Les architectes de Guyane, le Bioclimatique réinventé

06/02/2017 at 15 h 23 min

 

Ils sont arrivés en Guyane attirés par le pays, le climat, les étendues, peu à peu ils ont fondé une niche créative et sont désormais des références à échelle internationale« Notre architecture en Guyane est fondée sur la compréhension des mutations des espaces engendrées par le métissage des populations locales d’origines et de cultures très diverses, espaces devant de plus satisfaire à des exigences équatoriales très contraignantes, ainsi qu’à une évolution extrêmement rapide ».

 

Leur démarche est écologique et l’aventure commence avec la création de l’association AQUAA (Action pour une Qualité Urbaine et Architecturale en Amazonie) le 17 janvier 2004. l’AQUAA souhaite agir pour une meilleure intégration du développement durable et une réduction des impacts environnementaux dans l’acte de construire et d’aménager le territoire de Guyane. Construire mais aussi sensibiliser. La démarche est nouvelle pour ce territoire marquée par l’explosion démographique, les vagues de migrations et le manque chronique de logements. En 2005 avec l’opération « la kaz écologique » ils se font connaître, multiplient projets et concours et peu à peu imposent l’idée du bioclimatique. N’est-ce pas après tout un juste retour des choses à la tradition du construire en bois sous les alizés ? (voir le documentaire « sous les alizés les maisons de bois »).

Aujourd’hui, le département de Guyane compte 48 architectes inscrits à l’Ordre.

La problématique du bioclimatique en Guyane s’est jouée sur deux points comme l’explique Fabien Bermès, architecte et fondateur de l’AQUAA : «un manque de construction par rapport à la demande, et une forte croissance de la climatisation, or la Guyane ne produit pas assez d’électricité. Dans le même temps se mène une bataille normative. La modification des normes de HQE (Haute Qualité Environnementale) européen réservée aux climats tempérés en QEA (Qualité Environnementale Amazonienne) est récente. Cette bataille a été gagnée avec l’ADEME et intéresse désormais tous ceux qui vont devoir lutter contre le réchauffement».

Le bois, largement présent en Guyane, s’est naturellement imposé. Sept essences sont désormais employées. Bien d’autres restent à valoriser.

Franck Brasselet et JAG (l’atelier Jungle Architecture Group) prennent en compte les spécificités de guyane, «reflet des savoirs faire», sans se laisser enfermer dans «un régionalisme traditionaliste», «en transcendant les formes et symboles du passé pour exprimer l’harmonie, l’équilibre et la poésie des échanges entre l’Homme, la nature et l’architecture… Une architecture humaine et sensible, une architecture qui tente de créer une contemporanéité guyanaise».

Franck Brasselet :

Il est co-fondateur de l’association «Maison des bois et de la forêt Guyanaise». Architecte guyanais, il est à la fois celui qui a réfléchi à l’habitat des peuples de la forêt en zone isolée, à l’usage du bois et est devenu un des chefs de file de l’habitat bioclimatique, une des formes les plus exigeantes de la construction durable d’aujourd’hui. Il fût élève des ateliers Renzo Piano, il faisait partie du jury international des GBCS Awards en 2016 (Construction 21-France).

 

Les réalisations de JAG sont exemplaires : maison du parc de Kaw, collège de Papaïchton, lycée professionnel de Kourou, lycée de Remire ainsi que l’IUFM de Cayenne en photo ci-contre et bien d’autres…