Salon de l’agriculture 2018/ le 27/02 au Hall 5 Stephane Travert rencontre Annick Girardin pour un point Outremer

27/02/2018 at 12 h 03 min

Nous avons déjà suivi les pas du Ministre et des instituts de recherche outremer sur  les filières, la bio économie, l’agro- foresterie…

Mais aujourd’hui les deux ministres ne manqueront pas d’évoquer un des dossiers phares de l’outremer : celui de la pêche et de l’aquaculture.

Concernant le dossier pêche, un suivi très sérieux des décisions COI/ Réunion/ océan indien entre autres, est à retrouver dans une série de papiers Outremers 360°:  (http://outremers360.com/economie/comores-la-peche-artisanale-au-centre-dune-formation-de-la-commission-de-locean-indien

http://outremers360.com/economie/peche-thoniere-dans-locean-indien-sept-pays-de-la-region-reunis-pour-lavenir-de-la-filiere

http://outremers360.com/economie/filiere-peche-que-represente-la-peche-australe-a-la-reunion

http://outremers360.com/economie/guadeloupe-les-marins-pecheurs-obtiennent-1-million-deuros

L’aquaculture en cette année 2018 pourrait s’imposer et son développement est prometteur. Le CESE le recommande: « c’est un secteur économique et alimentaire stratégique », à la fois pour « réduire la dépendance » française aux importations et pour « pérenniser et développer les emplois ».

La Polynésie se lance dans un vaste chantier de production avec la construction de la ferme aquacole de a-hao sur l’archipel des Tuamotu , un vaste territoire proposé à l’industrie bioamarine afin de faire face à une demande exponentielle en produits de la mer que la production actuelle ne peut satisfaire, la raison principale étant le manque d’espace pour implanter des fermes et l’épuisement des stocks de poissons .À terme, près de 500 emplois seront créés sur Hao » Le projet de l’atoll de Hao représente pour sa part la véritable opportunité de développer l’aquaculture à très grande échelle, avec des investisseurs chinois et la ferme aquacole de Tahiti Nui Ocean Foods du groupe Tian Rui, spécialisée dans l’élevage de poisson à très grande vitesse. Avec des prévisions d’exportation de 50 000 tonnes par an vers la Chine pour un investissement total de 80 milliards de Fcfp » (outremers 360°)

Nous avons également dans la revue du N°2 « l’outremer en métamorphose » évoqué le travail accompli pour protéger la ressource par les associations mahoraises pour protéger les poulpes. Ainsi se dessinent de nouvelles stratégies moins dépendantes de la ressource pêche trop surexploitée

REVUE N°2 (en vente 10 euros) Filières agricoles: PARC DES POULPES A MAYOTTE, MAINTENIR LA RESSOURCE UTILE Le temps de l’écologie protectrice d’ une nature « extraordinaire » sous bulle est il révolu ? Certaines expériences prouvent qu ‘« en même temps » , il est possible de maintenir les traditions, de préserver la biodiversité et de satisfaire les désirs humains. Cela ne peut se faire qu’en synergie, en consensus. Cette expérience mahoraise qui n’a que deux ans, prouve que même là où « les grandes questions » sont à l’ordre du jour, on peut agir collectivement pour préserver le bien commun  UNE AUTRE MANIERE DE PÊCHER: le respect des rythmes biologiques.

C’est un merveilleux spectacle : d’un côté le bleu émeraude de la mer, de l’autre ce grand rocher plat sur lequel s’aventurent les femmes en tenue bigarrée. En fait c’est sur le platier corallien qu’elles avancent. A chaque grande marée, il se découvre ouvrant ainsi un immense territoire à la pêche à pied comme elle se pratique sur les côtes bretonnes, pour le ramassage des poulpes, des coquillages, des nasses et des filets posés la veille en bateau.

Mais le plus impressionnant c’est ce sont ces femmes qui marchent en file indienne. Les bouénis ont le visage couvert d’un masque blanc, du corail écrasé par la pierre de corail et mélangé à de la crème, qui les protège d’un soleil trop agressif. Elles tirent un long tissu, le d’jafira, un assemblage de dentelles, de vieux vêtements, de draps cousus entre eux et reliés par une corde. Elles chantent et rient, les enfants et d’autres femmes tapent l’eau tout autour . De temps à autre, elles se rejoignent forment un cercle et lèvent le d’jafira comme un filet relevant de maigres prises. Elles resteront ainsi à marcher dans l’eau, piétinant le corail coupant , de longues heures durant. Les pêcheuses ont leurs zones de pêche (souvent situé en face du village de résidence du groupe), et ne sont pas bien reçues quand elles s’aventurent au-delà. Cette pêche traditionnelle perdure comme celle de la pêche au poulpe qui se pratique avec un bâton pointu en farfouillant dans les trous, particulièrement destructrice du corail

Depuis une décennie Mayotte a changé de visage et tout bouge D’abord, elle est devenue département français et doit adopter de nouvelles lois, mais surtout elle subit une démographie galopante. Sa population a doublé en vingt ans. Alors que l’on pêchait partout et là où l’on voulait et que la part d’autocon-somation alimentaire, permettait d’économiser jusqu’à 25% des revenus pour les familles les plus modestes, le poisson représentant une des principales sources de protéines pour la population locale un basculement complet s’opère. Les pratiques ancestrales deviennent trop agressives pour le milieu naturel, Peu à peu le ramassage des coquillages laisse la place à la pêche aux poulpes qui devient vite une surpêche : 2/3 des pêches de poulpe et 80% des pêches de coquillage se concentrent sur le platier, sur le front récifal. Depuis un certain temps les poulpes diminuent en taille et en nombre.

C’est le constat fait par les équipes de recherche qui prennent en charge la gestion du parc en 2010. Des bretons viennent d’appliquer sur leur estrans des règles de bonne pratique pour réglementer la pêche à pied. Ils rejoignent les pêcheurs mahorais De longs dialogues s’engagent. Abandonner les coutumes est difficile. Des comptages sont effectués, des survols, des études de la composition sociologique des ramasseurs ….. Bref deux années d’études conduisent à un état des lieux bien précis qui permet de déterminer l’effort de pêche selon les types de marées et de population d’usagers

Fin 2016, à M’bouanatsa une expérience de réduction de la période de pêche, de Février à Mai durant la période de reproduction, est proposée avec un double objectif : protéger les coraux qui souffrent de plus en plus des pollutions ou du réchauffement et alléger la pression sur l’espèce.

Le 27 Mai 2017, l’adjoint au maire de M’tsanboro, déclare : « cette nouvelle expérimentation vient confirmer les bons résultats de ce projet communautaire. Les premières données collectées par les équipes du Parc le montrent : grâce à cette période de repos, les poulpes se développent rapidement. Ils sont plus nombreux et plus gros » Les poulpes pêchés pesaient en moyenne 0,65kg avant la fermeture, tandis que leur poids moyen était de 1,25 kg le jour de la réouverture ! Le poids moyen a donc été multiplié par 2 en seulement trois mois de fermeture. Le record revient à une pêcheuse ayant capturé un poulpe de 5,6 kg ! (sources : le Journal de Mayotte)

D. Martin Ferrari