Discours des délégations , puis Macron et les RUP (suite)

30/10/2017 at 11 h 02 min

Lors de la 2ème journée du congrès des RUP en Guyane, les délégations des différents territoires ont rappelé la responsabilité des Etats au côté de l’action de l’Union européenne en faveur du développement des RUP en présence d’Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker.

Dans leur déclaration commune, les RUP avaient donné le ton le 1er jour du congrès en appelant à la mise en œuvre de «mesures concrètes». La seule façon de répondre selon eux «aux attentes des citoyens et d’apporter la garantie que des mesures concrètes seront réellement mises en oeuvre». Pas certain qu’il ont obtenu toutes leurs réponses hier. Dans sa déclaration, la vice-présidente du Parlement européen et commissaire européenne à la politique régionale a reconnu que «tout n’est pas parfait (dans la nouvelle stratégie ndlr), mais un nombre important de préoccupations ont trouvé une réponse». Elle fait de l’économie bleue, du tourisme côtier, du développement des énergies renouvelables ou du traitement des déchets, des niches de développement de demain. Mais pas d’ouverture vers des crédits supplémentaires. La Commissaire rappelle déjà l’existence des fonds stratégiques, du plan Juncker et donne un chiffre : des fonds européens consommées à hauteur de seulement… 11% sur l’ensemble des RUP pour la programmation 2014/2020. Un message partagé par le député Younouss Omarjee. La Réunion ne se sent pas visée avec un taux de 38% pour la programmation en cours et de 100% pour la précédente. Pas d’annonce particulière sur la mobilité mis à part ce qu’il y a déjà été annoncé sur le coup de pouce au programme Erasmus.

Mobilité et compétitivité

Point important du point de vue de la Réunion, la confirmation de la création d’une «task force» pour des discussions particulières entre les RUP et la Commission. Un point sur lequel compte Didier Robert pour obtenir des avancées d’ici le vote du budget en mai sur les priorités qu’il a répété depuis son arrivée en Guyane notamment la question de la mobilité : «La question de l’accessibilité de nos territoires, de la libre circulation de tous les citoyens européens (…) Ce sont là autant de thèmes qui s’imposent de mon point de vue de manière consubstantielle à la notion même de citoyenneté européenne et d’égalité des chances». Et d’insister «sur la politique de l’emploi ou encore sur la question centrale de la compétitivité de nos entreprises. Le Brexit ne doit pas servir d’alibi au refus d’une plus grande solidarité européenne». Il plaide «pour que les mesures d’aides publiques à impact purement local en faveur des RUP puissent ne plus être assimilés à des aides d’Etat». Ce qui permettrait demain de ne plus dépendre d’une contrepartie de l’Etat pour obtenir des aides de l’Europe. Il appelle à une réponse de l’Etat Français à la même hauteur que l’Europe. Un discours partagé par la Guyane et le député européen de La Réunion (voir par ailleurs). Très attendu, c’est à près de 23 heures (heure de la Réunion) que devait commencer à s’exprimer hier le chef de l’Etat à la suite du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. depuis l’Hôtel territorial de Cayenne.

Depuis l’hôtel territorial de Cayenne, Emmanuel Macron a donné hier sa vision du développement pour les régions ultra-périphériques européennes en général et de l’Outre-mer en particulier à l’occasion des discours de clôture du 22 ème sommet des régions ultra-périphériques.

« J’aime ces territoires ultra-marins, on dit souvent que la France est une est indivisible, mais la France est plurielle, vous êtes au cœur de l’Europe », lance le chef de l’état

Devant le président de la Commission européenne et les 9 présidents des RUP, il a jugé le Mémorandum remis par ces derniers en mars dernier « positif et offensif pour valoriser les potentiels dans tous les domaines. Un nouvel élan auquel la France veut participer avec en ligne de mire la réussite économique : J’assume que les économies de nos territoires doivent être accompagnées pour être performantes mais je souhaite l’émergence d’une production locale et des services avec des entreprises fortes » lance Emmanuel Macron.

