E glissant/ créolisation

10/05/2017 at 10 h 38 min

Dans son exposition sur la ville tenue à Quito en Octobre pendant la réunion internationale HABITAT 3 nous avions mis en valeur ce texte d’Edouard Glissant sur la créolisation. Demain ce sera l’image du monde. C’est en tout cas ce que le Président de la République vient de rappeler en faisant le bilan d eson action internationale et en annonçant la création de la fondation pour l’esclavage.

Edouard GLISSANT:

EDOUARD GLISSANT LA CREOLISATION DU MONDE (poéte, écrivain Martiniquais)

 La mondialisation est désormais un fait. On ne peut vivre chacun isolément: nos destins sont mélangés. Ce qui se passe en Chine ou au Darfour engage l’avenir de ce qui se passe en Europe ou dans la Caraïbe, et inversement. La mondialisation, comme phénomène, s’installe, avec ses aspects négatifs. ()

Mais une fois ces constats faits, fautil, pour lutter, se replier sur son lieu, refuser ce mouvement du monde ? Évidemment non !

C’est seulement un imaginaire du monde, c’est-à-dire une conception de la mondialité, qui nous permettra de lutter contre les aspects négatifs de la mondialisation. Je crois qu’il faut adopter le principe : agis dans ton lieu, pense avec le monde. C’est cela la mondialité. Une politique du monde qui s’oppose aux aspects négatifs de la mondialisation.

Je me suis toujours fondé, dès mon premier livre, Soleil de la conscience, en 1952, sur la notion de métissage. () Dans les temps de racisme que nous vivons aujourd’hui, nous nous apercevons que ce que le raciste craint le plus, c’est le mélange. C’est pour lui la chose la plus abominable qui soit. Il peut vous concéder une existence, mais loin de lui. Dans un système d’apartheid. J’ai toujours considéré que les principes qui peuvent expliquer la complexité et l’inextricable du monde reposent sur les mêmes phénomènes que ceux qu’ont connus les Antillais. Ces phénomènes relèvent de ce que j’appelle la créolisation. Je crois que le monde se créolise, comme les Antilles se sont créolisées. Qu’est-ce que la créolisation ? C’est un mélange inextricable de cultures dont on ne peut prédire à l’avance les résultantes. Ce phénomène appelle une nouvelle manière de penser, rompant avec l’ancienne qui consistait à réagir en disant : « Je ne veux pas de ça car cela ne vient pas de chez moi. » Je crois cette notion de créolisation utile pour penser le monde d’aujourd’hui. Mais je suis opposé à l’idée de créolité, qui fixe et fige sur l’ancien mode identitaire.