Macron et la montagne d’or

01/11/2017 at 13 h 26 min

En conférence de presse il était resté vague renvoyant au débat public de 2018. Mais sur Guyane 1° il a nettement pris position sans se soucier des avis partagés

Or, contrairement à ce qu’affirment certains médias proches de la parole officielle, aucune décision n’est prise pour l’instant. Certes un certain nombre d’élus sont favorables, mais les autochtones et les associations locales, nationales et internationales sont contre. Le débat public n’a pas commencé. Et Nicolas Hulot qui attend la réponse pour ND des Landes en Décembre aura sans doute un mot à dire ensuite. Rappelons qu’avant lui Ségolène Royal en Mars dernier avait émis nombre de réticences. Les plans comparatifs sur l’emploi et l’économie sont encore en cours de mise au point.

DMF

Voici la réaction des guyanais pour guyaweb:Lors d’une interview télévisée accordée à ATV et Guyane 1ère, Emmanuel Macron a ouvertement soutenu le projet minier de Montagne d’Or. « C’est un projet qui, je le pense, sur ses fondamentaux peut être bon pour la Guyane » a-t-il déclaré. Cette prise de position fait réagir.

Harry Hodebourg, porte-parole du collectif Or de question opposé au projet minier, représentant de CAP21 Guyane et soutien d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, se dit « un peu surpris par l’interview » pensant que le président resterait « neutre ».

« Ce n’est pas très sérieux. On ne peut pas dire tout et son contraire. En l’occurence, Emmanuel Macron nous dit ce qu’il pense du projet et ensuite il nous dit que c’est à nous Guyanais de choisir » pointe Harry Hodebourg, qui précise avoir apporté son soutien à la candidature d’Emmanuel Macron « par défaut » lors des élections présidentielles.

Il voit tout de même dans cette prise de position présidentielle « une demi-victoire ». « Par rapport au soutien inconditionnel d’août 2015, je n’appelle pas cela un soutien franc » analyse-t-il, rappelant que le président de la République a systématiquement renvoyé au débat public à venir.

Planète B

Harry Hodebourg invite E. Macron à prendre « ses responsabilités et de la hauteur et qu’il nous montre pourquoi il a pris Nicolas Hulot dans son gouvernement, qui est tout de même le top du top de la sagesse environnementale ». Il n’est pas le seul à pointer les incohérences de la politique environnementale du gouvernement.

« Cette histoire de développement industriel minier va à l’encontre du changement de paradigme que Macron avait appelé de ses voeux en disant qu’il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B » commente Patrick Monier, de l’association Maiouri Nature Guyane, membre du collectif Or de question.

Pour Antoine Karam, sénateur apparenté au groupe La République en Marche, « un certain nombre d’interrogations reste en suspens ». Et pour cause, les trois conditions énoncées par le président de la République pour la poursuite du projet minier ne sont pas claires.

La mystérieuse charte mine responsable

Le premier point est la conformité du projet Montagne d’or avec la charte mine responsable. Un texte qui n’existe pas encore ! En mars 2015, le ministère de l’Économie, dirigé par Emmanuel Macron, constitue un groupe de travail pour plancher sur un livre blanc de la mine responsable, dont on n’a pas encore vu la couleur. En septembre 2015, les associations Ingénieurs sans frontières et France nature environnement, en désaccord avec les orientations prises, sortaient du groupe de travail.

Cela fait craindre à Harry Hodebourg que la Guyane devienne « le laboratoire d’une première application mondiale du principe de mine responsable. » Un principe qui ne le convainc pas : « je demande que l’on me montre un exemple de mine responsable à travers le monde ! »

Emmanuel Macron a ajouté qu’il souhaitait qu’il « y ait un juste retour pour la Guyane. Je ne veux pas que ce soit des emplois venant de l’étranger qui soient créés » a-t-il déclaré, ajoutant vouloir « favoriser l’emploi local »« Macron sait qu’il est impossible d’imposer à une société le recours à l’emploi local » pointe Harry Hodebourg. « Quid des formations envisagées pour préparer aux métiers de la mine ? » demande quant à lui Antoine Karam.

« Vision occidentale et capitaliste »

« On est tous d’accord pour que les jeunes aient du travail » commente Christophe Pierre, porte-parole de la Jeunesse autochtone. « Mais est-ce que les parents guyanais veulent que leurs enfants travaillent dans une mine ? » Il dénonce la tendance actuelle à opposer « le développement économique et la préservation de l’Homme et de son environnement ».

« C’est la vision occidentale et capitaliste des choses qui fait que le bien-être de la population, la santé, l’environnement sont secondaires par rapport au développement économique » analyse-t-il. « Montagne d’or est le sommet de l’iceberg d’une opposition radicale de visions des choses. »

« Investir dans Montagne d’or, c’est investir dans le XXème siècle. Ce n’est pas pertinent » dénonce le porte-parole. « Tourner son développement tout entier vers des activités extractives est le modèle à ne pas suivre. Les exemples ne manquent pas, à commencer par la Nouvelle-Calédonie et le nickel que cite pourtant Emmanuel Macron. »

Débat public

Antoine Karam s’interroge sur les retombées fiscales et financières de Montagne d’or, dont il n’est pas sûr qu’elles « soient avantageuses pour notre territoire ». Pour Harry Hodebourg, la taxe minière à 2% est bien maigre pour assurer un quelconque retour sur le territoire. « Est-ce que la CTG pourra prendre des parts dans le projet afin de constituer une minorité de blocage des décisions de la multinationale ? » demande également le sénateur Karam. Celui qui s’était opposé au projet minier d’IamGold en 2008 sur la Montagne de Kaw, « un sanctuaire intouchable » pour l’élu, adopte cette fois « une position de réserve tant qu’on ne m’aura pas répondu. »

La dernière condition énoncée par le président de la République est « que réponse soit faite à tout ce qui émergera du débat public ». Pour Christophe Pierre, « tout le monde se réfugie derrière le débat public, mais ce débat est un peu faux car la filière est déjà en train de se constituer. » « Une usine de cyanuration pour traiter le minerai est déjà en construction. Il y a une demande pour une deuxième usine » observe Patrick Monier.

Certains ont déjà tranché. Dans un communiqué co-signé que la JAG, l’ONAG et l’ACAG (Alliance collective des Amérindiens de Guyane) adressent au président de la République, on peut lire :« nous affirmons également que le projet Montagne d’or, auquel vous avez réaffirmé votre soutien, en rappelant l’avoir initié, ne verra pas le jour ».