adaptation et resilience ne sont pas encore intégrées à la gestion urbaine et territoriale: Guadeloupe

10/10/2017 at 8 h 31 min

sources: France Antilles

LES ABYMES

Les eaux des Grands-Fonds menacent de noyer la Ville

Annick FABRICELundi 09 octobre 2017
Les eaux des Grands-Fonds menacent de noyer la Ville
Lors du passage de l’ouragan Maria, plusieurs zones de l’île ont été inondées par la montée des eaux, comme ici, aux Abymes, non loin du Creps Antilles-Guyane. (Roberto BIRHUS)

Comment réguler les écoulements des eaux pluviales qui, lors de grosses intempéries, submergent la Ville ? Les réponses viendraient, selon le maire des Abymes, des décisions qui sont et seront prises dans le cadre du Programme d’actions de prévention des inondations (Papi) en cours d’exécution.

Qui n’a pas vu les images de Petit-Pérou sous les eaux, publiées sur les réseaux sociaux, lors du passage de l’ouragan Maria ? Des vidéos et des photos qui n’ont fait que rappeler que le territoire abymien compte de nombreuses zones inondables, même si parfois, les résidents ont tendance à vite l’oublier. « La Ville compte plus d’une dizaine de lieux (Le Raizet, Boisripeaux, Chazeau, Belle-Plaine, etc.) sujets à la montée des eaux » , confirme Éric Jalton, le maire, qui assure ne pas rester les bras croisés. Mais la situation est complexe puisque plusieurs causes sont à l’origine de ces inondations qui prennent parfois une ampleur considérable lors de fortes pluies. Curer les canaux et leurs affluents — même s’il est indispensable de les entretenir — ne suffit pas comme le croient les habitants.
LE CHEMIN NATUREL DE L’EAU OUBLIÉ
À Petit-Pérou, par exemple, plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour expliquer les inondations spectaculaires comme celles vécues, il y a quelques semaines : le débordement des ravines, l’engorgement des canalisations et la montée du niveau de la mer. Autant d’éléments qui ont empêché un écoulement rapide.
Que faire donc ? Pour Éric Jalton, des dispositions doivent être prises en amont, pour éviter que toutes les eaux qui viennent des Grands-Fonds ne continuent à se déverser sur Les Abymes, et ce, particulièrement dans la zone de Petit-Pérou. D’où la collaboration étroite qui s’est nouée entre Les Abymes, Sainte-Anne, Le Moule, Morne-à-l’Eau, Le Gosier et Pointe-à-Pitre qui oeuvrent au sein d’un Programme d’actions de prévention des inondations (Papi). « Pour ce cas précis, la solution viendra par la construction de barrages et autres gros ouvrages hydrauliques dans les Grands-Fonds » , explique, en substance, le maire en évoquant le Papi (lire par ailleurs). En réalité, les autorités compétentes tentent de trouver des remèdes pour réparer les grosses bêtises du passé. On a construit et aménagé sans tenir compte du chemin naturel des eaux. « Je me souviens que quand j’allais au lycée Carnot à Pointe-à-Pitre, j’étais, parfois, empêchée par la ravine qui passait là où se trouve aujourd’hui, toute la zone commerciale qui est face à la gendarmerie de Petit-Pérou. Il en était de même là où il a été construit le fast-food » , raconte une Mornalienne, âgée de 80 ans aujourd’hui. Mais depuis, on a oublié et nous nous étonnons que la nature reprenne, de temps en temps, ses droits. Il en est ainsi aussi à Chazeau, où les ponts sont vite submergés avec, parfois, des conséquences graves pour les familles. On se souvient encore des quatre personnes mortes en 2011 en voulant franchir un petit pont submergé. « À Chazeau, les gens ont construit dans les ravines, d’autres ont comblé une partie de celles-ci et y ont installé des buses, qui, bien évidemment, sont de trop petites capacités en cas de grosses pluies. Autant de comportements qui ne font que compliquer la situation » , précise le maire qui rappelle aussi, que les propriétaires privés doivent entretenir la partie de la ravine qui passe sur leur terre.
Des gros ouvrages hydrauliques à prévoir dans les Grands-Fonds
