Le pipi des gros poissons nourrit les coraux

30/08/2016 at 7 h 45 min

Vu dans Sciences et avenir une drôle d’histoire pour modifier nos regards:

CARAIBES. La mer, c’est dégoutant, les poissons font pipi dedans… oui mais cet « engrais » riche en phosphore et en azote est crucial pour la santé et la croissance des coraux, démontre une étude de l’université de Washington, parue dans Nature Communications.  Les chercheurs ont mesuré l’apport en nutriments de 143 espèces de vertébrés à nageoires, sur 110 sites répartis dans 43 récifs coralliens des Caraïbes, victimes de la surpêche ou au contraire très protégés. Concrètement, l’écologiste Jacob Allgeier de l’Ecole des sciences aquatiques et de la pêche de l’Université de Washingtona passé quatre ans à analyser le pipi de poissons. Il a capturé vivant des centaines de spécimens, les a placé dans ses sacs plastiques pendant trente minutes et mesuré les nutriments dans l’eau avant et après (voir photo).

Combien d’urine produit un poisson? Pour le savoir des chercheurs ont placé des centaines de spécimens, comme ce poisson évêque, dans des sacs plastiques et mesuré la teneur en éléments nutritifs dans l’eau, avant et après, pour déterminer la production animale. © Jacob Allgeier.

Le plus gros animal testé était un congre vert de plusieurs dizaines de kilos.L’histoire ne dit pas si le stress de la capture faisait uriner les poissons de trouille… De leur côté, Abel Valdivia, de l’ONG américaine Centre pour la diversité biologique  et Courtney Cox, du Smithsonian institute « ont photographié minutieusement les récifs coralliens de la Floride à Cuba, recensant les espèces différentes qui y vivaient ». Pour chaque site, le duo a compté et mesuré tous les poissons repérés sur des zones parfois plus grandes qu’un terrain de basket. Un travail de bénédictin qu’ils ont répété jusqu’à dix fois par récif !

Privés de pipi de barracuda, les coraux dépérissent

Conclusion ? Ce n’est pas tant le nombre d’espèces de poissons visitant ou habitant du corail qui importe, mais leur taille. « L’apport en nutriments baisse de 50% dans les zones de surpêche, où l’on capture sélectivement les espèces à forte valeur ajoutée comme les gros prédateurs : mérou, barracuda, congre, vivaneau« , explique Jacob Allgeier. Son travail montre que la sortie d’azote varie avec la taille du corps chez les poissons et que les poissons carnivores ont aussi tendance à uriner plus de phosphore par rapport aux plus petits herbivores. Or ces deux nutriments sont tout simplement essentiels à la survie et à la croissance du corail. « Privés de pipi de mérou ou de barracuda, les coraux dépérissent, tout simplement« , constate le biologiste.

Ce n’est pas tout : ces poissons jouent un rôle essentiel dans le recyclage des nutriments de l’écosystème corallien même… En leur absence, le « nettoyage  » ne se fait plus et c’est tout le cycle qui est perturbé. Les chercheurs espèrent que leurs résultats serviront à une meilleure protection des coraux. « Reconstruire les communautés de poissons des récifs coralliens est très important pour assurer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de milliards de personnes « , estiment-ils. « Il ne faut plus simplement protéger leur biodiversité, mais intégrer les impacts prévisibles de la pression de pêche sur la dynamique des nutriments dans la gestion de ces écosystèmes ».