Dossier or -Guyane (1)

18/03/2017 at 20 h 12 min

La forêt prise en otage par les cours de l’or

Déborah NEUSYJeudi 09 mars 2017
La forêt prise en otage par les cours de l'or
Le long du Maroni, à la frontière avec le Suriname, à 20 kilomètres au sud d’Apatou. En vert, les « roches vertes » , formation géologique riche en or et propice à l’orpaillage (source : SBB Suriname et BRGM). En jaune, les zones impactées par l’orpaillage en 2014, montrent une activité aurifère importante du côté surinamais / Rahm et al. (2015) – projet REDD + pour le plateau des Guyanes

Lorsque les cours de l’or grimpent, la déforestation sur le plateau des Guyanes augmente et inversement. C’est sur cette corrélation que portent les recherches d’un doctorant de l’université de Guyane, avec le soutien du Cirad et du CNRS.

« Lorsque le cours de l’or était en deçà de 400 dollars l’once (28 grammes), il y a quinze ans, environ 2 000 hectares de forêt étaient annuellement détruits par l’orpaillage. Quand il a flambé en 2011 pour atteindre 1 600 dollars l’once, cette déforestation a atteint près de 9 000 hectares par an. Mais lorsque le cours de l’or chute après 2012, la déforestation liée à l’orpaillage a baissé elle aussi brutalement » , explique Camille Dezécache, premier auteur d’une étude sur le lien entre déforestation et cours de l’or, portant sur la période 2001-2014, dont les résultats ont été publiés la semaine dernière.
Pour étudier l’impact de l’activité aurifère sur le plateau des Guyanes, les scientifiques se sont servis pour la première fois de cartes de déforestation issues d’images satellites à haute résolution. Ces observations soulignent deux problèmes majeurs. Le premier montre les limites de mécanismes tels que REDD +, qui accorde des crédits carbone aux États limitant la déforestation. « Il y a un risque de sous-estimation du niveau d’effort fourni par les pays car il est difficile de savoir si la déforestation a été évitée grâce à des politiques environnementales efficaces, ou simplement parce que le cours de l’or a baissé » , précise Bruno Hérault, chercheur au Cirad qui a supervisé ces travaux. Autre problème, les recherches indiquent une grande disparité de cadres politiques entre les pays de cette zone, à savoir, la France, le Suriname, le Guyana et le Brésil.
UN BESOIN URGENT DE COOPÉRATION RÉGIONALE
Ces dernières années, la déforestation liée à l’orpaillage illégal augmente fortement au Guyana et au Suriname, alors qu’elle stagne en Guyane et dans l’Amapá, deux régions ayant mis en place des politiques de répression importantes.
En analysant des données annuelles de déforestation pour la Guyane et le Suriname sur la période 1996 à 2014, Camille Dezécache émet l’hypothèse de transferts massifs entre ces deux pays. Le contexte répressif de la Guyane aurait contribué à augmenter la déforestation à l’échelle régionale, ce qui remet en question le mécanisme REDD + puisque la politique d’un pays interfère avec le bilan de déforestation de ses voisins.
La coopération régionale en action
Le projet REDD + pour le plateau des Guyanes, mené par l’ONF et sa filiale internationale, a permis de créer les bases d’un réseau de coopération technique sur le suivi des forêts au sein de cette zone. Dans ce cadre, l’ONF et ses homologues de la région ont produit conjointement des données historiques sur l’impact de l’orpaillage pour les années 2001, 2008 et 2014.Le réseau, accompagné du WWF poursuit actuellement ces travaux pour 2015, avec l’ambition de répéter l’exercice chaque année et de créer un observatoire régional à destination des décideurs publics. À ces derniers ensuite d’établir une politique de coopération régionale, afin de lutter contre ce fléau environnemental.