declaration des maires de Strasbourg et Quito. In Liberation

24/10/2016 at 21 h 36 min
Dans un bidonville de La Courneuve, en août 2015.
Dans un bidonville de La Courneuve, en août 2015. Photo Denis Allard. Réa pour Libération

Dans le prolongement de l’Accord de Paris sur le climat, le rendez-vous de Quito (Equateur) s’est tenu du 17 au 20 octobre. Peu médiatisé en Europe et en France, il est pourtant décisif. Programmé tous les vingt ans, ce rendez-vous mondial fixe un agenda d’actions partagé par les métropoles du Nord et du Sud, solidaires face aux défis du développement durable, pour réclamer aux Etats l’avènement d’une «diplomatie des villes».

Plus de la moitié de l’humanité est désormais urbaine. C’est un bouleversement majeur. Une réalité qui nous engage. Une majorité qui nous oblige.

Et en 2030, ce sont plus de 60% des habitants de la planète qui vivront dans des villes. En 2050, 70% ! L’équivalent d’une révolution mondiale aux multiples conséquences pour nos sociétés mais que ne mesurent pas toujours nos contemporains en Europe, en Amérique Latine ou en Asie… Elle nous habite, nous, maires de tous les continents, qui sommes en première ligne pour affronter les effets de cette accélération silencieuse. Les frontières de nos responsabilités sont repoussées mais nous entendons assumer ensemble cette mutation, en bonne intelligence avec les Etats et tous les autres acteurs.

La Conférence des Nations unies sur le logement et sur le développement urbain durable (Habitat III) qui a fixé «Le Nouvel Agenda Urbain» – une feuille de route mondiale pour les vingt prochaines années – s’impose comme une étape décisive dans un long cheminement collectif. Le rendez-vous de Quito (Equateur) du 17 au 20 octobre s’est inscrit à un moment historique décisif dans le prolongement de l’Accord de Paris sur le climat de décembre 2015 et ce qu’il veut, c’est orienter les objectifs universels du développement durable pour l’horizon 2030.

Nous avons tous conscience que le modèle actuel de développement urbain a atteint ses limites. Mais l’heure n’est déjà plus aux constats, ni même aux déclarations de bonnes intentions prononcées dans l’euphorie d’une conférence internationale, et souvent sans lendemain, hélas. La conférence de Quito a voulu arrêter un agenda d’actions, enclencher une dynamique concrète, identifiable et solidaire, pour lutter résolument contre les inégalités sociales, enrayer la dégradation écologique, concevoir un développement acceptable avec les défis climatiques, tout en protégeant la diversité culturelle de nos cités. Echelle privilégiée pour construire une société plus juste, la ville permet de mettre en œuvre les fondations élémentaires pour bâtir un monde plus inclusif et plus durable.

Il faut faire vite. Les défis sont immenses et le temps nous est compté. Seul un calendrier rigoureux permettra de maîtriser les enjeux que nous devons relever. Nous y sommes prêts, car les villes détiennent – ensemble – une grande partie des solutions à ces défis qui dépassent les intérêts nationaux et les logiques régionales. C’est cette conscience, à la fois lucide et décidée, que nous avons réaffirmée, dès le 16 octobre, avec des centaines de nos pairs du monde entier, devant le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, et les représentants des Etats membres des Nations Unies, au sommet mondial des villes, prélude de la Conférence Habitat III.

La protection des droits, du bien-être et de la sécurité des citadins est un fil rouge commun qui nous guide, au-delà de notre grande diversité. De Strasbourg à Quito, de Canton à Alexandrie, de Melbourne à Dakar, nous avons tous le même intérêt à concevoir, chacun à notre manière, la gouvernance éclairée, la planification territoriale intelligente, la cohésion économique et sociale, la mise en œuvre de la transition énergétique, la garantie d’un égal accès aux services et infrastructures, la participation active des citoyens, le développement de stratégies efficaces d’intégration et d’inclusion en faveur du vivre ensemble…

L’accomplissement de cet ambitieux cahier des charges est à notre portée mais il est soumis à une condition : pour pouvoir jouer pleinement notre rôle, il nous faut disposer d’un degré d’autonomie locale suffisant. Les Etats doivent accepter de concevoir, et de respecter, des formes de décentralisation fiscale qui, seules, donneront aux collectivités territoriales autant de leviers économiques pour remplir leurs missions.

Inventer l’avenir de nos cités, cela commence par prendre soin de leurs héritages. L’une et l’autre classées au patrimoine mondial de l’Unesco, Strasbourg et Quito peuvent se prévaloir d’une histoire culturelle et urbaine d’influences mêlées qui contribue largement à leur rayonnement. Cette singularité, cet «ADN urbain» constitue pour nous un pilier du développement de nos villes et de sociétés centrées sur les besoins des habitants, dans le respect de ces identités.

Au XXIsiècle, nos territoires sont à la fois internationalisés et interdépendants. Au-delà des accords de partenariats et des échanges d’expertise, chaque jour plus nombreux, notre engagement à être solidaires donne un sens à la nécessaire fraternité entre pays du Nord ou du Sud dans un monde en grande mutation. Nous travaillons en coalitions et en réseaux ouverts, qu’ils soient thématiques, régionaux ou même mondiaux comme c’est le cas de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), sorte de plateforme internationale unifiée des villes.

Cette chaîne d’alliances lie, pour le meilleur, les grandes métropoles et les villes intermédiaires. Elle met en mouvement des chantiers prioritaires qui transcendent l’éloignement géographique comme les intérêts nationaux.

En vingt ans, la «diplomatie des villes» a conquis de l’espace dans la sphère des relations internationales. Si aujourd’hui, nous revendiquons haut et fort «un siège à la table des négociations multilatérales», c’est que nous estimons être des acteurs mûrs pour siéger aux côtés des Etats et des ONG. Nous sommes prêts à prendre toute notre part dans le système mondial de suivi qui va poursuivre la déclaration de Quito. A nous, ensuite, de faire adhérer les habitants et habitantes de nos territoires aux implications exigeantes qu’elle contient. Construire avec eux, et pas seulement pour eux, la ville de demain, celle que nous laisserons à nos enfants et aux générations à venir, n’est-ce pas le plus exaltant des mandats ?

Roland Ries maire (PS) de Strasbourg et président de Cités Unies France (CUF) – l’ex Fedération mondiale des villes jumelées Mauricio Rodas maire de Quito (Equateur)

2 Comments

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