LIBERATION: VOYAGE EN TERRE D’OUTRE-MER (2)

09/07/2017 at 19 h 58 min

Par Anne Pastor et Hugo Moatti — 6 juillet 2017 à 09:40 (mis à jour à 09:43)

Kanaks de Nouvelle-Calédonie, Amérindiens de Guyane, Insulaires de Polynésie, Mahorais de Mayotte… Ces citoyens français se battent encore pour gagner leur place au sein de la République. Tout l’été, France Inter part à la rencontre de ces oubliés. Ce dimanche, «être réfugié climatique» raconté par Maeva de l’atoll de Nihiru en Polynésie.

  • «Tu te rends compte qu’en une minute tu peux tout perdre…»

Vu du ciel, l’image est parfaite: le grand bleu à l’infini, une ceinture de corail, un lagon menthe à l’eau et des bancs de sable rose et blanc. À 500 km à l’est de Tahiti. Ces atolls à fleur d’eau sont les premières victimes du réchauffement climatique et de la montée des eaux.

Il y a quelques mois, les intempéries ont inondé leur île: ce banc de sable de 14 km ravitaillé une fois par mois par bateau où vivent huit personnes. L’hélicoptère les a secourus. Maeva se souvient encore de ce jeudi 16 février 2017:

«Le matin il faisait très beau. Ensuite le ciel s’est couvert, il s’est mis à pleuvoir et les vagues se sont déchaînées dans la passe. Lorsqu’elles ont cassé la maison je n’ai pas eu peur, j’ai surtout eu peur pour mon petit garçon de 4 ans qui assistait à la scène. Les vagues ont balayé les maisons, le vent a emporté tout sur son passage. Nous nous sommes réfugiés dans la mairie et c’est grâce à la radio HF que nous avons pu contacter les secours».

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«Il y a des blessures qui n’ont jamais été guéries…»

Ils ont séjourné quelques semaines dans le village de Makemo avant de repartir sur leur île de Nihiru.

«C’est ici notre vie… On est vraiment attaché à cette île. On est revenu pour reconstruire nos maisons, cultiver de nouveau notre coprah… Je n’envisage pas de quitter mon fenua…», cette terre qui les a vus naître: là où ils enterrent le placenta du nouveau-né et plantent un arbre.

Mais ajoute-t-elle, «c’est la première fois que je vis une telle tempête dans les Tuamotu. Mes grands-parents m’ont toujours mise en garde mais quand cela arrive, tu te rends compte qu’en une minute tu peux tout perdre… Et cette image des vagues qui se déchaînent a traumatisé mon petit garçon. La nuit, il se levait et s’écriait: « attention à la grosse vague ». Il a dû être suivi par un psychologue et aujourd’hui ça va mieux…»

Emue, elle remercie ensuite le maire de Makemo: «S’il n’avait pas été là, aujourd’hui on ne serait plus là. On lui doit la vie.»

Voyage en Terre d’Outre-mer, tous les dimanches à 14 heures sur France Inter et sur le site Voyages de Libération.