Un sursaut national pour la biodiversité?

20/05/2018 at 17 h 17 min

 

Il faisait beau ce vendredi matin 18 Mai 2018 sur Marseille. De quoi rendre magique la promenade de Nicolas Hulot sur le parc marin national des Calanques . La ballade s’est achevée par la déclaration renouvelée d’une grande rencontre mondiale en Juin 2020 à Marseille pour le 7° congrés mondial de l’UICN et  Nicolas Hulot y  a appelé à une mobilisation générale en faveur de la biodiversité.

Un appel qui avait déjà raisonné avec son coup de colère , un après midi de Mars, dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale « Moi ça ne me provoque pas de la peine, pas de la colère, [mais] de la honte », avait-il lancé d’une voix blanche, ajoutant : « Oui je vais vous présenter un plan biodiversité dans les semaines qui viennent (…), mais très sincèrement, tout le monde s’en fiche, à part quelques-uns. » s’était plu à dénoncer le Ministre qui aimerait voir autant de troupes sur ce sujet que n’en mobilise le déréglement climatique. « Je veux aujourd’hui sonner le tocsin et lancer ce cri de mobilisation générale. Chacun doit prendre sa part de responsabilité. On ne doit pas prendre ça comme une tâche insupportable : ce qu’on donne à la nature, elle vous le rend mille fois. »

Partout les clignotants sont au rouge : pour les abeilles, pour les oiseaux et les chauve souris , pour les espèces des grands mammifères et la France est concernée plus que tout autre état puisqu’elle recèle, grâce à ses territoires ultramarins et selon l’observatoire national de la biodiversité (ONB) presque 17 000 espèces endémiques dont 80% outre-mer. Seuls nos récifs coralliens se portent mieux que la moyenne mondiale (est ce le fait de l’immense travail conduit par des scientifiques de renom comme Bernard Salvat ? Par l’efficacité du programme IFRECOR ? par les plans mangroves conduits par le Conservatoire du littoral et les ONGs locales ? ou parce que les territoires y sont attachés et font le maximum pour les préserver ?)

A la Réunion : la lutte contre les espèces invasives demeure le principal enjeu local.  Isabelle Bracco, responsable de l’unité biodiversité de la DEAL constate que la liane papillon continue à coloniser, que la longose germine naturellement à grande vitesse, et que l’homme n’a pas encore compris qu’il fallait arrêter de planter du tuliper du Gabon. “Les espèces progressent toujours plus vite que les moyens et que les actions, regrette-t-elle. Il faut que la population s’approprie cet enjeu majeur.” “L’homme ne fait pas rien mais il y a encore 50 % d’espèces à découvrir avant qu’elles ne disparaissent, indique Jacques Rochat, entomologiste, cofondateur de Micropoda. Car au regard de la liste rouge de l’UICN dressée en 2010, ça se dégrade!”. L’expert déplore la nette régression du Papillo phormata dans la paysage ou celle du Salamis Augustina privé de son cari préféré, le bois d’ortie, lui-même menacé par l’achatine, ce gros escargot affamé et friand de ses feuilles. Frédéric Picot, responsable du pôle Connaissance au Conservatoire Botanique des Mascareignes, estime qu’un tiers de la flore péi est menacée (soit 200 espèces). “Il faut, selon lui, entre 30 et 50 ans pour faire un vrai bilan des actions menées. On peut toutefois dire que l’on est bon pour détecter, alerter et empêcher de nouvelles invasions”. “Des progrès très nets ont été réalisés, estime Isabelle Bracco. On préserve mieux la biodiversité que par le passé. On est au milieu du gué et on ne peut pas baisser la garde”. Une agence réunionnaise de la biodiversité doit voir le jour début 2019 En mer, l’inquiétude prédomine aussi. La Réserve Marine protège 80% des récifs frangeants, jeunes, où l’on a pu dénombrer plus de 170 espèces de coraux. Là aussi, la biodiviersité faunistique est remarquable mais menacée par des pollutions organiques (les coulées de boue), l’hyper-sédimentation du récif, la crème solaire, le piétinnement, le braconnage, l’invasion de sacs plastic…  l’Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens (ICRI) a déclaré 2018 comme troisième année internationale des récifs coralliens. Après dix ans d’existance, la réserve marine n’a pas permis, de sauver les coraux branchus, de couleur bleue. L’espèce était décimée à 80 % avant son ouverture. Elle a – hélas – disparu. “On a effectivement une perte de diversité, et jusqu’à 70 % de la population de certaines espèces, précise Pascale Chabanet directrice de l’IRD. Le tableau n’est pas beau et continue de faire craindre le pire pour les espèces sessiles”. En balance, la réserve a néanmoins permis dans les zones sanctuaires  d’augmenter la biomasse d’environ 20 %”. Ce qui reste très inférieur a ce que doit être la biomasse dans un milieu en bonne santé.

