MEDCOP 2 , TANGER. UNE INITIATIVE REGIONALE QUI VA FAIRE DES PETITS

20/07/2016 at 13 h 45 min

Une des premières grandes initiatives régionales en vue de la COP 22

L’initiative prise l’an dernier à Marseille à l’initiative de la région PACA et soutenue par François Hollande avant la COP 21, vient de vivre (17 et 18 juillet) 2016)  sa deuxième étape à Tanger (Maroc). Rives nord et rives sud réunies par les deux régions , ont confronté leurs différences et leur volonté de travailler ensemble sous la présidence de Hakima El Haité ministre de l’environnement  et de Ilyas El Omari président  de la région Tanger-Tetouan-Al Hoceima Non représentée au niveau des parties prenantes onusiennes en tant que « région spécifique » la région méditerranée poursuit son effort  « pour parler d’une seule voix »

Qu’en restera t il ?

D’abord une initiative non onusienne.

Comme le rappelait le sénateur Ronan Dantec invité à la cérémonie de clôture : «  « L’accord de Paris pour la 1° fois reconnaît les acteurs non étatiques et précise le cadre de leur intervention par la création des comités d’expertise, d’ agenda d’actions… Nous avons quitté l’enjeu des textes et des virgules et sommes entrés dans le comment faire collectivement. On peut renforcer l’action dans un cadre onusien maintenant fixé. C’est important. Car après la lutte contre le climato scepticisme, nous devons échapper au climato fatalisme, à savoir déjà les désordres sont là, nous n’y pouvons rien. Nous devons coopérer tous ensemble. Ce sera aussi le travail de la réunion Climate Chance qui se tiendra à Nantes en Septembre avec tous les acteurs non étatiques  : nouer des dynamiques, analyser les nouvelles opportunités: comment par exemple le développement des énergies renouvelables va changer la carte géostratégique et entrainer des mutations très importantes »

La Medcop de Tanger en préparation de la COP 22 est un exemple que pourraient suivre  toutes les grandes régions géographiques du monde (et notamment les grands bassins ultra marins) puisque désormais l’article 12 de l’appel de Paris fixe un cadre  aux acteurs non étatiques : collectivités territoriales, industriels, associations pour conduire des agendas d’action et de solutions.

Un des berceaux de la civilisation mondiale , vient de prendre à l’occasion de la guerre contre le réchauffement climatique, une initiative fondamentale dans sa dimension géostratégique sous l’angle défendu jadis par les initiateurs du Plan Bleu, puis poursuivie par l’Union pour la Méditerranée affichant la volonté de «  défendre un environnement fragile ,  150M d’habitants sur les littoraux du bassin, maitriser et développer les économies de la pêche et du transport,  le stress hydrique, les migrations,en tenant compte de nos différences religieuses, culturelles…» Bref, prendre le pouls d’une des régions que le GIEC a défini comme une des plus menacées par le réchauffement.

Derrière la question climatique et ses conséquences sur le tourisme, l’accès à l’eau, à l’énergie est venue la réflexion concernant les  migrations au lendemain du terrible attentat de Nice.

Derrière les enjeux du climat se profilent les enjeux des ODD de paix, de justice climatique  et de fraternité. Gérer les fonds d’adaptation climatique fût l’occasion d’un débat sur les migrations qui s’accentuent sous l’effet des catastrophes. En Méditerranée certes, mais aussi dans le Pacifique, à Haiti, ou dans l’océan indien.

Comme le soulignait François Gemenne (chercheur en science politique à l’université de Liège ( CEDEM))  « Il ne faut pas dépolitiser le débat sur les migrations en croyant trouver des réponses techniques , qui rendraient gérable la question. Nous devons prendre de face ce défi de l’injustice climatique où une minorité du monde rend inhabitable le monde pour une majorité d’êtres humains , et créer le droit  à l’habitabilité du monde pour tous » Selon lui, il convient d’éviter de repousser la question en croyant que la maitrise des GES (gaz à effet de serre) permettra la maitrise des migrations. Il faut affronter la schizophrénie gouvernementale qui d’un côté via la réflexion climatique trouve des fonds pour les politiques d’adaptation , de réorganisation territoriale pour l’aide à la migration, et de l’autre  ferme les frontières. François Gemenne a lancé son plaidoyer avec la passion qu’on lui connaît, et une approche plus précise de la question: » Il ne suffira pas d’une convention internationale sur les réfugiés climatiques, c’est tout l’itinéraire du réfugié qu’il faut comprendre pour le protéger : son intégration, sa confrontation au racisme et à la violence… Comprendre cet itinéraire, et ne plus classifier le réfugié politique, climatique, économique … » 

Egalement réaffirmation des solidarités et « alliances océan »

A Tanger , avec le soutien de Greencross,  le ministre  coutumier de l’environnement en Nouvelle Calédonie  Antony Lecreen, président d’Oceania meetings a déclaré  « nous devons créer cet océan de solidarité. Vous êtes une vitrine qui peut nous être utile. Nous avons besoin de partages d’expérience, de votre vision, de votre maitrise des questions liées à la montée des eaux, de vos technologies. Pour fonder la gouvernance de demain nous avons besoin de collecter et proposer les connaissances locales et traditionnelles » Il a demandé au Maroc la prise en compte des intérêts des 19 petits états insulaires de Polynésie, Micronésie et Polynésie. Des voix qui ont compté à Paris et qui pourrait être à nouveau entendues à Marrakech en Novembre prochain. En réponse , Ghyslaine Derrous, conseillère diplomatique du Président du sénat Marocain a confirmé cette « alliance transocéan » qui n’appelle qu’à s’agrandir, soulignant que «  la medcop Tanger s’engage à être partie prenante dans les travaux d Océania meetings , en vue d’ une présence commune lors de la COP 22 qui se tiendra en Novembre 2016 à Marrakech  »

Les jeunes et les femmes sont d’ores et déjà sur le pont

Dans un pays où les femmes se battent pour maintenir l’égalité des genres, le fait de se retrouver n’avait rien d symbolique. Après deux jours d’ateliers , elles ont quitté Tanger avec une plateforme pour Marrakech et la signature de plus de 500 réseaux à travers le monde.

Quant aux jeunes,  réunis la veille de la rencontre, ils étaient 200  représentant plusieurs ONGs . Ils ont créé un réseau d’échanges qu’ils rêvent permanent . Peut être est ce là une des décision les plus importantes pour la durabilité de cette solidarité rive Nord/sud?  Comme le déclarait Yann LESESTRE (CLIMATES, membre de la Coy, conférence of Youth) « Depuis cinq ans que j’anime les rencontres de la COY c’est la première fois que nous rassemblons des jeunes de la rive sud » Ensemble ils ont mis en place une charte qui sera versée au travail de la 12° conférence Coy qui se déroulera du 5 au 7 Novembre à Marrakech avant la COP 22. La coordination des réseaux de jeunes ultramarins pour le climat pourraient les rejoindre.

Tanger a été l’occasion pour les organisateurs de la future COP de confirmer qu’il s’agira « d’une COP de l’action  et notamment de l’action pour l’Afrique » une trentaine de medias africains avaient d’ailleurs été invités à l’événement.

Dominique Martin Ferrari, envoyée spéciale à Tanger