Il appelle à un changement de logiciel. « Nous devons réinventer la façon dont les RUP sont prises en compte dans les réflexes européens (…) Une ambition d’un réflexe Outre-mer pour que notre culture, notre politique, notre administration soient revues pour repenser cette ambition ». Il veut « simplifier, bousculer les procédures ».

Une promesse à ne plus tout décider « d’en haut dans une logique partenariale ». Le chef de l’État fait sienne le principe d’un développement « sur-mesure » défendue par les RUP et désormais partagée par l’Union européenne : « Nous proposerons à l’issue de ces assises de l’Outre mer, pour la Guyane comme pour l’ensemble des territoires ultra-marins, des projets pertinents qui émaneront du terrain (…) par un meilleur accompagnement, une souplesse par territoire ». Il appelle à une évolution des normes aux « réalités géographiques des territoires, il faut un travail d’adaptation des normes communautaires et nationales».

« Je veux une Europe des opportunités, c’est celle que vous portez. Toute notre ambition doit être de libérer les énergies de cette Europe ultra-marine située au milieu de régions toutes différente (…) Il y a une volonté forte de l’État de vous accompagner qui en investissement, qui en simplification, qui en transformation réglementaire, législative ou constitutionnelle », promet Emmanuel Macron qui s’engage dans le même temps sur un maintien des financements en vigueur tout en plaidant pour une évolution des aides versées par l’État : « Un cadre monolithique qui n’est pas adapté aux RUP ».

Il fait de la formation une nécessité en chiffrant à 15 milliards d’euros l’effort financier dans le domaine au niveau national : « Nous devons passer à une logique de formation ».

Il soutient l’évolution du système Erasmus pour l’ouvrir non plus simplement vers l’Europe mais également sur les bassins géographiques des RUP : « Ce que veut un jeune Réunionnais n’est peut-être pas forcément de partir vers le Luxembourg, mais à Madagascar, ou cœur de l’océan indien ».

Il décline plusieurs piliers en commençant par celui de la « cohésion » : « L’Europe verse 7 milliards d’euros pour la période 2014/2020, cette dynamique devra être entretenue, il faut maintenir cet effort financier, le pérenniser, mais aussi l’optimiser et assouplir les règles de gestion ». Et de citer le fonds POSEI « véritable levier pour le monde agricole », qu’il souhaite demain voir ouvert à la diversification dans un but d’indépendance alimentaire.

Comptant parmi les principales mesures décrochées durant ce sommet, celui du domaine de la pêche dont il félicite les « avancées concrètes réalisées durant ce sommet pour permettre le financement de flottilles de pêche

Cheval de bataille de Didier Robert depuis son arrivée en Guyane, le président de la République appelle à une « cohérence de nos politiques publiques » entre l’état, l’Europe et les Régions en prenant l’exemple des accords commerciaux passés par l’Europe « pour une prise en compte des risques pour vos territoires (…) notre politique économique, sociale et environnementale doivent être cohérentes pour faire de vos territoires des leviers de réussite pour exporter, se projeter ».

Et d’appeler à une « responsabilité partagée » : « Sur la formation des jeunes, la structuration de filières, l’état sera eu rendez-vous, c’est la cohérence que nous vous devons dans une responsabilité partagée.

« Nous ouvrons une nouvelle page qui consiste à promouvoir les initiatives, à responsabiliser et à traiter dignement chacun, pas en promettant des milliards ou en jouant sur les contestations non républicaines mais en ayant cette volonté de réussir. En regardant les contraintes mais aussi les potentiels, en regardant avec ambition notre jeunesse, en lui disant tout ce qu’elle peut réussir si nous lui apportons les simplifications nécessaire, les libertés, les financements et accompagnements, en lui disant de se lever et d’aller de l’avant ».

Emmanuel Macron mettra fin aujourd’hui à sa visite de trois jours en Guyane par une conférence ce matin sur les assises de l’Outre-mer à la préfecture de Cayenne.

De l’ envoyé spécial, Philippe Madubost de clicanoo Re