En Guadeloupe les effets du Réchauffement ne se font pas attendre

06/03/2017 at 18 h 26 min

Les scientifiques estiment que la montée du niveau de la mer serait comprise entre 2 et 5 mm chaque année aux Antilles. Si cette montée du niveau de la mer n’est pas suffisamment prise en considération par les politiques territoriales, il est envisagé que la population guadeloupéenne puisse en souffrir lors de catastrophes naturelles : cyclones, houles cycloniques. Sylvie Gustave dit Duflot vice présidente de la région dresse un état des lieux

 

« Nous ressentons les changements climatiques d’une manière assez brutale.

Ces dernières années, les périodes de fortes pluies sont plus longues, gagnent en intensité et induisent des problèmes d’inondation. Un autre phénomène accompagne le réchauffement climatique, ce sont les périodes de sécheresse, plus fréquentes et plus longues. Nous venons de subir une sécheresse qui s’est étalée de septembre 2014 à juillet 2015. Jamais nous n’avions connu une pluviométrie aussi basse sur une si longue période. Ces sécheresses sont amplifiées par l’arrivée massive des nuages de sable en provenance du Sahara qui assèchent l’atmosphère.

En 2015, nous avons également subi une invasion d’algues sargasses massive, Lorsqu’elles s’échouent sur le sable, elles se décomposent et libèrent un gaz toxique, l’hydrogène sulfuré absolument corrosif. Il faut éliminer cette algue sargasse sur les plages, sans pour autant détruire l’écosystème plage, puisque nous avons l’arrivée des tortues. Nous avons tenté de récupérer ces algues sargasses, mais qu’en faire ? Cette année nous n’avons encore rien vu venir sur nos côtes ; Ce sont vraiment des aléas qu’on ne peut pas maîtriser d’une année sur l’autre, même lorsque nous mettons en place des stratégies.

Anticiper plutôt que réparer

La réparation a un coût financier élevé donc nous anticipons.

Depuis 2012, en partenariat avec les Services de l’Etat, la région a mis en place un schéma climat, air, énergie qui décline une stratégie d’adaptation. Depuis 2014 nous cofinançons des projets avec l’ADEME visant à sensibiliser les collectivités territoriales, à les accompagner dans la définition de leur stratégie d’adaptation au changement climatique.

D’abord en diminuant l’apport des énergies fossiles dans le mix électrique La Guadeloupe est la première région de France à promulguer ses propres lois énergétiques .

Nous définissons également la restauration des milieux naturels. Les mangroves sont des écosystèmes protecteurs contre la montée des eaux. Nous les protégeons, restaurons.

La surveillance du trait de cote. Avec le BRGM nous scrutons l’évolution du trait de côte, la montée du niveau de la mer. Nous sommes tout à fait conscients que nous devons revoir le schéma d’aménagement régional et modifier les plans locaux d’urbanisme.

Nous veillons au lien entre climat et aménagement du territoire : Le Conseil Economique et Social estime d’une manière générale qu’un travail spécifique doit s’ouvrir sur trois aspects : usage des terres, aménagement industriel et économique, lien territoires et urbanisme.

Beaucoup de nos communes sont en bordure littorale avec une forte densité de la population vivant sur cette bordure maritime ; il y a donc urgence à mettre en place des processus de délocalisation progressive. Nous avons une zone de forte activité économique, Jarry. Cette zone a été construite sur des terrains inondables et marécageux. Si la température devait augmenter de 1,5 à 2 degrés au niveau mondial, et bien cette zone serait sous l’eau, alors que c’est le poumon économique de la Guadeloupe. Nous sommes en train d’évaluer ces risques de vulnérabilité, de mettre en place une prospective qui nous permette de protéger ou de déplacer ces zones.

Reste à élaborer une meilleure gestion des eaux pluviales, afin de protéger contre les crues, les inondations. Le paramètre sécheresse risque d’amplifier l’absence de distribution d’eau potable, d’eau agricole. Nous explorons toutes les pistes : mise en place d’unités d’usines de dessalement, exploitation des nappes phréatiques sous-terraines ou recherche d’autres nappes.

Nous sommes encore dans la prospective.

Nous n’avons pas fait d’évaluation financière fine. et puis, il faut être réaliste, et pragmatique c’est quelque chose qui va se faire sur plusieurs années Nos entrepreneurs continuent à construire sur Jarry, alors même que nous savons que c’est une zone de forte submersion dans des années à venir .En partenariat avec l’ADEME nous informons nos entrepreneur pour que au fur et à mesure nous délocalisions les activités sur d’autres sites On ne peut pas agir sans la population. Nous allons mettre en place une vraie éducation de la population à la gestion des risques, procédure d’information et d’alerte. »