C’est quoi le Papi ? Un Programme d’actions de prévention des inondations. Mieux encore ? De façon simple, dans le cadre de ce Papi, les élus des Abymes, de Morne-à-l’Eau, de Sainte-Anne, du Gosier – toutes des communes dont leur territoire s’étend dans les Grands-Fondsn – et Pointe-à-Pitre collaborent pour mettre en place des actions et pour limiter les écoulements de l’eau pluviale dont sont victimes principalement les villes du Gosier, de Pointe-à-Pitre et des Abymes. Deux étapes essentielles sont prévues : le Papi d’intention, (en cours jusqu’en 2019) et le Papi complet (2020-2025). Ce Papi d’intention dit programme d’actions de prévention des inondations des bassins versants des Grands-Fonds, se réalise en partenariat avec la Région, Météo France et l’Office de l’eau. Son coût estimé est de plus de 3 millions d’euros et prévoit, en outre, l’amélioration de la connaissance et de la conscience du risque, la surveillance et la prévision des risques, l’alerte et la gestion de la crise, l’identification des différentes zones inondables, la recherche des sites pour l’implantation d’ouvrage de ralentissement d’écoulement des eaux, etc. De façon simple, il faut comprendre que le Papi d’intention doit surtout permettre, à terme, d’acquérir les connaissances (techniques et autres) pour envisager les travaux à réaliser dans les années à venir. « L’objectif est d’aboutir à un programme d’actions pluriannuelles pour la réalisation d’ouvrages, qui vont assurer la protection de la population et le ralentissement des écoulements. Il s’agira de réaliser dans les Grands-Fonds de gros ouvrages hydrauliques, concevoir des bassins de rétention d’eau, etc. Des investissements qui vont nécessiter des fonds du Feder, de l’État, de la Région » , précise Éric Jalton. Dans le Papi complet, il s’agira aussi de définir quels seront les maîtres d’ouvrage de chacune des actions décidées.
Curer, mais pas n’importe comment
Pour nettoyer les canaux ou autres cours d’eau, il ne suffit pas de prendre une pelle mécanique pour tout sortir et arracher. Les textes sont de plus en plus contraignants pour protéger les berges et la biodiversité. « Plusieurs fois, nous avons été rappelés à l’ordre par les services de l’État concernant le canal de Belle Plaine, par exemple. Car il ne s’agit pas de mettre en danger la nature. Il y a la faune, la flore à protéger et il convient aussi de faire attention à la boue qui est sortie. Elle peut être contaminante pour l’environnement en raison des métaux lourds qu’elle contient » , explique le maire. Par ailleurs, les travaux d’entretien sont, selon leur nature, de la compétence de la commune, de l’État, de la Région ou du Département. Le curage et l’entretien des canaux sont du ressort de la Ville mais bien souvent la Région accepte de se substituer. Elle fait de même pour l’État qui oublierait d’assurer l’entretien de ses ouvrages.
Un répit au Raizet et à Laffon
Les travaux d’assainissement et de régulation des eaux pluviales menés au Raizet dans le cadre de la rénovation urbaine auraient permis de limiter la montée des eaux, lors des pluies qui ont accompagné Maria. « C’est une bonne surprise. En tout cas, on a pu mesurer l’efficacité des travaux réalisés » , se réjouit Éric Jalton. La satisfaction est de mise également à Laffon. Pour limiter les inondations qui obligeaient d’évacuer la population, un grand canal à ciel ouvert a été réalisé. Ces derniers mois, cette solution s’est avérée efficace.
Papi ou pipo ?
Rêver qu’un jour, Les Abymes ne sera plus inondée par les eaux qui viennent des Grands-Fonds ne serait que pure illusion pour certaines personnes. Parmi elles se trouvent des élus qui, en privé, ironisent sur le sujet, en disant que le Papi, c’est du pipo. « Les gens ont fait n’importe quoi en construisant à la place des ravines et maintenant on nous parle de construction de barrages. Il faut de la superficie pour construire de tels ouvrages et il n’y en a pas. Sans compter que je ne veux pas croire que l’on décidera de submerger une grande partie des terres agricoles des Grand-Fonds. Ce territoire est quand même le garde-manger de la Grande-Terre. » Le sujet a longuement fait débat l’autre jour entre deux amis. Pour l’un d’eux, il serait plutôt judicieux de réaliser de petits bassins de rétention de 300 m3 environ à des endroits appropriés, tout le long des ravines. « Ces bassins pourraient être en métal ou en béton avec un système de pompage, télécommandé et géré en collaboration avec Météo France. Pour les électrifier, on pourrait prévoir une batterie photo-voltaïque conçue pour résister aux conditions météorologiques difficiles. Des solutions techniques existent » , expliquent-ils. Leur discussion a été animée à ce sujet. On peut imaginer qu’au moment des arbitrages, il en sera de même entre les financeurs, les techniciens et les élus.