fin des Quotas sucriers 1° oct 2017 / Ouverture de notre dossier « la saga du sucre »

12/02/2017 at 18 h 10 min

Revue de presse, interviews, reportages…. Métamorphose Outremers aborde en cette année 2017 une question primordiale pour les territoires: la fin des quotas sucriers.

Le sucre c’est l’histoire des peuples, des routes maritimes, des échanges..c’est une histoire que nous préparons pour la partager en images dans une exposition itinérante avec les ports qui s’y sont trouvés associés: Dunkerque, Nantes, Bordeaux

Pour démarrer ce dossier une analyse réunionnaise ;

Filière cannes – sucre : 2017 et après..

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La filière cannes – sucre est-elle vouée à disparaître de la surface de l’île ? La question souvent débattue reste sans réponse. Officiellement personne ne veut croire à cette disparition et tout le monde affirme qu’elle peut être sauvée. Objectivement, la situation n’est pas désespérée mais elle est grave. Et la suppression annoncée de quotas de production comme des prix garantis ne va surement pas arranger les choses. L’Institut d’émission des Dom (Iedom) s’est penché sur la question. L’occasion de faire le point sur une filière agricole historique

La filière canne sucre à La Réunion c’est quoi ?

En 2015, La Réunion a produit 201 200 tonnes de sucre brut, soit les trois quarts de la production Outre-mer. Une broutille face au Brésil par exemple qui caracole à 33 millions de tonnes de sucre. Toujours en 2015,  3 084 exploitations ont livré leurs cannes aux deux usines sucrières de l’île, « soit 39 % du nombre total d’exploitations agricoles dans l’île. Elles se caractérisent par leur faible dimension moyenne (7,6 ha) et leur nature familiale » commente l’Iedom dans son étude.

La culture de la canne couvre 57 % de la surface agricole utilisée (24 336 hectares). « Son poids dans l’économie globale reste mesuré avec un chiffre d’affaires (CA) estimé à 630 millions d’euros en 2011, soit 3,4 % du chiffre d’affaires de l’économie marchande (2011) » écrit l’Iedom
Après extraction du sucre, le reste du végétal est valorisé : la paille et l’écume, servent de litière et d’aliments pour le bétail, la bagasse (569 000 de tonnes produites) qui brulée dans les centrales thermiques de l’île, fournit 9 % de la production électrique totale livrée sur le réseau EDF et enfin la mélasse, destinée à la production du rhum. La culture de la canne selon l’Iedom, est « source d’économie circulaire, traversant plusieurs secteurs d’activités, pour représenter au total, 18 000 emplois directs ou induits ».

Jusqu’à présent Bruxelles a toléré que les filières cannes – sucre d’outremer soient protégées par des quotas empêchant l’Union européenne et d’autres pays d’introduire massivement leur production sucrière sur le marché européen. Dans le même temps, les prix versés aux producteurs étaient garantis et –  grâce aux différentes aides -, restaient constants quelles que soient les fluctuations du marché. Bruxelles met fin à cette tolérance au nom du principe de libre échange et de libre concurrence

Aujourd’hui, un planteur gagne 76 euros de la tonne de canne produite, dont les deux tiers proviennent des aides publiques.

Que va t-il arriver ?

Le 1er octobre 2017 avec la prochaine étape de la réforme de l’Organisation commune de marché (OCM) du sucre un nouveau cap va être franchi par Bruxelles. La libéralisation du marché européen du sucre va se mettre en place. Les quotas de production sucrière seront supprimés et il sera permis de produire sans limite. Dans le même temps les prix d’achat du sucre réunionnais ne seront plus garantis et seront tributaires du tarif pratiqué par la concurrence mondiale

Pourquoi la filière canne réunionnaise est en danger ?

La fin des quotas de production est une aubaine pour l’Union européenne (UE) qui va considérablement augmenter ses exportations. Elle est un danger extrême pour La Réunion qui ne sera plus assurée d’exporter son sucre dont le prix sera forcement plus élevé que ceux pratiqué par l’UE le Brésil et l’Inde (deux pays où les côuts de production sont bine pous bas que ceux de La Réunion). Ces zones et pays sont les plus gros producteurs de sucre au monde, ils pourront pratiquer des prix bas en compensant cette baisse par l’augmentation autorisée de leur volume de production. Les prix garantis pour les planteurs péi étant également supprimés, la filière locale aura à faire face à une féroce concurrence mondiale : un autre danger extrême

L’espoir des sucres spéciaux

Contre vents en marées, les acteurs de la filière cannes – sucre tiennent bon et refusent de laisser mourir leur secteur d’activité. Dans son étude, l’Iedom met en exergue une spécifié de la production de sucre locale. Sur la totalité du sucre produit, 50% est exporté pour être raffiné et devenir sucre blanc. Il s’agit du secteur le plus menacé par la réforme.

L’idée serait alors de miser sur le sucre roux – impossible à obtenir à partir de la betterave dont l’union européenne et la France sont les premiers producteurs au monde. La Réunion qui produit déjà la moitié du sucre roux consommé en Europe, se poserait en leader pour la production de cette matière moins raffinée, mais plus tendance. D’ailleurs, il est rangé à l’export dans la catégorie des sucres spéciaux.

« Nous espérons que la France va obtenir de Bruxelles que les sucres spéciaux exclus de l’accord de libre échange » découlant de la suppression des quotas, note explique Eric Soundrom, responsable des affaires agricoles au sein de la chambre d’agriculture. « Nous avons bon espoir, notre député européen Younouss Omarjee a confirmé » que cela était en bonne voie, ajoute-t-il.

Jean-Yves Minatchy, dirigeant de la confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion (CGPER), affiche clairement sa détermination. « Il faut y croire. Oui les planteurs sont inquiets, dire le contraire serait mentir. Mais La Réunion est un modèle. La variété de canne produite au Brésil a été créée ici » défend-il avant d’affirmer que la canne réunionnaise est « l’une des meilleures au monde ». « Il faut se battre… Si la canne tombe, tout tombe », prévient-il.

Valoriser différemment la canne oui, la remplacer, non

Pour pallier les risques de disparition, des pistes de travail sont proposées du côté de la chambre d’agriculture. « Oui, nous réfléchissons à valoriser différemment la canne pour éviter une baisse des revenus des planteurs et du fonctionnement de l’industrie » précise Eric Soundrom. De la recherche moléculaire pour la pharmacopée, en passant par la fabrication de matériaux à base de canne, ces innovations n’ont pourtant « pas vocation à remplacer la canne et ne sont pas des alternatives crédibles » continue le chargé des affaires agricoles. Tandis que la filière sucre métropolitaine se restructure pour obtenir un gain de production, la culture réunionnaise va elle aussi tenter de produire plus  » grâce à un encadrement technique plus important et des coûts d’industrie fixes, ce qui permettra aux planteurs de gagner davantage ».

Pour l’heure, les 38 millions d’aide octroyés par Bruxelles et l’Etat compensent à peine les déficits des planteurs et prouvent la forte dépendance aux aides publiques. Sans doute la raison pour laquelle sous couvert d’anonymat, un producteur reconnaît « si la situation reste comme ça, les planteurs seront découragés et la filière risque de s’éteindre d’elle-même »…

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