entre le 4 et 8 Mai dernier, les chercheurs venus du monde entier ont confronté leurs travaux. De nombreuses communications relevaient le fait que pour construire un système résilient,  il fallait en connaître les indicateurs environnementaux, sociaux… Or comment intégrer l’outil pertinent de résilience pour comprendre l’évolution d’une société après une catastrophe puisque nous ne disposons d’aucun indicateur ? À moins de travailler directement sur la phase de rupture et de tenter de la prévoir au mieux. Les ingénieurs ont déjà la réponse « calculons l’indicateur de la vulnérabilité ».

Pour l’instant, les analyses de post catastrophes relèvent toujours de la boule de cristal, si mathématiques qu’en soient les mesures. Plus efficaces sans doute sont les travaux menés sur les effondrements de civilisation, les catastrophes nucléaires, les catastrophes climatiques… Mais ce type d’approche, conduite en temps réel,  demande malgré tout du temps et nous ne sommes pas sûrs d’en disposer.


Raphael Mathevet (CNRS) et François Bousquet (CIRAD) sont chercheurs dans le domaine de l’environnement. Leurs travaux portent sur la conservation de la biodiversité et la gestion concertée des ressources naturelles renouvelables.

Résilience et environnement, penser les changements socio-écologiques, ed Buchet Chastel, 25/04/2014, 176 p –  16euros


À SAVOIR

La résilience est un vieux concept qui vient du latin « Resilio », rebondir. Il est utilisé en physique pour mesurer la résistance d’un solide au choc. En psychologie la résilience est un chemin qui consiste à prendre acte de son traumatisme pour ne plus vivre dans la dépression.  Il nous est devenu familier grâce à Boris Cyrulnick qui en a fait un élément clé de ses thérapies, et c’est en 1973 que C. Holling définit pour la première fois la résilience écologique d’un écosystème en fonction de l’ampleur de la perturbation. Il y définit pour la première fois la notion de seuil. (à ne pas franchir).


David Masson Forbes