le discours de Ségolène Royal aux journées Océan ONU

19/09/2016 at 12 h 31 min

Ségolène Royal : «L’océan doit être reconnu comme patrimoine commun de l’humanité»il

TRIBUNE – L’espace maritime français est un atout pour notre pays. Il doit être protégé et valorisé, plaide la ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, présidente de la COP21.

La Terre est bleue. L’océan couvre 70 % de sa surface et représente 96 % du volume biosphérique. Quelque 80 % de la population mondiale vit à moins de 100 km du littoral.

Pourtant l’océan a longtemps été le grand absent des négociations internationales sur le climat. Or c’est le berceau de la vie sur le globe. Il a abrité les premiers signes de vie voilà 3,8 milliards d’années, bien avant la vie sur terre. Merci à la plateforme Océan et Climat et à toutes les ONG qui militaient depuis longtemps et sur lesquelles je me suis appuyée pour réparer cette injustice et pour faire entrer dans l’agenda de l’action à la Conférence de Paris, pour la première fois, le thème de l’océan.

Il y a urgence. Car l’océan, ce régulateur climatique hors pair, subit durement les conséquences du réchauffement – acidification, hausse du niveau des eaux -, des pollutions dévastatrices, comme celle du plastique, de la surexploitation de ses ressources.

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Ce gigantesque puits de carbone est aussi une partie importante de la solution. L’océan est un immense réservoir de croissance bleue et d’innovation, pour la santé, l’alimentation, l’industrie, les énergies renouvelables.

Le défi planétaire qui nous est posé est le suivant: alors que 90 % des fonds marins restent à explorer, quelles règles serons-nous capables de mettre en place pour valoriser leurs ressources – notamment alimentaires – pour le bien de l’humanité, sans les détruire et sans déclencher de nouveaux conflits pour leur contrôle? Nous devons être capables de valoriser les ressources de la mer sans lui nuire, de ne pas reproduire les agressions que la terre a subies et que nous cherchons aujourd’hui à réparer. C’est pourquoi l’océan doit être reconnu comme patrimoine commun de l’humanité.

La France a une responsabilité particulière. Grâce à ses outre-mer, elle est présente dans toutes les parties de l’océan, avec un des domaines maritimes les plus grands du monde: 11 millions de kilomètres carrés. J’ai veillé à ce que la dimension maritime soit pleinement intégrée aux législations relatives à la transition énergétique et à la biodiversité. J’ai voulu que la France protège plus de 20 % de son espace marin. De nouvelles aires marines protégées sont instituées: Cap Corse, mer des Pertuis, et bientôt la Martinique. La réserve marine des terres australes françaises est étendue. La décision est prise de créer enfin une aire marine protégée dans les 12 milles nautiques autour de Clipperton. C’est un acquis historique.

La France, dont le domaine maritime comprend plus de 20 % des atolls du monde, assumera aussi sa responsabilité dans le domaine des récifs coralliens. Le plan national pour la protection et la reconstruction des coraux et des mangroves en témoigne. Contre la pollution, la France a donné l’exemple en interdisant les sacs plastique à usage unique. Plus de 80 % des tortues marines subissent les conséquences de ce type de pollution. En mer du Nord, les estomacs de 95 % des oiseaux contiennent du plastique. Une coalition des pays s’engageant dans la même voie que la France est en cours de constitution.

C’est aussi en matière d’énergies marines que la France se veut à l’offensive. Avec les quatre nouveaux projets d’éoliennes flottantes et le troisième appel d’offres d’éoliens, mais aussi l’énergie thermique des mers, la biomasse océanique, les hydroliennes, l’utilisation des marées et des courants. Une attention particulière est apportée à l’autonomie énergétique des îles.

Conscient de sa responsabilité maritime, le ministère de la Mer dont j’ai la charge œuvre pour prendre et soutenir des initiatives internationales fédératrices. Je voudrais ici en citer plusieurs qui ont beaucoup progressé: le rapport spécial du Giec sur l’océan décidé en avril 2016 ; la coopération sur l’Arctique, lieu de l’échange entre la chaleur de la terre et le froid des pôles, là où «la neige change de couleur» ; le projet Polar Pod de Jean-Louis Étienne sur l’Antarctique, observatoire flottant ; la mise en place d’une stratégie pour la Méditerranée: une mer en bonne santé et une économie durable ; le programme de lutte contre l’érosion côtière en Afrique de l’Ouest avec le plan de gestion intégrée que soutient la Banque mondiale ; l’initiative Crews pour donner à tous les territoires menacés par la hausse du niveau de l’eau un système d’alerte précoce ; et l’initiative internationale des petites îles durables, défi majeur du climat, car, là, il s’agit d’une question de survie.

Ce n’est pas seulement Jules Verne, mais une pléiade d’artistes, d’écrivains, de cinéastes qui ont puisé dans le spectacle extraordinaire des fonds sous-marins fascinants.

Éric Tabarly expliquait que «naviguer, c’est accepter des contraintes qu’on a choisies. C’est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées.»

Oui, cette contrainte choisie est une liberté: «Homme libre, toujours tu chériras la mer!» nous a appris Baudelaire. Mettons-la au service de la mer, qui, on l’aura compris, est en fait l’avenir de la vie sur terre.

Ségolène Royal