Polémique requins à la Réunion : Yves Paccalet réagit

01/08/2014 at 10 h 02 min

Témoignage d’Yves Paccalet, journaliste philosophe et ancien membre de l’équipe  de Jean-Yves Cousteau

« Les touristes oublient que la mer ne leur appartient pas ; que les squales y barbotaient quatre cent millions d’années avant les congés payés ; et qu’en allant chevaucher les vagues dans toutes les conditions, ces intrépides ou ces inconscients se conduisent comme s’ils sautaient à pieds joints dans la cage d’un pitbull enragé et s’étonnaient par la suite d’être mordus… ».

« Nous avons plongé des centaines de fois avec des requins de toutes tailles, lorsque nous naviguions autour du monde, sur la Calypso. Nous nous sommes fait une idée assez précise des raisons pour lesquelles il arrive que les squales s’en prennent aux humains.

1. Les requins attaquent rarement notre espèce : en moyenne, chaque année au long du 20ème siècle, ils ont causé moins de 10 morts par an. Dans la même période de douze mois, les humains pêchent, c’est-à-dire tuent, 100 millions de requins de toutes dimensions (je rappelle qu’il en existe plus de quatre cents espèces, dont la moitié mesurent moins d’un mètre de longueur). Si quelqu’un est dangereux pour l’are, c’est l’homme pour le requin, et non pas le requin pour l’homme.
2. La plupart des grands squales sont en voie de disparition : les inoffensifs requin-baleine et requin-pèlerin, comme les grands carnassiers surarmés (requin blanc, requin-tigre, requin-bouledogue, longimane, peau-bleue, requin citron, grand requin-marteau, etc.). Leurs effectifs s’effondrent. Ces animaux superbes sont massacrés pour leurs ailerons (qui finissent dans le triste et insipide « potage » oriental). Ils souffrent de la surpêche humaine (qui les réduit à la famine), de nos pollutions et du réchauffement superficiel de l’océan. La survie de toutes les grandes espèces de squales est aussi problématique que celle du tigre, des éléphants, des rhinocéros, du jaguar ou de l’ours polaire.
Les requins n’attaquent pas l’homme pour le manger : ils n’aiment pas notre chair, ils préfèrent le poisson. Ils ne confondent pas non plus le surfeur et sa planche avec une tortue marine : la précision prodigieuse de leurs organes sensoriels annule cette hypothèse. Les morsures que peuvent nous infliger le requin-bouledogue (impliqué dans le drame de la Réunion) ou ses cousins relèvent de la défense du territoire. Le squale mord pour protéger son espace vital, qu’il estime violé et re-violé par le nageur ou le surfeur. Le poisson avertit plusieurs fois l’étranger. En plongée, son comportement de menace est clair. En surface, le surfeur ou le nageur ne voient rien : et le prédateur finit par donner le coup de dents fatal… ».


Par Tobias Huet