La Guyane explose et ce n’est pas à Paris que peut se résoudre le problème

25/03/2017 at 19 h 51 min

A Cayenne, Kourou, Saint Laurent, que demande t on ?  De régler les questions économiques, sociales, sanitaires. Et ce à juste titre.

Depuis des années les revendications des élus, des institutions, des habitants sont méprisées par Paris. Cela va de la construction d’un internat pour les jeunes lycéens amérindiens qui ne peuvent être accueillis durant les week ends, à la crise sanitaire des hôpitaux de Saint Laurent qui explosent, en passant par les grands laboratoires français pris entre le marteau et l’enclume auxquels on impose une loi française sur la biodiversité non adaptée aux textes onusiens, ni à leurs réalités.

Rien ne va plus depuis longtemps, depuis que l’orpaillage illégal se répand, depuis que les tribus du sud réclament électricité et dignité de vivre, depuis que s’ouvre la frontière par un pont inauguré sans que ne soit réglé les questions de visas.

Alors comment en sortir ?

Il y a quelques jours, on croit que Ségolène Royal va débloquer la situation grâce à un coup de fil au Président. Le président de la CTG qui a si longtemps retenu la vapeur, ne décide t il pas de signer le pacte d’avenir attendu et si souvent promis :200.000 hectares de foncier (les élus en réclamaient 100.000) , un doublement de la route Cayenne Kourou, des aides sociales.. ? Ce sera insuffisant. Trop tard. Même le préfet a laissé se développer une contestation qui s’exprime  par la voix de milices sécuritaires « les 500 frères » censés pallier l’impuissance régalienne de l’état . Mais de jour en jour, ils prennent  la tête des contestations et manifestations tout en préservant, il faut le reconnaître, pour l’instant les violences

Que peut il y avoir derrière les revendications sociales et économiques affichées ?

Les manifestants ne veulent plus rencontrer les délégations interministérielles qu’ils ont,  il y a une semaine demandé. Aujourd’hui , ils s’attaquent aux symboles et particulièrement aux symboles de la métropole :

La préfecture pulvérisée par « du caca cochon » Justification :  « on a bloqué pendant des jours la préfecture juste avec des camions et des banderoles, raconte cette responsable de la FNSEA. On ne nous a pas reçu, on nous a considèré comme de la merde,  nous la retournons à qui de droit ».

Ariane . Cette enclave si protégée de Kourou où est rassemblé le must de la technologie. On la croit protégée. Depuis des années,il se dit dans les rues guyanaises « si un jour la Guyane bascule, restera l’enclave européenne de Kourou » Or c’est au delà du site , aux carrefours stratégiques que se sont dressés les barrages . Ce site on lui en veut profondément « le seul intérêt de la France » «  comment expliquez vous que nous n’ayons ni électricité , ni téléphonie dans les zones isolées alors que la plus haute technologie est là et que le suriname voisin , plus pauvre , dispose de ces services ? »

Enfin le parc amazonien dont on bafoue allègrement les lois et obligations, ces 95% du territoire gelés pour la défense de la dernière forêt tropicale d’Europe et dont les habitants du territoire revendiquent le droit d’usage pour pouvoir vivre et se développer.

Mais pourquoi maintenant ?

Comme tous les territoires outremers, la Guyane a été peuplée il y a seulement quelques siècles et l’équilibre imposé par les créoles en lien avec l’état français est entrain de basculer, car les minorités se lèvent.

Les tribus d’origine amérindiennes revendiquent  leurs droits sur la terre et sur leurs biens (gibier, bois, vivant)

Les noirs marrons bushinengés le long du Maroni se sont multipliés. Ils seront demain représentés au Conseil proposé par Chantal Berthelot

Les chinois, les libanais silencieusement ont pris les manettes de l’économie

Quant aux brésiliens ils affluent sans vraiment avoir le loisir de partager une économie qui ne peut déployer ses ailes.

La Guyane est donc dans une situation de recherche identitaire et surtout de mise en question des autorités qui ne semblent plus légitimes. Il ne suffira pas d’une convention internationale comme celle de Carthagène qui pourtant tentait de réintégérer cette partie du monde dans sa région Caraibes, ou de reconnaissance des droits coutumiers pour retrouver la légitimité amazonienne ou de quelques réponses à la vie chère. La Guyane est en basculement, se cherche et écrit son histoire.

point de vue Dominique Martin Ferrari, journaliste et directrice d e métamorphose Outremers

Les sept envoyés du gouvernement, menés par l’ancien préfet de Guyane Jean-François Cordet, ont décollé de Paris. Ils sont attendus dans l’après-midi à l’aéroport Félix-Eboué. Les collectifs ont dit qu’ils ne voulaient pas négocier avec. Selon Air France, l’avion arrivera à 15h15, à la même heure que celui des Antilles, qui a été retardé.

Ils sont dans l’avion. Ce matin, un passager du vol Air France Paris-Cayenne a immortalisé les membres de la délégation interministérielle au moment où ils allaient embarquer. Parmi eux, certains reconnaîtront Jean-François Cordet, préfet de Guyane de 1992 à 1995 et qui avait connu son baptême du feu avec les manifestations du MSU (1992), Joël Barre, qui a dirigé le centre spatial guyanais de 2007 à 2012, période notamment marquée par les manifestations contre les prix des carburants et la grève de Telespazio qui avait cloué Ariane-5 au sol, et le général Lambert Lucas, patron de la gendarmerie de Guyane de 2013 à 2016.
Leur avion est attendu à 15h15. Le vol des Antilles devrait arriver à peu près à la même heure. Toujours selon Air France, le vol des Antilles doit repartir à 16h15 et celui pour Paris à 18h45.