Alors, comment s’annonce  la mobilisation annoncée par N Hulot ? La déclarartion reste floue. Comme il est devenu habituel depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, d’abord on va consulter . C’est bon pour la démocratie participative. Avec un site internet dédié, la consultation va durer un mois du 18 Mai au 7 Juin autour de cinq thèmes :  « Protéger la biodiversité pour améliorer notre cadre de vie et nous adapter  au changement climatique ; faire de la biodiversité le moteur du changement de nos sociétés de production et de consommation pour réduire notre empreinte écologique en France et dans le monde ; protéger  et restaurer la nature dans toutes ses composantes ; créer un cadre européen et international ambitieux pour la protection de la biodiversité ; rendre la connaissance et l’action pour la biodiversité accessible à tous. » On le voit le plan biodiversité devrait en bien des points relayer l’action d’adaptation au réchauffement climatique.

Le 28 Juin un comité interministériel lancera la finalisation du plan, et même si l’on peut faire confiance à Nicolas Hulot pour son engagement et sa connaissance de ce dossier,  nous ne pouvons que craindre que l’été soit peu propice aux engagements. Qui trouvera t il autour de lui ?

L’OUTRE MER ENTEND BIEN SE MOBILISER 

Dès à présent les territoires font entendre leurs voix. La question climatique a pris réellement son essor quand il y a eu une mobilisation mondiale et ce fût laborieux . Nicolas Hulot compte sur « ce changement d’échelle » et annonce « On va lancer tout un calendrier diplomatique international qui va jalonner les trois prochaines années », pour enrayer la disparition en cours de la vie sauvage. Le 19 Avril dernier Christophe Aubel, Directeur général de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et Cécile Pozzo Di Borgo, préfète administratrice supérieure des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), ont signé le 19 avril 2018 dernier à Paris, une convention-cadre de collaboration pour la biodiversité dans l’Océan Indien. » les deux parties se sont engagées à s’apporter un concours mutuel pour conduire sur les cinq prochaines années des actions, notamment dans les domaines suivants : le développement des connaissances sur la biodiversité en lien avec le monde scientifique ; la création et la gestion d’aires protégées dans les TAAF ; la conduite de projets en faveur de la biodiversité sur le territoire ; la coopération technique pour un transfert réciproque des bonnes pratiques et retours d’expérience en matière de gestion des espaces, de protection des espèces et de restauration de la biodiversité ; le déploiement de systèmes d’information nationaux sur la biodiversité ; le développement de la coopération régionale et internationale en matière de biodiversité et la communication, l’information et la sensibilisation des publics aux enjeux de la biodiversité ». Début Mai, l’équivalent fonds vert (alloué par l’AFD et créé de haute lutte fin 2017) se voyait alloué une enveloppe supplémentaire de 21 millions d’euros et les porteurs de projets sont appelés à se manifester.(cf appel du sénateur guadeloupéen Dominique Théophile) Enfin, Le 31 Mai au Sénat,  un colloque se déroulera autour de la préservation de la biodiversité du Pacifique : envahissantes, santé corallienne, réhabilitation des mangroves calédoniennes, gestion des eaux et de la pollution…sont au programme.

LES FUTURS RENDEZ VOUS INTERNATIONAUX :

2019: Fin avril,  7° assemblée pleinière de l’IPBES (éuivalent du GIEC pour la biodiversité). Mai,  Présidence française du G7 : N. Hulot veut y pousser le thème de la préservation du vivant.

2020 : une réunion majeure de l’ONU est prévue en Chine sur le sujet ( dix ans après la conférence de Nagoya. En retrouver les enjeux : film de 52’ : https://www.dailymotion.com/video/xruivv

En 2020 également , Marseille est candidate à accueillir la 7° rencontre mondiale de l’UICN

Autant de rendez vous qui pour le WWF « démontre la volonté du gouvernement de positionner la France comme un des leaders de la protection de la biodiversité mondiale sur la scène diplomatique internationale ».

D Martin Ferrari