Guyane suite/ pourquoi la colère des agriculteurs?

02/04/2017 at 17 h 46 min

Répondant à une commande du Ministère de l’agriculture, le rapport CGAAER propose de refonder la politique du foncier agricole en Guyane, en privilégiant les opérations d’installation groupées, sur des périmètres ayant fait l’objet d’études préalables en matière d’aptitude à l’agriculture, en en confiant la maîtrise d’ouvrage à un opérateur spécifique, afin d’installer des agriculteurs sur des terres prêtes à être cultivées en leur permettant de consacrer toutes leurs ressources à la production agricole. Cette évolution permet en outre d’améliorer les conditions du défrichement préalable en substituant aux pratiques actuelles du « déforestage » des itinéraires techniques plus favorables au maintien de la fertilité des sols et au bilan carbone de l’opération. Enfin, ces pratiques rénovées ouvrent la voie à une valorisation de la ressource ligneuse, notamment comme biomasse énergétique » Décodons

Il faut sans doute beaucoup de compétences juridiques pour comprendre le texte de cet arrêté qui définirait l’installation des agriculteurs en Guyane . Si 200.000 ha reviennent à la collectivité comment va t elle les dispatcher ? Quelle part à la ville, à l’agriculture, aux communes, aux peuples premiers ? « On veut un vrai opérateur foncier pour stabiliser tout cela », demande Christian Epailly président de la FDSEA. En effet la Guyane est la seule région française qui ne compte pas de SAFER (société d’aménagement foncier et d’établissement rural).Désormais actée , celle ci reste à financer « Le président de la CTG vient de s’engager à mettre 250.000 euros dans le capital social, précise Christian Epailly. Nous attendons que l’État en fasse de même. »

Face à ces difficultés administratives (environ 3 ans pour obtenir un terrain) s’ajoutent les difficultés physiques de ces zones hostiles : les terres ne sont pour la plupart pas cultivées alors que les besoins de la population augmentent.

Autosuffisance des communautés amé-rindiennes : en constant recul

Sur 82 000 ha de terres jadis amazoniennes, 3 000 ha ont été mis à disposition des com-munautés autochtones au sein du parc ama-zonien (recensement 2000) où l’agriculture relève d’un modèle traditionnel sur brulis (les abattis) tous issus des techniques ances-trales ( en principe après une ou 2 années de récolte la parcelle est abandonnée pour laisser la forêt revenir) Du fait de la sédentarisation, mais aussi parce que les jeunes renaclent à ces traditions, on oublie ces cycles même si nombreux sont ceux parmi les éco-logistes et les défenseurs des droits de l’hom-me à espèrer voir se régler les conflits liés à la non reconnaissance par la constitution françai-se de ces populations qui se heurtent à la superposition du droit institutionnel français avec leur droit coutumier (http://www.parc-amazonien-guyane.fr/assets/labattis-au-coeur-du-developpement-de-la-guyane.pdf)

Alimentation urbaine et periurbaine

La question des primeurs de base (manioc, racines, curcubitacés, herbes, salades et tomates pour partie) est à peu près résolue. Les produits sont fournis par les deux colonies Mhongs de Cacao et de yavouhey sur les marchés de Cayenne et de Saint Laurent Grâce aux Mhonghs sur le maraichage, l’autosuf-fisance alimentaire est quasi à 100%.

Et pour le reste ?

