Virginie Saliou/ Intervention le 7 Février au colloque de métamorphose Outremers au CNES

28/01/2018 at 16 h 12 min

Si la mer appartient à tous elle est aussi soumise à des régles juridique trés précises qui ne l’abandonnent pas au premier rapport de force voulu.

Lors de la rencontre que nous organisons sur le désenclavement de territoires, les Outremers et les océans, le 7 février, Virginie Saliou docteur en sciences politiques interviendra dans la table ronde sur défense et diplomatie à 16H

Ci joint une référence au contenu de sa thèse

Thèse de Virginie Saliou « Gouverner la mer »

Cette thèse de science politique s’est effectuée sur une période de 6 ans ayant permis la réalisation d’une soixantaine d’entretiens auprès d’acteurs du domaine et d’observations-stages à la Commission européenne, au Ministère de l’Environnement et lors du Grenelle de la mer. Elle s’intitule « Gouverner la mer. Jeux d’échelles et temporalités de l’action publique en Europe » et compare les processus de construction des politiques maritimes européenne, française et bretonne mises en perspective avec les travaux internationaux.

Dans une optique de science politique, elle questionne la notion de gouvernance, terme utilisé par les acteurs, pour revenir sur la notion de gouvernement qui semble faire défaut aux mers et aux océans. Si la gouvernance a pu amener plus d’horizontalité à l’action publique et rapprocher cette dernière des citoyens, elle ne semble pas la plus opportune pour qualifier l’action publique en mer. Les autorités publiques conservent des instruments (légitimité, décision finale, budget, puissance, régulation) qui lui permettent de se différencier des autres acteurs, privés notamment. Ces autorités publiques se sont révélées des acteurs centraux dans la mise à l’agenda des questions maritimes, leur structuration et leur institutionnalisation.Le travail de ces autorités a été étudiée autour de quatre chapitres.

Le premier chapitre « La pêche aux idées » s’intéresse aux transferts d’idées et de politiques publiques entre les scènes européenne, nationale et régionale et démontre des mises à l’agenda croisées et une récurrence de la question maritime tous les dix ans. Cette dernière est progressivement passée d’une question juridique à politique, connaissant une extension géographique, du littoral vers la haute mer. Elle s’est accompagnée d’une mise en récit de la question maritime entraînant une ré-écriture maritime de l’histoire des territoires et une légitimation par les données géographiques et économiques permettant de faire prendre conscience aux populations des enjeux maritimes actuels.

Le deuxième chapitre « Un monde de silence » s’est concentré sur le travail des acteurs administratifs et des experts ayant permis la structuration de la question maritime. Ces derniers, grâce à une « politisation fonctionnelle », sont en mesure de mettre à jour la complexité de ses questions, de les traduire politiquement et de sensibiliser les élus à la nécessité de prendre en charge les mers et les océans.

Le troisième chapitre « Une bouteille à la mer » se focalise sur les processus de consultation autorisant une participation des professionnels et des citoyens au processus décisionnel. Ils se divisent en deux temps : une consultation préalable concernant les parties directement intéressées et une consultation ouverte au public. Les mécanismes de consultation choisis constituent essentiellement une légitimation démocratique des choix déjà effectués par les acteurs administratifs. Ils autorisent toutefois une mise en réseau des acteurs et une sensibilisation aux enjeux maritimes favorisant la future mise en œuvre des politiques maritimes.

Le dernier chapitre « Surfer sur la vague » s’intéresse au rôle des acteurs politiques et des élus dans la construction et la promotion des politiques maritimes. Les politiques européens et régionaux apparaissent plus convaincus que les acteurs nationaux de l’importance de ces politiques. Au delà de ces croyances individuelles, la thèse conclut à la nécessité d’un portage politique fort (Premier Ministre, Président de la Commission européenne ou de Région) pour faire exister la transversalité, institutionnelle et sectorielle, et régler les questions budgétaires et d’arbitrages qui font encore défaut aux politiques maritimes.

En définitive, les politiques maritimes apparaissent encore à quai. Leurs mises à l’agenda ont permis la constitution de réseaux de soutien et la réalisation d’actions en faveur d’une plus grande coordination des affaires maritimes. Toutefois, le retrait ou la baisse d’intérêts des acteurs politiques sur ces sujets entraînent un déclin de ces politiques qui nécessitent un portage politique fort, la transversalité étant à ce prix.