Le poisson lion toujours considéré comme gravement envahissant

19/03/2017 at 13 h 11 min

L’invasion du poisson lion s’est invitée aux débats de la conférence de Carthagène qui se déroulait à Cayenne du 13 au 20 Mars 2017. La menace est prise très au sérieux par les scientifiques du monde entier, puisqu’après les ravages que l’on connaît dans les Antilles/Caraïbes, l’espèce prolifère désormais en méditerranée, repérée par l’UICN (union internationale de conservation de la nature) au large de la Turquie et de Chypre.

Introduite accidentellement en 2007, l’espèce est devenue envahissante aux Antilles en cinq ans. Les caribéens espagnols l’appellent « pes del diablo » le poisson du diable. Dans les Antilles françaises, il est le poisson lion. En fait c’est une rascasse très photo gènique , pleine de couleurs et dont les spectaculaires épines dorsales venimeuses ressemblent à une crinière. En quelques années, il est devenu une de ces espèces que l’on dit « envahissantes ». Pouvant atteindre les 50 centimètres, le poisson lion n’a pas de prédateurs, et les requins hésitent à l’attaquer. Capable de se positionner au sommet de la chaîne alimentaire, ses femelles peuvent pondre jusqu’à 30 000 œufs tous les 4 jours, et ce toute l’année.

Il n’a encore jamais été observé du côté de Saint-Pierre et Miquelon car il  vit dans des eaux à plus de 13°. Dans l’océan Indien et dans le Pacifique, ce poisson ne pose pas de problèmes, car il a des prédateurs. Mais aux Antilles, «  en prenant en compte le niveau de colonisation atteint aujourd’hui, l’éradication de l’espèce est considérée comme peu probable avec les technologies actuellement disponibles. La meilleure façon de gérer ce problème semble de promouvoir le contrôle des populations de poissons lion. » précisent les experts. Les parcs marins au Mexique, en Floride, dans les îles Caïmans, Bonaire… tentent un contrôle de la population en permanence. Mais ces différents systèmes de contrôle doivent être harmonisés et ciblés sur des objectifs communs à l’échelle de la grande région Caraïbe en une stratégie régionale, comme il vient de l’être rappelé durant cette semaine de travail, car le poisson lion a une grande capacité à se déplacer d’un site à un autre . Seule une coopération entre les niveaux national et régional pourra être efficace. La conférence des parties au protocole SPAW poursuit un plan de travail en ce sens avec tous ses partenaires (PNUE, ICRI, NOAA….)

Petite carte d’identité

Il est originaire de l’océan indo-Pacifique, et la rumeur colporte que suite à l’ouragan Andrew en Août 1992 dans le sud de la Floride , un aquarium endommagé aurait laissé s’échapper six spécimens . Les scientifiques penchent pour plusieurs sources génétiques. L’espèce est repérée à partir des années 2000 près des côtes du Venezuela et de Cuba, mais sa population a véritablement explosé depuis 2008.. La colonisation des îles s’est faite très rapidement, les larves de Ptérois empruntant le courant de Guyane qui balaie l’Arc Antillais. L’invasion fût si rapide que très rapidement les scientifiques se penchent sur ce cas. En Novembre 2009, un congrés lui est consacré à l’initiative du Gulf and Caribbean Fisheries Institute ( GCFI) à Cumanà au Venezuela. Les premières données sont échangées : Les juvéniles colonisent les récifs coralliens et les autres fonds rocheux mais également les mangroves et les herbiers de Phanérogames marines . Ils y effectuent une partie de leur croissance avant de gagner les récifs ou autres fonds rocheux pour y passer leur vie adulte. Les Pterois sont des prédateurs nocturnes. Ils se mettent en chasse à la tombée du jour . Leur croissance est de l’ordre de 0,5 mm par jour, ce qui produit un poisson de 197 mm en un an. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, les pêcheurs relèvent des poissons lion de 4 à 5kg dans leurs filets et casiers

Autre calamité, sa dangerosité. Le poisson lion est dangereux Les symptômes généraux d’une piqûre évoquent la morsure par un cobra qui se traduit par une douleur immédiate et intense pouvant provoquer un choc. Les piqûres de pterois doivent donc être prises très au sérieux. Les premières victimes sont les pêcheurs quand ils doivent demeler les filets , mais aussi les baigneurs, car le poisson lion affectionne les fonds peu profonds , les roches, les herbiers. Les autorités ont permis dans un premier temps des « battues » sous marines, autorisant les plongeurs à poursuivre la rascasse jusque dans les eaux protégées. Le Comité Régional de Plongée (COREGUA) a organisé secteur par secteur et de manière périodique des chasses avec des plongeurs volontaires. Insuffisant. Le seul prédateur possible étant l’homme , la stratégie de lutte se tourne vers les pêcheurs.

Et si l’on se mettait à manger les poissons lion ?

« Ce serait le meilleur remède »a conclu en plaisantant le rapporteur de l’atelier qui lui fût consacré durant cette Convention, tout en précisant plus sérieusement qu’il faut poursuivre les phases d’étude : le pterois semblerait exempt de la toxine de la ciguatera, mais il vit dans les eaux contaminées par la chlordécone.. Les analyses sont obligatoires Pour l’instant , on attend le retour des dizaines d’échantillons envoyés à l’Institut de recherche espagnol, l’IRTA, et d’autres qui sont partis à la Réunion. On attend encore de savoir si le poisson lion est commercialisable. Car il est comestible et même délicieux aux dires des quelques pionniers qui en ont déjà fait le test : des dizaines de dégustateurs volontaires l’ont essayé frit, en blaff, grillé.

Dominique Martin Ferrari