« Nous sommes à 99 % de couverture du marché guyanais pour les œufs, prècise François Jean Hubert secrétaire général de la Chambre d’agriculture. Avec le porc, nous sommes à 34 %. Ca peut paraître bas, mais il y a quelques années, nous étions encore à 14 % ! Sur le bovin, on est à plus de 50 %. Ce sont des taux qui sont en constante augmen-tation. Nous sommes mauvais élèves avec la volaille avec 1 %, mais c’est parce que nous avons un problème d’abattoir. On ne pas abattre pour le moment, mais nous avons la capacité de produire. » Des chiffres légère-ment corrigés par la FDSEA

« Avec le maraîchage, nous produisons 80 % de la consommation locale, mais en ce qui concerne l’élevage bovin, seulement 20 %. Pour les ovins et les caprins, c’est 5 %. Et pour le poulet de chair, 0,1 % ! » dit C. Epailly

Pour l’instant l’agriculture guyanaise ne peut se développer qu’en interne (avec un petit marché !) car les exportations sont difficiles en termes de produits exportables mais aussi à cause des coûts du fret qui pèsent lourd pour le panier de la ménagère désormais mondialisé.

Autre sujet de mécontentement : Pour pallier le manque d’énergie on entend beaucoup parler de biomasse.

Dans dix ans la centrale thermique de Degrad des Cannes va fermer (30% de la production). Il faut avant cette date pallier la demande énergétique, produire 40 000 KW à partir de la biomasse

http://encyclopedie-energie.org/articles/guyane-la-biomasse-énergie-en-débat

L’approvisionnement à partir des déchets verts et des résidus de sciage ne sera pas suffisant en l’état actuel de la ressource. On envisage une future exploitation des résidus des terres mises en culture et des plantations de « forêt séche ». Là encore un dossier qui mérite discussion et plus de transparence car pour ces projets l’État vend son foncier, « des terres agricoles non mises en valeur 

qui sont attribuées à des gens qui n’ont rien à voir avec l’agriculture. » se dit il. Il faut donc verrouiller un plan d’approvisionne- ment sur 15 ans s’engager sur des volumes à défricher sans risquer de trop défricher sans mise en valeur agricole ?

La Guyane connaît ce type de défi. Elle sait se méfier des grands rêves et des plans. En 1975 elle découvrait les mirages du Plan Vert dessiné par Olivier Stirn. Déjà à cette époque on a vu des plantations de résineux dont quelques vestiges égayent encore la côte entre Kourou et Saint Laurent. Ce ne fût pas un succès et ils ne grossirent guère plus que des allumettes. Quant aux vaches laitières envoyées par bateaux, elles ont été mangées par les vampires (chauve souris) et décimées par les épizooties (celles qui menacent juste-ment les projets d’élevage avicoles) Rien n’est simple. Ainsi les rizières mises en culture par les riziculteurs de Camargue le long du littoral près de Mana sont envahies par les remontées de la mer. C’est là que l’on envisage de créer d’imposantes bambouseraies De nouveaux conflits se dessinent entre les opérateurs énergéticiens venus d’ailleurs, très puissants, les communes et les agriculteurs de peu de poids. Les acteurs intermédiaires sont appelés à jouer un rôle important dans ce plan qui obli-gatoirement passera par des pratiques de con-certation :Etat, région, ministères, ademe…

La question qui va se poser aux guyanais est celle du temps

Il est bien difficile aujourd’hui de gérer ce territoire aux mille inconnues dont la richesse est le bois , un bois qui comme l’or, fait rêver bien des acteurs : Ceux de la construction, ceux qui conduisent inventaires carbone et certificats REDD+ , ceux qui font tourner les logiciels de la production de biomasse…. A l’heure où toutes les réponses à ces questions dépendent encore de la recherche. Le CIRAD n’en est qu’au début de son travail sur la dé-

composition de 26 espèces forestières et leur capacité de relargage de CO2. De même qu’il est encore incapable de répondre à la manière dont seront alimenter les centrales biomasse depuis les lieux de productions, ou encore qu’elles seront les meilleures espèces à choisir pour alimenter la filière sans épuiser les sols ?

Reste le projet de la mine d’or de Nordgold Dossier suivi sur les sites de mediapeps.com et métamorphose Outremers.com

Le collectif « or de question » semble avoir fait passer le message : dix ans de possibles emplois ne valent pas les dangers encourus Et un retour de 2% sur l’or extrait, ne peut satisfaire les collectivités.