La France géant des mers? colloque à l’Assemblée Nationale

25/11/2017 at 22 h 52 min

Une matinée (Jeudi 23 novembre 2017) consacrée à « la France géant des mers » s’est tenue salle Victor Hugo à l’Assemblée Nationale à l’initiative de La Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale et en particulier de la députée Maïna Sage,  en partenariat avec la FEDOM et les Clusters maritimes. La France est, depuis 2015, la première puissance maritime, avec 11,6 millions de km², devant les Etats-Unis. Ce domaine maritime devrait encore grandir puisque l’obtention de surface maritime supplémentaire, notamment en Polynésie, est en discussion à l’ONU.

L’assemblée, environ 300 personnes, essentiellement composée d’ élus ultramarins et d’ acteurs de l’économie marine a pu entendre un nouveau discours sur les opportunités qu’offre l’économie bleue. Alors que se poursuivent les Assises de l’Outremer, au lendemain des Assises de l’économie de la Mer. et des assises de l’énergie marine au Havre, le colloque tenait à redéfinir une grande ambition marine.

« Je suis heureuse de voir la mer devenir un grand problème pour la France « , a déclaré Annick Girardin ministre de l’outremer en ouverture, ajoutant «  j’y crois , cela vire même chez moi à l’obsession (…) La mer c’est mon ADN, les outremers, excusez moi de le rappeler, ne sont que des terres émergées »,  ajoutant que l’Outremer était la pierre angulaire du développement maritime et qu’elle, en tant que Ministre,  avait fait partie de ceux qui étaient partisans d’un grand ministère de la mer .

Ministre et Président du cluster maritime Français ont précisé  à tous les présents, responsables ou futurs responsables, qu’ils ont peut être oublié « que nous vivons dans un monde de concurrence et d’affron-tement selon l’avis de la commission défense et qu’en mer les conflits sont plus denses «

Oui la France est un géant des mers, mais est ce un tigre de papier ?

La France est peut être 2° puissance mondiale de par ses territoires mais pour l’instant elle est loin derrière la Chine, l’Angleterre, et d’autres pays des BRICS à occuper économiquement sa place . Annick Girardin a pu faire un bilan du premier Conseil Interministériel de la Mer (CIMER) du quinquennat qui s’est tenu le vendredi 17 novembre à Brest.

Peu d’acteurs se sont encore tournés vers cette façade maritime « Nous en sommes aux prémices, et la planification spatiale est indispensable au moins par bassin maritime.  Le champ des possibles est immense avec une vision durable (…)» a rappelé la Ministre.

Avant de parler développement parlons connaissance.

Il faudra bientôt produire la bible d’un développement futur. Mais avant de développer il faudra avoir une connaissance précise des zones à développer bassin par bassin. Or pour l’instant c‘est la bouteille à encre. Le premier objectif est donc « la planification spatiale en rassemblant tous les acteurs porteurs ensemble une politique cohérente «

Comme il est de mise, il va falloir s’adapter aux exigences de l’Europe même si des années de dérogation sont encore possibles : spécialisation des littoraux, nouvelle fiscalité des grands ports, développement de l’aquaculture déjà contrôlée par la Chine, renforcement des présences militaires, des radars, de l’usage des drones, de contrôle des pêches illégales . La ministre avance la mise en place d’un dispositif fiscal adapté à nos spécificités par bassin régional, le rétablissement d’une TVA à taux réduit sur la location de navire de plaisance ou encore la dispense de visa et la dématérialisation des procédures pour les croisiéristes.

Chacun des clusters régionaux a évoqué ses priorités : de la mise en œuvre d’une flotte stratégique, à la possibilité de signer des accords de commerce avec les voisins, ou de devenir « l’ile de la recherche ».

Les obstacles ont été peu évoqués en dehors de l’intervention de Fréderic Busin , fraîchement dépossédé de son poste SEI pour celui de Directeur Développement Clients et services EDF, « En 2050 , l’outremer devrait être autonome énergétiquement. Cela signifie la fin des importations de charbon, et de fuel (pour l’électricité/ restent 30% transports ndlr) soit la réduction de fret de la 1° matière première importée et par conséquence moins de taxes et d’octroi de mer » Ou encore de Naval Energies (anciennement DCNS) dont les recherches sur les substitutions en énergie marine renouvelable attendent encore beaucoup d’investissements privés, même si les débouchés régionaux sont évidents.

Former, former, se tourner vers la mer

Le sujet de la formation des jeunes aux métiers de la mer a été évoqué, actant la proposition d’Annick Girardin de « sections maritimes » et d’un lycée de la mer. Le « rahui » et les aires marines éducatives dont le concept est né aux Iles Marquises a particulièrement retenu l’attention de l’auditoire.

Reste à faire respecter la protection de toutes les zones dont l e périmètre a été dessiné sur le papier. Le CIMER a tracé une feuille de route pour préserver la biodiversité ultramarine en renforçant notamment les aides aux projets de protection des milieux marins portés par des petites collectivités et associations. Stéphane Claireaux , député LREM de saint Pierre et Miquelon est intervenu sur « les conflits d’usage ».

  • Comment concilier développement portuaire et protection de l’environnement ?
  • Développement des activités maritimes et protection de nos ressources ?
  • Concilier les activités de pêche professionnelle et de pêche de plaisance ou encore les différents usages au sein d’un même port ?

En effet, il est essentiel de travailler en concertation avec l’ensemble des acteurs du maritime pour permettre que l’activité de l’un ait le moins d’impact négatif possible sur l’activité de l’autre.

La Polynésie française a pris une part active au débat en soulignant l’importance des 47% de la ZEE (zone économique exclusive) française qu’elle représente. A l’issue de son intervention, Teva Rohfritsch a invité le Comité France Maritime à organiser sa prochaine grande réunion annuelle en Polynésie française. Le comité pourra ainsi mieux appréhender les difficultés liées à notre espace maritime et à la dispersion des îles et des populations de Polynésie française. à l’horizon 2020, la Polynésie pourrait devenir la plus grande aire marine gérée du monde.

POUR RAPPEL : Entre la 5 et 9 Février (date en attente de confirmation du CNES)  Métamorphose Outremers tiendra sur le thème de l’énergie bleue et du désenclavement des territoires, une journée de travail. Fidèle à son rôle de Think do tank , l’association officialisera des groupes de travail chargés de faire vivre les propositions au delà des discours : agenda des solutions, plaidoyers, concertation… Désormais c’est à la société civile de s’approprier ces thèmes pour leur accorder la place qu’ils méritent